Lancement d’une pétition adressée au Préfet de la Seine-Saint-Denis
● En cours — Pétition active
Pour la protection du système écologique Sévigné–Salengro
Demande de protection effective du lac de Sévigné, de sa couronne arborée,
des alignements structurants et de la chênaie du 75 boulevard Roger-Salengro —
corridor écologique centenaire abritant des espèces protégées (martin-pêcheur,
héron…).
Livry-Gargan, 23 mars 2026 — A l’initiative de Livry Participatif, une pétition demande demande au préfet d’étudier la mise en œuvre d’une protection environnementale effective du système écologique Sévigné–Salengro à Livry-Gargan, ensemble cohérent comprenant notamment le lac de Sévigné, une couronne arborée, un alignement d’arbres structurants assurant une continuité écologique, ainsi que la chênaie du 75 boulevard Roger-Salengro.
Un ensemble écologique fonctionnel au cœur d’un tissu urbain dense
Cet ensemble forme une continuité fonctionnelle stabilisée depuis plusieurs siècles, assurant des fonctions essentielles de refuge, alimentation, reproduction et déplacement pour la faune et la flore en milieu urbanisé. L’association rappelle également que ce système constitue un cadre de vie identifié par les habitants, à travers la présence d’arbres majeurs (chênes et sujets d’alignement) et d’une faune observable au quotidien.
Des enjeux naturalistes et des risques identifiés
La pétition souligne des enjeux naturalistes, notamment pour l’avifaune et les chiroptères, avec la présence d’espèces relevant de régimes de protection au titre du code de l’environnement, dont une relevant de la directive européenne « Oiseaux » (Martin-pêcheur), éléments que l’association indique avoir étayés par des observations.
Livry Participatif attire par ailleurs l’attention sur un risque immédiat et concret : la pression de promotion immobilière et la perspective d’opérations impliquant artificialisation et fragmentation d’un système écologique ancien. Sont notamment évoqués : abattages, rupture des alignements, remaniement des sols et nuisances induites. La pétition rappelle que la destruction d’un système pluriséculaire ne peut être compensé à court ou moyen terme.
Une demande principale : un Arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB)
Au cœur de la démarche, l’association demande l’engagement prioritaire d’une procédure d’Arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB) visant les habitats et continuités constitutifs du système Sévigné–Salengro (lac, couronne, alignements et chênaie du 75 boulevard Roger-Salengro), afin d’encadrer strictement toute intervention susceptible de dégrader les milieux et d’empêcher des atteintes irréversibles.
À défaut d’APPB, la pétition sollicite des mesures préfectorales alternatives offrant un niveau de protection équivalent, explicitement opposables et assorties d’un calendrier, incluant notamment : prescriptions d’évitement et de réduction, interdiction des abattages et altérations d’habitats, protection des alignements et de la chênaie, gel conservatoire pendant l’instruction, suivi écologique et information du public.
Par ailleurs, le système menacé constitue actuellement un ilot de fraicheur crucial pour Livry-Gargan, sa suppression faisant courir un risque sanitaire notamment pour les populations les plus fragiles. En outre, le terrain menacé se situe sur une zone de risque hydrologique.
Une pétition ouverte aux signatures
La pétition a vocation à être transmise à Monsieur le Préfet de la Seine-Saint-Denis. Livry Participatif invite les habitantes et habitants de Livry-Gargan, ainsi que toute personne concernée par la protection des continuités écologiques urbaines, à se renseigner et à participer à la démarche.
Contact presse — Livry Participatif
contact@livryparticipatif.fr livryparticipatif.fr
Lien de la pétition : https://www.change.org/Sévigné-Salengro
Les Cahiers de Livry Participatif, 2025, p. 51–76.
En 1975, dans la banlieue parisienne de Livry-Gargan, un petit pavillon de l’avenue du Consul-Général-Nordling est devenu le berceau d’une véritable révolution de la bande dessinée. C’est dans ce pavillon – la demeure de Jean-Pierre Dionnet – que prit forme le magazine Métal Hurlant, sous l’impulsion de Dionnet et de ses comparses Philippe Druillet et Jean Giraud (alias Moebius), avec le soutien financier de Bernard Farkas. Ensemble, ce groupe fondateur allait bouleverser les codes de la bande dessinée et poser les bases d’un mouvement créatif à l’influence mondiale et multimédia.
Historique de la création du magazine Métal Hurlant
Le contexte et la genèse à Livry-Gargan
Au milieu des années 1970, la bande dessinée française connaît une effervescence créative sans précédent. Des auteurs en quête de liberté cherchent à s’affranchir des cadres traditionnels des magazines BD pour jeunesse (Pilote, Tintin, etc.). Jean-Pierre Dionnet, jeune scénariste passionné de science-fiction, ressent ce besoin d’émancipation : chez Pilote, où il écrit depuis 1968, il se heurte au refus de René Goscinny de publier davantage de récits de SF adultes. En 1974, il fait ses premières armes éditoriales aux côtés de Nikita Mandryka sur le magazine underground L’Écho des savanes. Fort de cette expérience, Dionnet rallie deux dessinateurs visionnaires qu’il admire (Philippe Druillet et Jean Giraud dit Moebius) ainsi que son ami entrepreneur Bernard Farkas.
C’est ainsi qu’en décembre 1974, le quatuor décide de fonder une nouvelle maison d’édition faite sur mesure pour leurs projets atypiques, Les Humanoïdes Associés, avec l’idée de publier une revue trimestrielle de bandes dessinées de science-fiction totalement libérée des contraintes habituelles. Le projet prend forme concrètement dans le pavillon familial de Jean-Pierre Dionnet à Livry-Gargan. La demeure familiale devient bientôt le quartier général improvisé des réunions éditoriales et prend des airs de maison d’artistes. Le titre choisi, Métal Hurlant (littéralement « métal hurlant », évocateur d’une énergie brute et futuriste), reflète l’esprit du magazine : un cri nouveau dans le monde de la BD, mêlant imaginaire SF, culture rock et liberté créative totale.
Le numéro 1
En janvier 1975, le numéro 1 de Métal Hurlant paraît enfin. En couverture, une créature fantastique hurlant à la lune sous un logo métallique annonce une nouvelle ère de la bande dessinée adulte. Le magazine, alors trimestriel, compte 68 pages grand format dont 16 en couleurs. La maquette porte la mention « Réservé aux adultes ». Dès ces premières pages, Dionnet, rédacteur en chef, donne le ton : Métal Hurlant sera un laboratoire d’expérimentations graphiques et scénaristiques. Les lecteurs y découvrent notamment les premières planches muettes d’« Arzach » de Moebius ou les délires baroques de Lone Sloane par Philippe Druillet, aux côtés de jeunes talents et d’auteurs internationaux encore inconnus du public français.
Un creuset créatif sans précédent
La réunion de ces esprits créatifs dans le pavillon de Livry-Gargan va rapidement produire une alchimie unique. Dionnet veille à la diversité des styles et à la qualité éditoriale : Métal Hurlant accueille aussi bien le trait classique d’un Paul Gillon ou d’une Chantal Montellier que l’extravagance psychédélique de Druillet ou de Moebius. Tous partagent l’ambition de repousser les limites du 9e art. Le magazine publie coup sur coup des histoires devenues cultes, de « Arzach » (1975) à « Le Garage hermétique » (Moebius, 1976–1979), en passant par les sagas oniriques de Druillet ou les premières collaborations avec le cinéaste Alejandro Jodorowsky (qui signera plus tard L’Incal avec Moebius et Les aventures d’Alef-Thau). Les pages de Métal Hurlant brisent les tabous : la science-fiction y côtoie l’heroic fantasy, l’érotisme, le fantastique et même le polar, le tout servi par des graphismes innovants allant de l’hyperréalisme au cartoon.
Le succès d’estime est immédiat et, très vite, Métal Hurlant gagne en rythme de parution. D’abord trimestriel, le magazine devient bimestriel dès le numéro 7 puis mensuel au numéro 9, face à la demande grandissante des lecteurs. En 1977, une version américaine intitulée Heavy Metal est lancée et remporte un vif succès aux États-Unis. Durant cette période faste, Les Humanoïdes Associés multiplient également les albums reliés, offrant une seconde vie aux meilleures histoires parues dans la revue. À la fin des années 1970, il est diffusé dans plus de 15 pays différents, un fait inédit pour une revue BD française.
Malgré une gestion parfois chaotique et un dépôt de bilan en 1980, Métal Hurlant continue d’être publié jusqu’en 1987, laissant derrière lui 133 numéros d’une richesse artistique exceptionnelle. L’aventure connaîtra des prolongements tardifs (tentatives de relance en 2002 puis en 2021), mais c’est bien sa naissance à Livry-Gargan et son âge d’or (1975–1985) qui ont scellé son statut mythique.
Panneau d’ouverture de la section L’épopée initiale (1975–1987) de l’exposition Métal Hurlant, RDVBD Amiens, 21 juin 2025. — Roman Brugeat / Livry Participatif, 2025.
Chronologie : les dates-clés de Métal Hurlant et de ses dérivés
Date
Événement
Déc. 1974
Fondation des Humanoïdes Associés par Dionnet, Druillet, Moebius, Farkas.
Janv. 1975
Parution du numéro 1 de Métal Hurlant (pavillon Dionnet, Livry-Gargan).
1977
Lancement du mensuel américain Heavy Metal, adaptation US de Métal Hurlant.
Fin 1970s
Métal Hurlant est publié dans 17 pays différents (diffusion internationale record).
1981
Sortie du film d’animation Heavy Metal (Métal Hurlant, la machine à rêver) au cinéma.
Juil. 1987
Cessation de parution de Métal Hurlant (dernier numéro de la première époque).
2002-2004
Première relance du magazine (version franco-américaine éphémère, 14 numéros).
2021
Seconde relance du titre en France (publication trimestrielle).
