Un cours d’eau disparu sous la ville
Aujourd’hui invisible, le Rouailler est pourtant l’un des plus anciens éléments du paysage de Livry-Gargan. Ce petit ruisseau, aujourd’hui entièrement canalisé, traversait autrefois Clichy-sous-Bois, Livry-Gargan puis Aulnay-sous-Bois avant de rejoindre la Morée. Durant des siècles, il alimenta sources, étangs, jardins et pièces d’eau, laissant encore aujourd’hui des traces dans le relief, les plans anciens et certains étangs conservés.
Un ruisseau venu de Clichy-sous-Bois
Le Rouailler prend historiquement naissance au sud de Clichy-sous-Bois, aux abords de la chapelle de Notre-Dame des Anges, où une source aujourd’hui captée alimentait autrefois le « ru des Anges », petit affluent se jetant dans le Rouailler. Le ruisseau traversait ensuite les anciens terrains des Sept-Îles et du Chêne Pointu avant d’alimenter le « lac de la Mairie » de Clichy-sous-Bois.
Le Rouailler dans Livry-Gargan
Après avoir franchi le chemin des Postes, le Rouailler entrait dans Livry-Gargan par l’allée des Jonquilles et se jetait dans l’étang Verchain.
Cet étang, encore visible aujourd’hui, correspond à l’ancien « étang des Moines » de l’abbaye de Sévigné. Il constituait déjà au XVIIIe siècle une pièce d’eau du parc de l’abbaye. Ses îles boisées et sa fonction actuelle de bassin de retenue rappellent encore le rôle hydraulique du Rouailler.
Le ruisseau poursuivait ensuite sa course le long de l’actuelle avenue Antonin-Pierre-Magne avant de se déverser dans le Lac de Sévigné. À cette époque, le Rouailler était encore visible à ciel ouvert. Des cartes postales anciennes montrent son arrivée au lac, la vanne du déversoir et même certains tronçons bordés d’arbres ou traversant des propriétés privées. Une vue ancienne intitulée « Gargan – Le Rouailler à la Villa du Petit-Pont » montre ainsi un petit cours d’eau encaissé serpentant dans un cadre très végétalisé.
Un cours d’eau transformé par les jardins et l’urbanisation
À partir du XVIIIe siècle, les grands domaines et parcs paysagers de la région utilisent les eaux du Rouailler pour alimenter leurs pièces d’eau. Le ruisseau est alors progressivement détourné, aménagé puis canalisé.
Après le lac de Sévigné, il traversait encore la Nationale 3 et alimentait un petit étang de la villa « Le Mirage », à l’emplacement de l’actuel Lycée Henri Sellier, avant de rejoindre Aulnay-sous-Bois puis, autrefois, la Morée.
Au début du XXe siècle, le Rouailler subsiste encore en partie à l’air libre, mais il disparaît progressivement sous les lotissements et les nouvelles voies. En 1937, un syndicat intercommunal entre Livry-Gargan et Aulnay-sous-Bois est créé pour transformer ce « petit ruisseau » en canalisation d’égout. Les travaux débutent au début des années 1940.
Le nouveau tracé suit alors notamment l’ancienne avenue Gambetta, aujourd’hui rue de Paris, puis les rues Ledru-Rollin, de la Convention et de la Croix-Gautier.
Une rivière souterraine toujours active
Le Rouailler existe encore aujourd’hui, mais sous terre. Ses eaux circulent dans des conduites souterraines passant notamment sous l’allée Henry-Dunant. Les canalisations atteignent jusqu’à 1,40 mètre de diamètre avant de rejoindre le canal de l’Ourcq.
Depuis 2019, le Rouailler est également associé à un vaste ouvrage contemporain : le bassin enterré du Rouailler, construit sous le Parc Pierre-Bérégovoy. Réalisé pour limiter les inondations et améliorer la qualité des eaux rejetées dans le canal de l’Ourcq, ce bassin souterrain mesure environ 55 mètres de diamètre pour 16 mètres de profondeur et peut stocker jusqu’à 26 000 m³ d’eau de pluie. Lors des fortes précipitations, les eaux transitant dans l’ancien cours du Rouailler y sont temporairement retenues avant d’être progressivement évacuées.
Conclusion
Invisible aujourd’hui, le Rouailler demeure pourtant l’un des fils conducteurs du paysage ancien de Livry-Gargan. Des étangs de l’ancienne abbaye de Sévigné au lac de Sévigné, des jardins disparus aux grands ouvrages hydrauliques contemporains, son parcours continue de structurer discrètement le territoire. Sous les rues, les parcs et les quartiers actuels subsiste ainsi la mémoire d’un ancien ruisseau, témoin de l’histoire naturelle et urbaine de la ville.

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