2024
Annonce d’une version anglaise relancée via financement participatif.
Les fondateurs clés et leur rôle dans Métal Hurlant
Figures clés de Métal Hurlant
Nom
Rôle
Contribution
Jean-Pierre Dionnet
Co-fondateur, Rédacteur en Chef
Visionnaire à l’origine du concept, a dirigé le magazine pendant ses dix premières années, a défini son ton et a contribué en tant qu’écrivain.
Philippe Druillet
Co-fondateur, Artiste
Artiste emblématique dont le style visuel unique et baroque a défini l’esthétique du magazine, créateur de séries comme Lone Sloane et Yragaël.
Moebius (Jean Giraud)
Co-fondateur, Artiste
Artiste influent dont le style varié et novateur a marqué le magazine, créateur de séries comme Arzach et a collaboré sur Approaching Centauri.
Bernard Farkas
Co-fondateur, Directeur Financier
A apporté le soutien financier initial nécessaire au lancement et à la pérennité du magazine et de la maison d’édition Les Humanoïdes Associés.
Jean-Pierre Dionnet : l’initiateur et chef d’orchestre
Jean-Pierre Dionnet en conférence à la médiathèque Falala de Reims, en octobre 2018. — Image issue de Wikimedia Commons.
Jean-Pierre Dionnet (né en 1947) est le catalyseur sans qui Métal Hurlant n’aurait pu voir le jour. Scénariste de formation, critique et fin connaisseur de la culture pop, il se passionne dès l’adolescence pour la bande dessinée et la science-fiction. Lecteur éclectique (du Spirou de Franquin aux comics américains de Jack Kirby) il côtoie très jeune le milieu des fanzines et des librairies BD. En 1968, il intègre Pilote où il écrit des scénarios pour des dessinateurs comme Jean Solé, Philippe Druillet ou Jean Giraud/Moebius. Toutefois, son appétit pour la science-fiction adulte se heurte aux limites de la presse BD traditionnelle, ce qui le pousse à envisager une structure indépendante.
Installé à Livry-Gargan où il a grandi, Dionnet utilise son pavillon familial comme base arrière du projet Métal Hurlant. Cofondateur du magazine en 1974, il en devient naturellement le rédacteur en chef. Son rôle est multiple : il coordonne les contributeurs, passe commande d’histoires innovantes, écrit lui-même des éditoriaux et certains scénarios. Il insuffle à la revue un ton résolument moderne. Sous son impulsion, Métal Hurlant révèle ou accueille une pléiade d’auteurs qui marqueront les années 1970–80 : il publie par exemple les Américains Richard Corben, dont la heroic fantasy sensuelle marquera durablement le style, ou Bernie Wrightson, mais aussi de jeunes Français comme François Schuiten ou Frank Margerin, sans oublier des artistes confirmés désireux de nouveaux terrains d’expression (Moebius, Druillet, etc.). De nombreux auteurs de bande dessinée appelés à jouer un rôle décisif dans la BD contemporaine seront ainsi découverts ou introduits en France par Métal Hurlant et Les Humanoïdes Associés.
Dionnet n’hésite pas non plus à expérimenter lui-même : il scénarise des séries publiées dans Métal Hurlant telles que « Exterminateur 17 » (dessin d’Enki Bilal) ou « Arn » (avec Jean-Claude Gal). Visionnaire, il double la revue d’une politique d’albums reliés pour pérenniser les œuvres marquantes. Jusqu’à son départ en 1984, épuisé par une décennie d’efforts, Jean-Pierre Dionnet aura été l’âme de Métal Hurlant. Par la suite, il poursuivra une carrière prolifique de journaliste (presse écrite et télévision) et de producteur, mais restera dans l’histoire comme le grand ordonnateur de la révolution Métal Hurlant.
Vues d’exposition consacrées à Exterminateur 17 (Enki Bilal & Jean-Pierre Dionnet, 1981) et La Débandade (Luc & François Schuiten, 1977), RDVBD Amiens, 21 juin 2025. — Roman Brugeat / Livry Participatif, 2025.
Philippe Druillet : l’artiste cosmique et baroque
Philippe Druillet à Montréal en 1973. — Photo Gilles Desjardins. Image issue de Wikimedia Commons.
Philippe Druillet (né le 28 juin 1944 à Toulouse) insuffle à Métal Hurlant une flamboyance graphique et une imagination démesurée. Avant l’aventure du magazine, il s’est déjà fait un nom par ses albums de science-fiction au style inédit, des œuvres psychédéliques où se mêlent architecture gothique, art nouveau et imagerie futuriste.
1966 : « Le Mystère des Abîmes » inaugure la saga « Lone Sloane ».
1972 : recueil « Les Six Voyages de Lone Sloane », considéré comme son chef-d’œuvre initial. Museum Escher in Het Paleis.
1973 : « Délirius » (avec Jacques Lob) — space-opera psychédélique où architecture gothique, art nouveau et imagerie futuriste se mêlent.
1974 : albums « Vuzz » (fantasy barbare) et « Yragaël » (d’après Michael Moorcock)
Son style riche et foisonnant lui vaut d’être surnommé par certains critiques « l’architecte de l’espace ». Ses planches révolutionnent l’esthétique de la BD SF et influencent toute une génération de dessinateurs ; il brise les codes de la BD en sortant littéralement des cases, un procédé que les comics américains et, plus tard, les mangaka japonais réutiliseront largement après les années 1980.
Activités parallèles et rayonnement
Cinéma : dès la pré-production de Sorcerer de William Friedkin (remake, 1977, du film d’Henri-Georges Clouzot « Le Salaire de la peur »), il conçoit des esquisses de camions dystopiques. Il conçoit aussi des affiches de films devenus des classiques du 7e art, telles que « La Guerre du feu » (1981) ou « Le Nom de la rose » (1986).
Arts plastiques : peinture, sculpture monumentale, installations numériques.
Opéra rock & design : décors, affiches, pochettes d’albums. Il sera notamment l’auteur, en 1984, de la pochette de Métamorphose, premier 33-tours du groupe de heavy metal français Sortilège. Cet album est une des œuvres majeures de la New Wave of French Heavy Metal.
Distinctions : Grand Prix de la ville d’Angoulême 1988 pour l’ensemble de son œuvre.
Importance pour Métal Hurlant
Philippe Druillet est le cœur graphique battant de la revue : ses doubles pages baroques, son goût pour les mythes cosmiques et son sens de la démesure donnent à Métal Hurlant sa dimension épique. Aux côtés de Moebius et Dionnet, il a fait passer la BD de science-fiction de l’expérimentation underground au statut d’art majeur.
Co-fondateur de la revue en 1975, Druillet y trouve un laboratoire sans censure
Album crépusculaire réalisé après le décès de son épouse.
Vuzz (versions révisées)
1976-77
Humour barbare et ultra-violent.
Nosferatu
Pré-pub. 1988, album 1989
Relecture post-apocalyptique du mythe vampirique.
Salammbô (3 tomes)
1980-1986
Adaptation du roman de Flaubert, entamée dans MH.
Ensemble d’ouvrages de Philippe Druillet : Nosferatu, Les Six Voyages de Lone Sloane et catalogue Espace futur. — Gilles Mijouin / Troyan Forge, 2025.Annonce de Philippe Druillet reproduite dans L’Écho des Savanes n° 15, avec une adresse de commande située allée des Pommiers à Livry-Gargan. — Reproduction documentaire.
Moebius (Jean Giraud) : le visionnaire aux deux visages
Jean Giraud est déjà reconnu avant 1975 sous le pseudonyme de Gir pour son travail sur la série western « Blueberry » (scénarisée par Charlier) — dit Moebius (1938–2012). Mais c’est en réveillant son autre identité artistique, Moebius, qu’il contribue à changer la face de la bande dessinée de science-fiction. Cofondateur du magazine en 1975, Moebius y développe un style totalement novateur, libéré des contraintes du réalisme et de la narration classique. Métal Hurlant sera le théâtre de ses expérimentations les plus marquantes, qui influenceront une génération entière de créateurs : son œuvre a rayonné bien au-delà du monde de la BD.
Dès le premier numéro de Métal Hurlant, Moebius frappe les esprits avec « Arzach » (1975), un conte onirique sans paroles où un guerrier silencieux chevauche un ptérodactyle dans des paysages fantastiques. Ce récit, exécuté directement en couleur, est un manifeste artistique : Moebius prouve qu’il est possible de raconter une histoire par la seule force du dessin, dans un style mêlant surréalisme et science-fiction médiévale. Suivront d’autres chefs-d’œuvre dans les pages du magazine, comme « Le Garage hermétique » (1976–1979), saga surréaliste en forme de cadavre exquis, ou « Le Major » et autres récits courts expérimentaux. Moebius y explore toutes les audaces graphiques, du minimalisme à la démesure psychédélique. Au sein de Métal Hurlant, il complète parfaitement le travail de Philippe Druillet : là où ce dernier casse les codes graphiques, Moebius brise les codes narratifs établis.
Parallèlement, Métal Hurlant permet à Moebius de s’associer à des scénaristes visionnaires. C’est ainsi qu’en 1980, il entame avec Alejandro Jodorowsky la série « L’Incal », publiée dans le magazine, qui deviendra l’une des bandes dessinées de science-fiction les plus emblématiques au monde. Sous la plume de Jodorowsky, Moebius dépeint un univers futuriste foisonnant qui le consacre comme un maître du genre. L’artiste crée aussi l’univers d’« Edena » et bien d’autres par la suite, mais c’est vraiment durant la décennie Métal Hurlant qu’il s’est affranchi de son image de dessinateur de western pour réinventer le 9e art. Comme le résume sa biographie officielle, « Cofondateur en 1975 de la revue Métal Hurlant (…), Jean Giraud y développe un style unique signé Moebius. Il y publie des œuvres révolutionnant l’aspect créatif de la bande dessinée tels que Arzach (1976) ou Le Garage hermétique (1979). »
Moebius n’a pas seulement brillé dans les pages de la revue : ses dessins ont très vite attiré l’attention des plus grands réalisateurs de cinéma. Pendant et après la période Métal Hurlant, il collabore à la conception visuelle de films cultes : Alien de Ridley Scott (1979, designs des combinaisons spatiales), « Les Maîtres du temps » de René Laloux (1982, story-board, adaptation en dessin animé du roman « L’Orphelin de Perdide » de Stefan Wul), Tron de Disney (1982, design des costumes), Abyss de James Cameron (1989, créatures sous-marines) ou encore « Le Cinquième Élément » de Luc Besson (1997, designs futuristes). Cette passerelle qu’il crée entre la BD et le cinéma est l’une des clés de l’impact mondial de l’esthétique Métal Hurlant. Jean Giraud/Moebius apparaît ainsi, aux yeux de nombreux observateurs, comme l’artiste pivot du passage de la BD européenne vers un imaginaire visuel global partagé avec le cinéma, l’animation et même le jeu vidéo.
Il n’est donc pas étonnant que des figures comme George Lucas aient salué son génie : « À travers son œuvre, Moebius domine toutes les disciplines artistiques […] Depuis que j’ai vu pour la première fois ses illustrations dans Métal Hurlant, j’ai toujours été impressionné par son sens aigu du graphisme […] Ce qui me frappe le plus, c’est sa beauté à l’état pur. » Ce vibrant hommage résume l’influence prodigieuse qu’a eue Moebius grâce à Métal Hurlant, bien au-delà des frontières de la France et bien au-delà des pages du magazine lui-même.
Ramifications culturelles et héritage mondial de Métal Hurlant
La création de Métal Hurlant à Livry-Gargan n’est pas seulement une aventure éditoriale réussie — c’est le point de départ d’une onde de choc culturelle mondiale. En l’espace de quelques années, le magazine et ses auteurs ont imprégné de nombreux domaines de la culture pop, de la bande dessinée internationale au cinéma hollywoodien, en passant par la littérature cyberpunk, l’illustration fantastique et le jeu vidéo. Nous analysons ci-dessous les principales influences et ramifications de cette révolution artistique.
Influence sur la bande dessinée française et européenne
Métal Hurlant a d’abord eu un impact considérable sur la bande dessinée francophone, qu’il a contribué à faire entrer dans l’âge adulte. Dès son lancement, la revue offre un espace de liberté inédit aux auteurs, popularisant des thèmes jusqu’alors peu présents dans la BD traditionnelle : science-fiction prospective, mondes post-apocalyptiques, satire sociale futuriste, érotisme, etc. Ce ton nouveau et sans tabous fait école : dans son sillage, de nombreux magazines et collections pour adultes voient le jour en Europe. Par exemple, en France, les années qui suivent voient la création de revues comme « À Suivre » (1978) ou « Circus », tandis que des auteurs issus ou révélés par Métal Hurlant publient des albums marquants chez d’autres éditeurs.
Sur le plan stylistique, Métal Hurlant a encouragé la diversification des approches graphiques dans la BD européenne. La cohabitation dans ses pages de styles très variés a incité toute une génération d’artistes à sortir des canons traditionnels de l’école franco-belge. Des dessinateurs tels qu’Enki Bilal, François Schuiten, Caza, Serge Clerc, Margerin, etc. — qui ont publié dans Métal Hurlant — ont ensuite essaimé et influencé la BD européenne des années 1980. En Espagne, en Italie, en Allemagne, des revues similaires émergent (« 1984 »/« Zona 84 », « Totem », « Schwermetall », etc.), souvent en traduisant du matériel de Métal Hurlant. En ce sens, la revue agit comme le fer de lance d’un renouveau de la BD adulte européenne et d’un véritable mouvement artistique ayant rayonné de manière internationale et plurimédiatique.
Sélection de couvertures de Métal Hurlant et Métal Aventure exposées au Rendez-vous de la BD d’Amiens, le 21 juin 2025. — Roman Brugeat / Livry Participatif, 2025.
Par ailleurs, la constitution d’un vaste catalogue d’albums par Les Humanoïdes Associés a permis de pérenniser cet héritage. Des œuvres naguère sérialisées dans le magazine deviennent des classiques en album : « Les Yeux du chat » (Jodorowsky/Moebius), « La Foire aux immortels » (Bilal), « Les Aventures d’Alef-Thau » (Jodorowsky/Arno), etc. Métal Hurlant aura ainsi durablement ancré la science-fiction et le fantastique comme des genres nobles du 9e art européen. La critique et les institutions s’en rendent compte dans les années 1980 : Philippe Druillet reçoit le Grand Prix d’Angoulême en 1988 pour l’ensemble de son œuvre, consacrant par là la légitimité de cette génération d’artistes. Aujourd’hui encore, leur influence se fait sentir : la vague des romans graphiques de genre et la reconnaissance mondiale de la BD européenne (par exemple via des auteurs comme Schuiten, Peeters, etc.) doivent beaucoup au terrain défriché par Métal Hurlant.
Impact sur le mouvement féministe et la place de la femme dans la Bande Dessinée
1) Une ligne éditoriale pionnière, rapidement confrontée à la censure
Dès 1976, Les Humanoïdes Associés lancent Ah! Nana, revue « sœur » de Métal Hurlant confiée à des équipes féminines et autrices. L’ambition est claire : faire émerger des récits, des signatures et des points de vue féminins dans un champ de la bande dessinée alors très masculin, un geste éditorial novateur à l’échelle du secteur.
À partir d’avril 1977, Ah! Nana adopte une formule par dossiers thématiques et aborde, avec une frontalité inhabituelle pour l’époque, des sujets sociaux et culturels sensibles. Les numéros successifs traitent notamment de mouvements politiques extrêmes (n°3), de normes culturelles et corporelles (n°4), des relations femmes-hommes (n°5), de la jeunesse féminine (n°6), de pratiques sexuelles minoritaires (n°7), des identités et orientations minoritaires (n°8), puis de violences intrafamiliales (n°9). Cette orientation — et la présence de contenus réservés aux adultes — expose la revue à l’application de la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse.
Dans ce cadre, Ah! Nana est d’abord interdite aux mineurs à la suite du n°8, avant d’être requalifiée « publication pour adultes » après le n°9 (selon la terminologie administrative de l’époque : « pornographique »). S’ensuivent des restrictions de diffusion (reclassement en rayons adultes, interdiction d’affichage et d’annonces) qui fragilisent le modèle économique et conduisent à l’arrêt de la publication.
Section de l’exposition dédiée à Ah! Nana n° 9, présentée au Rendez-vous de la BD d’Amiens, le 21 juin 2025. — Roman Brugeat / Livry Participatif, 2025.
2) La « galaxie Métal » comme passerelle pour des autrices
Ah ! Nana sert, dans un premier temps, de rampe d’accès à l’écosystème Métal Hurlant : Chantal Montellier y publie « Andy Gang » avant de poursuivre dans Métal Hurlant après la censure d’« Ah ! Nana » et d’y développer ses dystopies « 1996 », « Shelter » et « Wonder City », ensuite rassemblées en recueil « Social fiction » aux Humanoïdes Associés. D’autres créatrices, comme Nicole Claveloux, graviteront aussi entre Ah ! Nana et Métal. Cette porosité installe, au cœur même de la maison, des écritures féminines et critiques.
Présentoir consacré à Chantal Montellier : Social Fiction, Opus Humano et la réédition d’Ah! Nana, RDVBD Amiens, 21 juin 2025. — Roman Brugeat / Livry Participatif, 2025.
3) Une critique du réel par l’anticipation
Dans l’œuvre de Chantal Montellier, la science-fiction de Métal Hurlant devient un outil politique : urbanisme oppressif, surveillance, police, médias — autant de motifs qui déplacent la SF de l’imaginaire techno vers la dénonciation des rapports de pouvoir et des violences sociales, dans une perspective clairement féministe. Cette inflexion constitue l’une des contributions majeures des créatrices à l’esthétique de Métal Hurlant.
4) Un dialogue transatlantique du féminisme en BD
La revue féministe Ah ! Nana publie aussi des créatrices américaines (par ex. Trina Robbins), consolidant un échange transatlantique avec les underground feminist comix (« Wimmen’s Comix », etc.). Cet aller-retour nourrit la visibilité et l’historiographie des créatrices de part et d’autre de l’Atlantique.
5) Tensions & réévaluations
À l’époque, Métal Hurlant, et plus particulièrement son héritier Heavy Metal, est critiqué pour un imaginaire souvent marqué par un regard purement masculin, malgré l’ouverture faite à des créatrices : une ambivalence constitutive du « système Métal ». Mais il faut rappeler que certains codes visuels masculins — notamment ceux de l’heroic fantasy (nudité, hyperviolence, virilisme) — ont eux-mêmes fait l’objet de controverses et de censures. Par ailleurs, de nombreux récits issus de la galaxie Métal détournent ces codes : parodies de l’hypermasculinité, héros bodybuildés tournés en dérision, ou figures pulp déflationnées (héros falots, anti-héros maladroits, satire des poses « sword & sorcery »). Depuis, rééditions, expositions et travaux universitaires reconsidèrent cet héritage : ils rendent plus lisibles les contributions féministes (Montellier, Claveloux, etc.) et relisent ce double mouvement — codification viriliste + subversion parodique — comme un moteur de modernité du titre plutôt qu’une contradiction simple.
Conférence « Métal Hurlant : 5 décennies de rébellion artistique » avec Jean-Pierre Dionnet (au centre), Laurent Durieux et Marie Parisot, RDVBD Amiens, Auditorium (Halle Freyssinet), 21 juin 2025. — Roman Brugeat / Livry Participatif, 2025.
Impact sur les comics américains (l’aventure Heavy Metal) :
Métal Hurlant a accueilli dans ses pages des auteurs américains innovants (par exemple Richard Corben y publie « Den », ou Bernie Wrightson certaines histoires), créant un échange transatlantique fécond.
L’impact de Métal Hurlant a rapidement traversé l’Atlantique. Dès 1977, l’éditeur Leonard Mogel adapte le concept aux États-Unis en lançant Heavy Metal, version anglophone de la revue reprenant, dans un premier temps, majoritairement du contenu de Métal Hurlant. Le succès est au rendez-vous : Heavy Metal atteint plus de 230 000 exemplaires vendus par numéro au début des années 1980. Pour beaucoup de lecteurs américains, c’est une révélation — ils découvrent, ébahis, les créations de Moebius, Druillet, Bilal ou Clerc, très différentes des comics de super-héros dominants aux États-Unis. Heavy Metal va ainsi marquer de son empreinte une génération entière d’artistes outre-Atlantique. Des auteurs de comics majeurs comme Jim Starlin, Frank Miller, Walt Simonson ou, plus tard, Mike Mignola ont souvent cité l’influence des dessinateurs de Métal Hurlant sur leur travail, que ce soit dans l’audace des designs, la construction de mondes futuristes ou la liberté de ton.
La percée de Heavy Metal a montré qu’un public adulte existait pour la bande dessinée et initie un mouvement général dans le monde de la BD transatlantique. Les éditeurs américains eux-mêmes s’adaptent à cette vague d’intérêt pour la BD adulte et de science-fiction. En 1980, Marvel Comics lance Epic Illustrated, un magazine clairement inspiré de Heavy Metal, pour proposer à son tour des récits SF/fantasy de haute tenue graphique (d’ailleurs, Moebius y collaborera). Son concurrent DC Comics décide, quant à lui, de publier des œuvres plus matures via son label Vertigo dans les années 1980–1990.
Enki Bilal lors d’une rencontre organisée par la Fnac à l’occasion de la sortie de Rendez-vous à Paris, en mai 2006. — Image issue de Wikimedia Commons.
Richard Corben
En 1975, lorsque Moebius, Druillet et Jean-Pierre Dionnet créent Métal Hurlant en France, Corben leur soumet quelques-unes de ses histoires. Il est publié dès le premier numéro sous le pseudonyme de Gore, pour les huit pages de son histoire « Cidopey ». Il fera partie des contributeurs récurrents des débuts. Il participera également à Heavy Metal, la franchise du magazine aux États-Unis. La même année, une sélection de ses récits underground en noir et blanc est publiée en relié sous le titre The Richard Corben Funnybook par Nickelodeon Press à Kansas City.
En 1976, il adapte une nouvelle de Robert E. Howard dans l’un des premiers romans graphiques, Bloodstar. Parmi les histoires qu’il réalise pour Heavy Metal, il poursuit la saga de sa création la plus célèbre, Den, entamée dans le court-métrage Neverwhere et dans une courte bande publiée dans l’underground Grim Wit n° 2. La saga Den est une série fantastique relatant les aventures d’un jeune nerd frêle qui voyage vers Neverwhere, un univers inspiré de l’Âge hyborien de Robert E. Howard, du Barsoom d’Edgar Rice Burroughs et des dimensions horrifiques de H. P. Lovecraft. Cette histoire est adaptée, dans une version très abrégée, pour le film d’animation Heavy Metal, où Den est doublé par John Candy dans une interprétation humoristique que Corben jugea excellente.
Le festival d’Angoulême lui décerne en 1976 le prix du dessinateur étranger et, en 2018, le Grand Prix du festival d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre.
Par son œuvre graphique, il contribue, à l’instar de Philippe Druillet et de Moebius, à marquer durablement l’esthétique du monde du rock et du heavy metal, notamment à travers les artworks d’albums. Son travail sur la pochette de Bat Out of Hell de Meat Loaf est un modèle du genre.
Apparitions de Richard Corben dans Métal Hurlant (France)
#
Date de couverture
Titre du (des) récit(s) Corben
1
Janv. 1975
« CiDoPey » (8 p.)
2
Avr. 1975
« Going Home » (8 p.)
4
Oct. 1975
DEN part 1 (« Den » – 8 p.)
5
Nov. 1975
DEN part 2 (8 p.)
6
Mars 1976
DEN part 3 (8 p.)
7
Mai 1976
DEN part 4 (6 p.)
28
Fév. 1978
« The Last Voyage of Sindbad » part 1 (8 p.)
29 – 30
Mars / Avr. 1978
« The Last Voyage of Sindbad » parts 2-3
47
Fév. 1980
Bloodstar part 1
48 – 49
Mars / Avr. 1980
Bloodstar parts 2-3
59 – 63
Janv. – Mai 1981
Bloodstar parts 4-8
64
Juin 1981
Couverture inédite « Den sur l’îlot » (peinture)
70
Déc. 1981
« Den – Muvovum » (4 p.)
72 – 78
Fév. – Août 1982
Den II : Muvovum (épisodes suivants)
Page « Galerie » du site officiel Corben Studios montrant un ensemble d’œuvres de Richard Corben. — Capture d’écran ; source d’origine à mentionner selon l’usage éditorial.
Will Eisner :
En 1982, Les Humanoïdes Associés publient pour la première fois en France « Un bail avec Dieu », version française de A Contract with God, œuvre de la légende de la BD américaine Will Eisner, créateur du Spirit.
La marque Heavy Metal perdure aux États-Unis bien après l’arrêt de Métal Hurlant en France, témoignant de l’enracinement durable de cette influence.
En somme, l’onde de choc initiée à Livry-Gargan s’est propagée jusqu’aux comics américains, contribuant à élargir leurs horizons thématiques et artistiques. L’influence se mesure aussi dans la pop culture américaine en général : la génération de lecteurs de Heavy Metal des années 1980 inclut de futurs cinéastes ou créateurs de séries animées qui en garderont l’empreinte (on en retrouve des clins d’œil, par exemple, dans la série animée Æon Flux ou dans des comic books cyberpunk des années 1990). L’ADN de Métal Hurlant s’est donc injecté dans le sang des comics américains, diversifiant un paysage culturel qui, sans cela, serait resté plus uniformément super-héroïque.
Impact sur l’animation et le cinéma
L’univers de Métal Hurlant — par sa richesse visuelle et conceptuelle — a eu des répercussions directes et indirectes sur le cinéma, en particulier dans la science-fiction. Dès la fin des années 1970, Hollywood et le cinéma européen vont puiser dans ce vivier d’idées neuves. Plusieurs axes d’influence sont notables :
Les adaptations du magazine
Le film d’animation Heavy Metal (1981) est l’exemple le plus évident d’une transposition de l’esprit Métal Hurlant à l’écran. Ce long-métrage, composé de segments variés (dont Den de Corben ou Taarna, inspiré de l’univers d’« Arzach »)…
Heavy Metal (1981) :
En 1981, le phénomène impulsé par Métal Hurlant culmine avec la sortie du film d’animation Heavy Metal, coproduction canado-américaine qui adapte à l’écran plusieurs histoires parues dans Heavy Metal en ajoutant des éléments originaux de liaison, toujours dans l’esprit des fondateurs.
Ce film à sketches, composé de huit segments narratifs distincts, traduit en dessin animé pour adultes l’esprit débridé du magazine. L’éclectisme des thèmes et des univers abordés par chaque segment reflète l’ouverture et la liberté de ton de Métal Hurlant. Ces histoires sont reliées par un dénominateur commun, le Loc-Nar, orbe verte phosphorescente qui sert à la fois de fil conducteur, d’antagoniste et de narrateur. Le Loc-Nar, « orbe du mal » et narrateur-antagoniste, est l’invention qui permet à Heavy Metal d’embrasser l’esprit contre-culturel de Métal Hurlant en liant des histoires indépendantes par un même thème : la fascination — et le prix — du pouvoir.
Le film contribue à populariser encore davantage la marque Métal Hurlant / Heavy Metal. Il est notable qu’à travers cette adaptation, un large public a pu découvrir l’univers visuel de la revue, ainsi qu’un panel varié de l’univers musical hard rock et heavy metal. Pour la version européenne, le titre Prefabricated, adaptation anglaise du titre « Préfabriqué » des Français du groupe Trust, remplace, sur une scène de « So Beautiful & So Dangerous », le titre « Crazy » de Nazareth. Les deux titres sont crédités sur les albums des bandes-son du film, offrant au groupe de hard rock français une exposition internationale exceptionnelle pour un style musical peu exposé dans son propre pays.
La bande originale de Heavy Metal (1981), bien que n’étant pas liée au magazine original, s’avère particulièrement bien adaptée à l’univers graphique de Métal Hurlant et articule deux registres complémentaires : d’une part, une musique symphonique d’Elmer Bernstein, enregistrée avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres (motifs récurrents, usage de chœur et couleurs électroniques ponctuelles) ; d’autre part, une sélection rock et heavy metal qui ancre le film dans la contre-culture musicale du tournant des années 1980 (Blue Öyster Cult, Black Sabbath, Cheap Trick, Journey, Devo, Donald Fagen, Stevie Nicks, Don Felder, Grand Funk Railroad, Sammy Hagar, Nazareth, Trust). Les éditions commerciales de la BO reflètent cette dualité (album « Music from the Motion Picture » pour les titres rock, et parutions séparées pour la musique de Bernstein).
Si, pour une question de droits, les histoires françaises n’ont pas pu être reprises en animation, l’esprit impulsé lors de la création du magazine au pavillon de Livry reste présent : éclectisme, humour décalé et bouleversement des codes, univers dystopiques ou fantasy. Heavy Metal témoigne, en adaptant le magazine à l’écran, de son influence internationale sur les arts graphiques, bien sûr, mais également sur l’ensemble de la culture « pop ». Malgré l’absence d’accord entre Français et Américains sur le film, l’esthétique du magazine original reste présente. On remarquera ainsi, dans l’histoire de Taarna, des idées issues directement de la bande dessinée « Arzach », de Moebius, comme l’oiseau-monture de l’héroïne, et une réadaptation de Den de Richard Corben.
Heavy Metal est doté d’un budget de 9,3 millions de dollars. Son tournage a la particularité d’avoir mobilisé dix-sept équipes dispersées à Montréal, Ottawa, Londres ou encore New York.
Métal Hurlant bénéficie, à sa sortie, d’un effet de surprise, même s’il convient de relativiser son retentissement. À cette époque, le monde de l’animation aux États-Unis s’adresse essentiellement à la jeunesse. Disney a donc le quasi-monopole de la production de longs métrages dans ce domaine. En 1981, personne n’avait jamais signé de long métrage d’animation réservé aux adultes, à l’exception de Ralph Bakshi, avec son adaptation de Fritz le Chat en 1972 (d’après la BD de Robert Crumb), de René Laloux, avec La Planète sauvage en 1973 (adaptation du roman de Stefan Wul, Oms en série), et du Belge Picha avec Tarzoon, la honte de la jungle, dessin animé interdit aux moins de 18 ans en 1975.
Dans un secteur dominé par le « politiquement correct » familial des productions Disney, Métal Hurlant bouleverse les codes. Dans ce contexte, le film est reçu avec un certain intérêt, dans la mesure où son architecture narrative, son humour décalé, son côté provocateur, l’originalité de ses dessins et la qualité de sa bande musicale sont autant d’éléments qui renouvellent un genre peu prolifique jusque-là.
En cette période post-révolution sexuelle, l’érotisme très prononcé du film n’échappe pas non plus aux critiques et certains le jugent comme véhiculant une vision misogyne, sinon gratuitement vulgaire (sic). Tout comme pour le magazine qu’il adapte, Heavy Metal est alors victime d’une incompréhension de son second degré et de sa façon, parfois provocatrice, de « faire bouger les lignes ». Même si l’esprit du film, et des œuvres dessinées dont il peut s’inspirer, assument une forme d’expression dont l’imperfection graphique apparente est voulue, la diversité des animations et des dessins est soulignée — et parfois incomprise — par certains critiques.
Le public ne s’y trompe toutefois pas, et le film fait, à sa sortie, plus de 7 millions d’entrées, rapportant 20 millions de dollars en Amérique du Nord. Ce résultat le positionne à la 35e place pour l’année 1981, au même niveau qu’une production telle qu’Outland, qui occupe alors la 34e place.
L’une des forces du long métrage réside dans ce qu’il participe d’une diffusion plus large d’un mouvement de bande dessinée underground dédiée aux adultes. À l’instar du magazine qu’il adapte, Heavy Metal devient, au fil des années, une œuvre culte de la pop culture, du fait notamment de son esprit rock et irrévérencieux, et de son influence plus ou moins directe sur certaines productions marquantes qui vont suivre.
Il est ainsi fort probable que certaines scènes du film Le Cinquième Élément, de Luc Besson, aient été inspirées par la séquence « Harry Canyon ». On note, en effet, une similarité dans l’intrigue : un chauffeur de taxi recueille une jeune femme et l’aide à fuir à la fois ses poursuivants directs et les forces de police. La toute première scène du film (le Loc-Nar se dirigeant vers la Terre, en tant que météorite verte) fait aussi écho à l’intrigue du film. On peut aussi observer le sigle des Tarakiens et d’Arzach dans la fresque du temple, très probablement ajoutés par Moebius, lequel a travaillé sur le film.
Au-delà de son impact direct sur des œuvres qui lui sont postérieures, il est rétrospectivement incontestable que le film a inauguré une nouvelle ère de l’animé pour adultes, puisque vont rapidement lui succéder d’autres longs métrages comme Les Maîtres du temps, adaptation par René Laloux du roman de Stefan Wul L’Orphelin de Perdide, dessiné par Moebius, ou encore Tygra, la glace et le feu de Ralph Bakshi, qui sont totalement dans la même veine. On peut aussi citer Gandahar, adaptation par René Laloux du roman Les Hommes-machines contre Gandahar de Jean-Pierre Andrevon, dessiné par Philippe Caza, autre dessinateur ayant œuvré au sein de Métal Hurlant, ou l’animé japonais de science-fiction Memories, plus tardif, mais répondant au même type de ressorts narratifs et dégageant une atmosphère qui n’est pas étrangère à celle de Métal Hurlant.
En 1996, le dessinateur Kevin Eastman, créateur des Tortues Ninja, fan du film et propriétaire du magazine Heavy Metal depuis 1992, le réédite en vidéo.
Pour son 40e anniversaire, une remasterisation intégrale du long métrage a été entreprise à partir d’un nouveau scan des négatifs originaux. Cette restauration 4K, qui a fait l’objet d’une sortie DVD, a été approuvée par Ivan Reitman, peu de temps avant son décès en février 2022.
Le long métrage connaîtra de nombreux signes de consécration, dont un pastiche direct (cadrages, voiture qui « vole » dans l’espace, esthétique peinte) en 2008 dans la série South Park (3e épisode de la saison 12, « Major Boobage »). L’hommage est explicite dans la page officielle de l’épisode et détaillé dans un making-of par Wired.
En 1986, le clip de ZZ Top, « Rough Boy », mettant en scène l’Eliminator transformée en spaceplane — passage en station orbitale/« space car-wash », etc. — est clairement un écho visuel au gimmick « voiture dans l’espace » de Soft Landing.
En 2018, le lancement du « Starman » d’Elon Musk en Tesla Roadster dans l’espace n’a pas manqué de rappeler l’ouverture de Heavy Metal.
Heavy Metal 2000
Présenté comme une suite tardive du dessin animé de 1981, Heavy Metal 2000, diffusé aussi sous le titre Heavy Metal : F.A.K.K.² hors Amérique du Nord, est en fait une adaptation à l’écran du roman graphique The Melting Pot de Kevin Eastman, Simon Bisley et Eric Talbot. Contrairement à son prédécesseur, il ne s’agit donc pas d’une anthologie mais d’un récit unique.
Malgré une continuité de ton avec l’arc narratif de Taarna (heroic fantasy sombre, violence pulp, héroïne silencieuse / peu loquace qui tranche dans un monde corrompu), Heavy Metal 2000 en est davantage une réécriture spirituelle qu’une suite, Julie tenant la place archétypale de Taarna, avec des citations visuelles et thématiques assumées.
Réalisé par Michael Coldewey et Michel Lemire, produit par CinéGroupe à Montréal, le long métrage sort direct-to-video en juillet 2000 aux États-Unis (diffusions et supports échelonnés selon les territoires). Il met en vedette les voix de Julie Strain, qui sert de modèle au personnage principal « Julie », Michael Ironside (Tyler) et Billy Idol (Odin).
Côté réception, la critique est globalement défavorable et le public n’est pas au rendez-vous, même si une partie du public visé apprécie la continuité heroic fantasy et la vigueur pulp.
L’exploitation de Heavy Metal 2000 s’inscrit dans une stratégie transmedia : sortie vidéo et TV, album de BO multi-artistes, puis jeu vidéo Heavy Metal : F.A.K.K.² (Ritual Entertainment), qui prolonge l’univers en faisant jouer Julie après les événements du film. Cette logique d’« écosystème » reflète l’époque et l’ambition d’Eastman de repositionner la marque Heavy Metal auprès d’un public plus jeune sans renier l’ADN Métal Hurlant.
Metal Hurlant Chronicles (2012)
Frédérique Bel dans Metal Hurlant Chronicles. — Crédit image à conserver selon la source d’origine.
Lancée sur France 4 le 27 octobre 2012, Métal Hurlant Chronicles est une anthologie de science-fiction franco-belge en douze épisodes de 26 minutes (deux saisons, 2012 et 2014) créée et réalisée par Guillaume Lubrano. Chaque épisode est autonome (nouveau monde, nouvelle distribution) mais tous sont liés par le passage d’un astre, le « métal hurlant », dernier fragment d’une planète détruite, qui traverse l’espace-temps — clin d’œil évident au Loc-Nar du film Heavy Metal (1981) et dispositif unificateur fidèle à l’esprit de la revue. Chaque épisode adapte ou réinterprète une histoire parue dans la relance du magazine Métal Hurlant au début des années 2000 (numéros 139 à 146 surtout), transposée pour l’écran dans un format court proche du one-shot illustré.
Pensée pour l’international, la série est majoritairement tournée en anglais (doublage FR disponible), filmée en grande partie à Bucarest (chaîne de production rationalisée) et portée par une distribution « pan-genre » mêlant visages SF/fantasy et acteurs européens : Rutger Hauer, Scott Adkins, Michael Jai White, James Marsters, Joe Flanigan, Kelly Brook, Dominique Pinon, entre autres. La musique est signée Jesper Kyd (teintes électroniques / épiques). Côté production, on retrouve WE Productions (Lubrano), des partenaires belges (Nexus Factory), Dupuis Audiovisuel, et un lien organique à la marque via Les Humanoïdes Associés (implication au générique / partenariats). Diffusion initiale : France 4 (puis Nolife, MCM, Ciné FX), ventes à l’international (Sony pour l’Allemagne/Autriche/Suisse) et Syfy US en 2014. Édition vidéo intégrale chez Shout! Factory (2015).
Sur le plan esthétique, la série opte pour un éclectisme contrôlé : décors et costumes SF « rétro-pulp », imagerie sword-and-planet, dystopies technologiques, twist endings — grammaire visuelle et thématique qui prolonge la contre-culture graphique de la revue (Moebius, Corben, Jodorowsky, Druillet, etc.) tout en assumant les contraintes TV (découpage rapide, effets numériques ciblés). La série a permis de réactiver à l’international la marque Métal Hurlant sur le petit écran, réintroduit la logique d’anthologie adulte et réhabitue le public à un format court SF à la française.
Influence sur le design et la direction artistique :
C’est peut-être l’aspect le plus marquant. Les auteurs de Métal Hurlant ont activement collaboré à nombre de grands films de science-fiction, imprégnant ceux-ci de leur esthétique. On citera notamment :
Exemples de l’influence de Métal Hurlant sur le cinéma
Titre du film
Réalisateur
Année
Influence du film
Brève description de l’influence
Alien
Ridley Scott
1979
H.R. Giger (présenté dans Métal Hurlant)
L’esthétique visuelle du film, notamment le design de la créature et des environnements, a été fortement influencée par le travail de Giger découvert dans le magazine.
Blade Runner
Ridley Scott
1982
Moebius (The Long Tomorrow)
Le design futuriste de la ville et des véhicules a été inspiré par la bande dessinée de Moebius parue dans Métal Hurlant.
Star Wars
George Lucas
1977
Philippe Druillet, Moebius
L’esthétique des vaisseaux spatiaux, des armures et des mondes extraterrestres présentait des similitudes avec les œuvres de Druillet et Moebius.
Le Cinquième Élément
Luc Besson
1997
Moebius, Jean-Claude Mézières (collaborateurs de Métal Hurlant)
Besson a engagé Moebius et Mézières pour la conception de la production du film, s’inspirant de leur travail dans le magazine.
Heavy Metal
Gerald Potterton
1981
Divers artistes de Métal Hurlant
Le film d’animation est une adaptation de plusieurs histoires parues dans le magazine.
Mad Max
George Miller
1979
Univers dystopique
L’image d’une société en décomposition, d’une civilisation rongée par la pénurie et la violence. Le héros échappant à l’image manichéenne classique sont des thèmes récurrents dans Métal Hurlant. L’aspect des véhicules et des tenues rappellent les canons esthétiques du magazine.
Alien (1979) de Ridley Scott
La contribution de Moebius au design a influencé toute la représentation des combinaisons spatiales et de l’organique extraterrestre. Par ailleurs, les décors et l’ambiance relèvent manifestement de l’imaginaire visuel de science-fiction de Métal Hurlant.
Mad Max (1979)
Des films comme Mad Max (1979) ont puisé dans l’imagerie post-apocalyptique que Druillet et d’autres avaient développée en BD, y ajoutant au passage des éléments empruntés à l’univers bikers et aux spécificités offertes par l’Australie en termes de décors naturels.
Il apparaît dans plusieurs interviews de Jean-Pierre Dionnet que George Miller voulait intituler son film « Métal Hurlant » et était venu demander l’autorisation ; le fondateur de Métal Hurlant dit l’avoir refusée et s’en mordre encore les doigts. À sa décharge, George Miller réalisait alors son premier long métrage et Mel Gibson était un acteur inconnu ; Jean-Pierre Dionnet recevait alors beaucoup de sollicitations, dont certaines très fantaisistes, et rien ne pouvait laisser présumer de l’impact futur de Mad Max.
Blade Runner (1982)
Harrison Ford lors du Comic-Con International de San Diego 2017 pour Blade Runner 2049. — Crédit photo à conserver selon la source d’origine.
Adaptation à l’écran du roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, Blade Runner décrit un monde dystopique pour lequel le roman original laissait une grande latitude d’interprétation visuelle. Ridley Scott, grand amateur d’art graphique, s’est inspiré de l’esthétique Métal Hurlant pour son film.
La représentation tentaculaire et sombre de la cité futuriste doit beaucoup à la bande dessinée The Long Tomorrow (1976) de Moebius et Dan O’Bannon, publiée dans Métal Hurlant, qui préfigure l’imagerie cyberpunk.
Tron (1982) de Steven Lisberger
L’un des premiers films sur le cyberespace, Tron est le premier long métrage à présenter des séquences retravaillées ou conçues par ordinateur, et de l’imagerie informatique de manière intensive — non seulement comme un élément d’effets spéciaux, comme dans Mondwest (1973) ou Star Wars (1977), mais aussi pour concevoir un monde virtuel.
Disney a engagé Moebius comme principal designer des décors et des costumes, aux côtés de Syd Mead (véhicules) et Peter Lloyd (peintures / « airs » de lumière). Il façonne l’allure épurée, « circuitaire » et quasi liturgique des tenues et des espaces numériques.
Moebius est l’un des architectes visuels majeurs de Tron — costumes, décors et storyboards — dont l’esthétique résulte de sa collaboration directe avec Syd Mead et Peter Lloyd.
Le Cinquième Élément (1997) de Luc Besson
Pour son film, Luc Besson engage Moebius et Jean-Claude Mézières (autre grand de la BD, dessinateur de Valérian et Laureline, que Besson adaptera d’ailleurs des années plus tard) pour dessiner costumes et décors, rapprochant ainsi l’univers visuel du film de celui de la BD française de SF.
En outre, on retrouve dans le film de nombreuses références à Métal Hurlant, certainement apportées par Moebius (par exemple pour les symboles du temple) et, vraisemblablement, par l’inconscient de Luc Besson.
Au début des années 2000, un procès oppose Jean Giraud (Moebius), Les Humanoïdes Associés et Alejandro Jodorowsky à Luc Besson et Gaumont pour contrefaçon de L’Incal (emprunts au titre, décors, scènes, personnages, éléments graphiques et scénaristiques), ainsi que pour concurrence déloyale et parasitisme.
Le 28 mai 2004, le Tribunal de grande instance de Paris déboute Moebius, Jodorowsky et Les Humanoïdes. Le tribunal retient, selon le compte rendu, que les ressemblances alléguées ne portent que sur des « fragments infimes de l’œuvre » (donc pas de reprise substantielle protégée). Tout en reconnaissant l’absence de plagiat de la part du réalisateur, le tribunal admet l’existence de l’influence de Métal Hurlant et rejette la demande reconventionnelle des défendeurs pour procédure abusive.
Inspiration générale sur les cinéastes :
Au-delà des collaborations directes, Métal Hurlant a inspiré nombre de réalisateurs par son imaginaire. George Lucas a publiquement reconnu l’influence de Druillet, Moebius et de leurs confrères sur son travail. On sait, par exemple, que la saga Star Wars doit en partie son esthétique dépaysante à des illustrateurs de SF européens (Ralph McQuarrie s’inspirant indirectement de designs BD). Lucas, en admirateur, a même invité Moebius à collaborer sur son parc d’attractions Star Tours dans les années 1980.
De même, des réalisateurs comme James Cameron (pour Avatar, il s’est souvenu de l’écologie onirique de certaines BD de Druillet ou Moebius) ou Guillermo del Toro (fan revendiqué de la revue) ont puisé dans cet imaginaire.
L’influence se ressent aussi dans l’animation japonaise : le mangaka et cinéaste Hayao Miyazaki admirait Moebius (les deux se sont rencontrés et s’estimaient mutuellement), et son film Nausicaä de la vallée du vent (1984) évoque par moments les vastes déserts peuplés de créatures que Moebius dessinait. Plus tard, le style Métal Hurlant infusera même des œuvres comme Akira ou Ghost in the Shell via la mouvance cyberpunk qu’il a contribué à lancer.
En résumé, que ce soit de manière directe (adaptations, collaborations) ou indirecte (inspiration), le cinéma de science-fiction et d’animation doit énormément au magazine et au mouvement artistique lancé en 1975 au pavillon Dionnet, à Livry-Gargan.
La revue a fourni un réservoir d’iconographies, de mondes et d’idées visuelles qui sont recyclés, transformés et portés à l’écran depuis des décennies. Elle a aidé à faire passer le cinéma de SF d’un univers encore formaté (années 1960–1970) à un imaginaire plus adulte, plus riche et cosmopolite.
Influence sur l’imaginaire cyberpunk
Métal Hurlant a diffusé son influence dans de nombreux autres pans de la culture visuelle et littéraire, façonnant ce qu’on peut appeler l’imaginaire contemporain de la science-fiction et de la fantasy :
Préfiguration du cyberpunk :
Publié en 1976 dans Métal Hurlant, le récit « The Long Tomorrow » (scénarisé par Dan O’Bannon et dessiné par Moebius) est souvent cité comme l’une des toutes premières évocations d’une mégapole futuriste à la fois ultratechnologique et décadente — un véritable prototype de ce qui deviendra le genre cyberpunk. Ses ruelles sombres à néons, ses foules interlopes, son mélange de noir et de science-fiction ont influencé directement la conception visuelle de Blade Runner, comme mentionné plus haut, et plus largement l’esthétique des futures œuvres cyberpunk des années 1980.
Lorsque William Gibson écrit Neuromancer (1984), il reconnaît évoluer dans un sillage d’images que des artistes comme Moebius avaient déjà exploré graphiquement. En ce sens, Métal Hurlant a préparé le terrain visuel du cyberpunk avant même que le terme n’existe. La vision d’un futur high-tech et low-life — entre technologie étincelante et misère urbaine — était présente dans nombre de récits de la revue, qu’il s’agisse des « Chroniques métalliques » de Chantal Montellier ou des mégapoles décadentes de Druillet (Delirius, La Nuit) mettant en scène des sociétés dystopiques. Cet imaginaire a ensuite nourri aussi bien la littérature (romans cyberpunk) que le cinéma (Johnny Mnemonic, Matrix, etc.) et le jeu vidéo (Cyberpunk 2077 en est un héritier lointain). Métal Hurlant a ainsi contribué à définir le style visuel unique des univers cyberpunk.
Renouveau de la fantasy et du fantastique visuel :
Parallèlement, Métal Hurlant élargit les frontières de la fantasy. Avec Arzach (Moebius, 1974–1975), heroic fantasy muette et contemplative, Yragaël, Urm le fou ou Vuzz de Philippe Druillet, Métal Hurlant et Les Humanoïdes Associés proposent des mondes hybrides où le médiéval se mêle à la science-fiction et au surréalisme. Cette approche syncrétique a marqué durablement l’illustration et la BD de genre. On en perçoit des échos dans l’iconographie des jeux de rôle des années 1980–1990 (revues Dragon et Casus Belli, univers comme Shadowrun ou Rifts) et, plus tard, chez des auteurs européens tels qu’Olivier Ledroit.
Surtout, Métal Hurlant a montré très tôt qu’on pouvait traiter la fantasy de manière adulte et plurale — violente, érotique ou philosophique — ouvrant la voie, dans des registres voisins, à des séries comme Les Chroniques de la Lune Noire (1989– ) et, côté SF épique, La Caste des Méta-Barons (1992– ).
Influence sur les Jeux vidéo
L’influence de Métal Hurlant sur le jeu vidéo est plus diffuse mais bien réelle. La génération des game designers des années 1980–1990 a grandi avec Métal Hurlant et Heavy Metal. On en voit des traces dans l’esthétique de certains jeux de science-fiction ou de fantasy. Par exemple, le jeu français Another World (1991, Éric Chahi) — célèbre pour sa direction artistique épurée — s’inspire directement des univers de Moebius (Éric Chahi a souvent cité Moebius comme influence pour les décors et le character design de son jeu).
De même, le design de créatures et de décors dans des jeux comme Panzer Dragoon (1995) rappelle l’imagerie d’Arzach (un héros chevauchant une monture volante dans un désert étrange).
Les jeux vidéo de type point & click des années 1990 (chez Cryo Interactive, par ex.) ont collaboré avec des auteurs de Métal Hurlant : citons Dune (1992), dont l’édition française arborait une jaquette illustrée par Moebius, ou Pilgrim (1997), coécrit par Druillet.
L’éditeur Infogrames a même intégré des illustrations de Druillet en couverture de certains jeux (l’icône Exxos dans Captain Blood, 1988, faisait référence à l’univers visuel BD).
Plus généralement, l’esthétique des jeux vidéo de science-fiction modernes, qu’il s’agisse de la démesure architecturale d’un Halo ou des mégapoles futuristes de Final Fantasy, s’inscrit dans une tradition visuelle où Métal Hurlant a joué un rôle précurseur.
Comme signalé précédemment, le film d’animation Heavy Metal 2000 a bénéficié d’une continuité de son univers à travers un jeu vidéo, qui rencontra d’ailleurs plus de succès que le film.
On peut considérer que, chaque fois qu’un jeu dépeint un futur dystopique urbain, ou, au contraire, un monde de fantasy baroque, il y a un peu de l’héritage de Métal Hurlant en filigrane.
Conclusion
L’empreinte de Métal Hurlant irrigue aujourd’hui toute la pop-culture visuelle. Du neuvième art au roman, du cinéma au jeu vidéo, on suit une véritable généalogie d’idées et d’images qui ramène à ce laboratoire de créations né à Livry-Gargan en 1975.
Fait rare, cette révolution culturelle peut être reliée à un lieu précis : le pavillon de pierre meulière (1810) où le magazine fut conçu. Paisible demeure bourgeoise à l’origine, il est devenu un repère patrimonial — matériel par l’édifice, immatériel par l’esprit d’audace qu’il incarne.
La ville de Livry-Gargan a, un temps, honoré cet héritage : quinze éditions des Rencontres de la BD s’y sont tenues, la dernière le 26 mai 2013, consacrée à la création du magazine. L’événement a disparu depuis, mais la mémoire demeure.
L’histoire de Métal Hurlant et celle de Livry-Gargan se répondent : d’un foyer créatif local est né un mouvement mondial. À l’heure où l’on s’interroge sur la préservation du pavillon et sur la transmission de son patrimoine immatériel, on mesure le chemin parcouru : des réunions discrètes de la rue de Paris aux échos planétaires dans le cinéma, la BD et la littérature. Le pavillon de Livry-Gargan est une pépinière d’où ont surgi des mondes imaginaires qui continuent d’inspirer la culture d’aujourd’hui.
Ainsi, le pavillon n’est pas seulement une adresse : c’est une preuve. La preuve qu’un jour, à Livry-Gargan, l’idée de quatre jeunes a pu embraser le monde. Renoncer à ce lieu, ce serait renoncer à cette preuve.
Références
Périodiques : numéros et séries
Ah! Nana. (1976–1978). Ah! Nana, nos 1–9. Paris : Les Humanoïdes Associés.
Heavy Metal. (1977, avril). Heavy Metal, 1(1). New York, NY : National Lampoon.
Les Humanoïdes Associés & Vagator Productions. (2021, 29 septembre). Métal Hurlant (2e série), no 1. Paris : Les Humanoïdes Associés.
Les Humanoïdes Associés & Vagator Productions. (2022, 16 février). Métal Hurlant (2e série), no 2. Paris : Les Humanoïdes Associés.
Les Humanoïdes Associés. (2005, avril). Métal hurlant – 30 ans, vol. 1 (Couv. nos 1–48, 1975–1980). Paris : Les Humanoïdes Associés.
Les Humanoïdes Associés. (2005, mai). Métal hurlant – 30 ans, vol. 2 (Couv. nos 49–84, 1980–1984). Paris : Les Humanoïdes Associés.
Les Humanoïdes Associés. (2005, juin). Métal hurlant – 30 ans, vol. 3 (Couv. nos 85–133, 1984–1987). Paris : Les Humanoïdes Associés.
Les Humanoïdes Associés. (1975, janvier). Métal hurlant (1re série), no 1. Paris : Les Humanoïdes Associés.
Livres / monographies
Alliot, D., & Druillet, P. (2014). Delirium. Paris : Les Arènes.
Dionnet, J.-P., & Quillien, C. (2024). Mes Moires : Un pont sur les étoiles (éd. mise à jour). Vauvert : Au Diable Vauvert.
Poussin, G., & Marmonnier, C. (2005). Métal hurlant 1975–1987 : La machine à rêver. Paris : Denoël. (Rééd. augmentée, 2021).
Référence recommandée : Mijouin, G. (2025). Naissance de Métal Hurlant à Livry-Gargan : historique, fondateurs et héritage mondial. Les Cahiers de Livry Participatif, Livry-Gargan, 2025, p. 51–76.
2026 — Quadricentenaire de la naissance de Madame de Sévigné (1626–1696)
Portrait de Madame de Sévigné (pastel attribué à Robert Nanteuil, 1665–1675). Image CC0 (Paris Musées / Musée Carnavalet).
En 2026, nous commémorons le quadricentenaire de la naissance de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626–1696).
À cette occasion, Livry Participatif propose la reproduction intégrale de la lettre la plus souvent citée localement — mais presque toujours tronquée — celle où elle écrit notamment : « La beauté de Livry est au-dessus de tout ce que vous avez vu… ».
Pourquoi cette lettre compte à Livry
À Livry‑Gargan, la figure de Madame de Sévigné est associée à l’abbaye Notre‑Dame de Livry et à son environnement paysager. Dans cette lettre du 30 mai 1672, Sévigné ne décrit pas seulement un lieu : elle donne une image sensible d’un Livry verdoyant (arbres, parfums de chèvrefeuille) et le compare à la Provence de sa fille (forêts d’orangers).
Je ne reçus point hier de vos lettres, ma pauvre enfant. Votre voyage de Monaco vous avoit mise hors de toute mesure : je me doutois que ce petit malheur m’arriveroit. Je vous envoie les nouvelles de M. de Pompone. Voilà déjà la mode d’être blessé qui commence ; j’ai le cœur fort triste dans la crainte de cette campagne. Mon fils m’écrit fort souvent ; il se porte bien jusqu’à présent.
Ma tante est toujours dans un état déplorable ; et cependant, ma chère bonne, nous avons le courage d’envisager un jour pour partir, en jouant une espérance que de bonne foi nous n’avons point. Je suis toujours à trouver certaines choses fort mal arrangées parmi les événements de notre vie : ce sont de grosses pierres dans le chemin, trop lourdes pour les déranger ; je crois que nous passerons par-dessus ; ce n’est pas sans peine : la comparaison est juste.
Je ne mènerai point ma petite-enfant ; elle se porte très-bien à Livry ; elle y passera tout l’été. La beauté de Livry est au-dessus de tout ce que vous avez vu : les arbres sont plus beaux et plus verts, tout est plein de ces aimables chèvrefeuilles : cette odeur ne m’a point encore dégoûtée ; mais vous méprisez bien nos petits buissons, auprès de vos forêts d’orangers. Voici une histoire très-tragique de Livry.
Vous vous souvenez bien de ce prétendu très-dévot, qui n’osoit tourner la tête ; je disois qu’il sembloit qu’il y portât un verre d’eau. La dévotion l’a rendu fou : une belle nuit il s’est donné cinq ou six coups de couteau ; et tout nu, et tout en sang, il se mit à genoux au milieu de la chambre.
On entre, on le trouve en cet état : « Eh mon Dieu ! mon frère, que faites-vous ? et qui vous a accommodé ainsi ? — Mon père, dit-il froidement, c’est que je fais pénitence. » Il tombe évanoui, on le couche, on le panse, on le trouve très-blessé ; on le guérit après trois mois de soins, et puis ils l’ont renvoyé à Lyon à ses parents.
Si vous ne trouvez pas cette tête-là assez renversée, vous n’avez qu’à le dire, et je vous donnerai celle de Mme Paul, qui est devenue éperdue, et s’est amourachée d’un grand benêt de vingt-cinq ou vingt-six ans, qu’elle avoit pris pour faire le jardin. Vraiment il a fait un beau ménage. Cette femme l’épouse. Ce garçon est brutal, il est fou ; il la battra bientôt ; il l’a déjà menacée.
N’importe, elle en veut passer par là ; je n’ai jamais vu tant de passion : ce sont tous les plus beaux violents sentiments qu’on puisse imaginer ; mais ils sont croqués comme les grosses peintures ; toutes les couleurs y sont, il n’y aura qu’à les étaler. Je me suis extrêmement divertie sur ces caprices de l’amour ; je me suis effrayée moi-même voyant de tels attentats.
Quelle insolence ! s’attaquer à Mme Paul, c’est-à-dire à l’austère, l’antique et grossière vertu ! Où trouvera-t-on quelque sûreté ? Voilà de belles nouvelles, ma pauvre bonne, au lieu de vos aimables relations.
Mme de la Fayette est toujours languissante ; M. de la Rochefoucauld toujours écloppé ; nous faisons quelquefois des conversations d’une tristesse qu’il semble qu’il n’y ait plus qu’à nous enterrer. Le jardin de Mme de la Fayette est la plus jolie chose du monde : tout est fleuri, tout est parfumé ; nous y passons bien des soirées, car la pauvre femme n’ose pas aller en carrosse.
Nous vous souhaiterions bien quelquefois derrière une palissade pour entendre certains discours de certaines terres inconnues que nous croyons avoir découvertes. Enfin, ma fille, en attendant ce jour heureux de mon départ, je passe du faubourg au coin du feu de ma tante, et du coin du feu de ma tante à ce pauvre faubourg.
Je vous prie, ma chère, n’oubliez pas tout à fait M. d’Harouys, dont le cœur est un chef-d’œuvre de perfection, et qui vous adore. Adieu, ma très-aimable enfant ; j’ai bien envie de savoir de vos nouvelles, et de votre fils. Il fait bien chaud chez vous autres ; je crains cette saison pour lui, et pour vous beaucoup plus, car je n’ai pas encore pensé qu’on pût aimer quelque chose plus que vous.
J’embrasse mon cher Grignan. Vous aime-t-il toujours bien ? Je le prie de m’aimer aussi.
Lettre 281 (1672), édition Monmerqué (1862). Reproduction en domaine public (édition du XIXe siècle).
Édifice bicentenaire emblématique de Livry-Gargan, le pavillon Dionnet (1810) relève de l’architecture bourgeoise locale (meulière, pierre de taille, modénatures soignées, grille en fer forgé). Situé 61–63, avenue du Consul-Général-Nordling, en vis-à-vis du Château de la Forêt, à proximité de la RD 933 (ex-RN 3), il s’insère dans un ensemble urbain cohérent et occupe une position structurante dans le paysage livryen.
Au-delà de sa valeur architecturale, le pavillon Dionnet est associé à un épisode fondateur de la culture visuelle contemporaine : il fut le berceau de Métal hurlant en 1975, magazine de science-fiction fondé par Jean-Pierre Dionnet (dont la famille possédait alors la demeure), Moebius, Philippe Druillet et Bernard Farkas. Cette revue d’avant-garde, lancée entre ces murs, a exercé une influence majeure sur la bande dessinée ; des rapprochements sont fréquemment évoqués avec des œuvres cinématographiques de premier plan. Ce pavillon incarne ainsi une double identité patrimoniale : patrimoine bâti local et histoire culturelle dont l’écho dépasse Livry-Gargan.
Cet héritage est aujourd’hui menacé. Depuis 2012, plusieurs séquences administratives et urbanistiques reposent la question de son avenir : acquisition communale ; repérage patrimonial au PLU (2015, « bâti isolé n° 45 ») ; révision intercommunale (PLUi, 2024) ; études relatives à l’implantation d’un institut médico-éducatif (IME) sur le secteur. Dans ce contexte, un avis des Domaines fondé sur l’hypothèse d’une évaluation « après démolition » a conduit à considérer la disparition du pavillon parmi les scénarios possibles. Cette perspective a suscité une controverse locale, relayée par la presse générale, régionale et spécialisée.
Face à ces interrogations, entre mémoire collective et choix de la municipalité, le présent Grand Angle a pour objet d’établir les faits disponibles, de restituer la chronologie des pièces publiques et d’éclairer les enjeux conjoints d’urbanisme, de patrimoine et d’intérêt général.
Photographie d’époque (vers 1910) du pavillon, alors désigné « Livry – Rue de Paris – Propriété Sauvin », montrant la façade et le portail d’origine. Le Pavillon Dionnet présente le visage typique des villas bourgeoises de province sous la IIIe République. Son implantation en vis-à-vis du Château de la Forêt crée un dialogue architectural de part et d’autre de la route nationale, marquant fortement les lieux.
I. Histoire et valeur culturelle du Pavillon Dionnet (1810 → 1985)
Construction et premiers propriétaires (1810–1900)
Le pavillon s’inscrit dans la dynamique d’urbanisation du XIXe siècle le long de l’axe Paris–Meaux (ex-RN 3, actuelle RD 933). À cette époque, la petite bourgade rurale de Livry devient une villégiature prisée par la bourgeoisie parisienne, attirée par le cadre champêtre (forêt de Bondy à proximité) et par les nouvelles infrastructures de transport vers la capitale. Il constitue un rare témoignage de l’architecture bourgeoise locale, alliant moellons de meulière, pierre de taille, modénatures enduites et ferronneries.
L’essor du bourg, favorisé par l’amélioration des voies et par l’attraction exercée aux portes de Paris, voit se développer une trame d’habitations soignées, ponctuées de jardins clos. C’est dans ce contexte qu’une famille aisée fait ériger, en 1810, le pavillon dont la volumétrie ramassée, l’ordonnancement symétrique des baies et la clôture sur rue dessinent une façade urbaine singulière. Malgré les transformations ultérieures, l’alignement sur rue et le portail monumental conservent une forte lisibilité paysagère. Autrefois surnommée « propriété Sauvin » (du nom d’anciens occupants) et localisée sur la Route d’Allemagne (ex RN3), la demeure formait avec son jardin un ensemble représentatif du patrimoine francilien, dont elle constitue aujourd’hui l’un des derniers vestiges livryens le long de cet axe historique.
À droite du portail, se dresse le pavillon annexe correspondant à l’ancienne loge de gardien. Il est accessible par une petite porte piétonne percée dans le muret, qui dessert directement la maison du gardien. La façade pignon sur rue est rythmée par trois grandes baies en plein cintre munies de volets persiennés. La toiture à faible présente un large débord porté par des consoles en bois. Historiquement, une limite séparative distinguait nettement cette loge du corps de bâtiment principal.
Naissance de Métal Hurlant (1975–1985)
En décembre 1974, un épisode fondateur confère au pavillon Dionnet une importance dépassant le cadre local. C’est dans cette maison — appartenant alors à la famille du scénariste Jean-Pierre Dionnet — que se conçoivent et se préparent les éléments du magazine Métal hurlant (lancement en 1975), aux côtés notamment de Moebius (Jean Giraud), Philippe Druillet et Bernard Farkas. Afin d’en assurer la publication, ils créent leur propre maison d’édition, Les Humanoïdes Associés. Revue de bande dessinée de science-fiction et de fantasy, Métal hurlant bouleverse les codes esthétiques du 9e art par des thèmes audacieux et un graphisme novateur.
Son influence internationale est considérable : l’édition américaine Heavy Metal connaît de forts tirages (plus de 230 000 exemplaires par numéro au début des années 1980) et se décline dans plusieurs pays ; l’univers donne lieu à un film d’animation culte en 1981, un second film en 1999 et une série télévisée en 2012.
De grands créateurs du cinéma et de l’illustration revendiquent ou laissent percevoir des affinités esthétiques avec ces univers — on cite souvent l’influence de Moebius et Métal hurlant sur Star Wars de George Lucas ou sur l’esthétique de Blade Runner (Ridley Scott), Le Cinquième Élément (Luc Besson) et Mad Max (George Miller). Ces rapprochements relèvent de l’histoire des styles et des circulations d’images. L’aura culturelle du pavillon Dionnet s’est ainsi étendue bien au-delà de Livry-Gargan : cette bâtisse est devenu un lieu d’évocation de la pop culture mondiale. Cet ancrage immatériel renforce l’intérêt patrimonial du site et justifie une vigilance particulière quant à la transmission des lieux.
II. Nouveaux projets pour le pavillon Dionnet (2012–2015)
Dans le prolongement de ce constat patrimonial, la période 2012–2015 voit émerger des propositions d’aménagement.
Projet de 2015 : valorisation du Pavillon Dionnet dans le cadre d’un centre-ville structuré, végétalisé et culturel
Dans le cadre de la révision générale du Plan local d’urbanisme (PLU) de Livry-Gargan, engagée en 2014 et approuvée le 17 décembre 2015, la municipalité formalise une vision d’ensemble de son développement urbain. Elle indique s’appuyer sur une concertation avec les habitants ainsi que sur une volonté affichée de rééquilibrage des fonctions urbaines à l’échelle de la commune.
Parmi les trois secteurs d’orientation (Chanzy ; Poudrerie-Hochailles ; centre-ville), le secteur centre-ville constitue l’un des leviers majeurs de cette stratégie. Le diagnostic souligne l’absence d’une centralité pleinement structurante pour une ville d’environ 42 000 habitants, conduisant à proposer la constitution d’un cœur de ville multipolaire, mêlant :
un pôle administratif autour des services municipaux ;
un pôle culturel regroupant équipements existants et à venir ;
un pôle santé, avec une attention portée aux services aux personnes âgées.
Ce projet est porté dans l’Orientation d’aménagement et de programmation (OAP) centre-ville, annexée au PLU 2015. Elle exprime une volonté de mise en scène et de réhabilitation des espaces structurants, selon une logique de couture urbaine et de respiration paysagère. Au sein de cette vision, la parcelle du Pavillon Dionnet (avenue du Consul-Général-Nordling) occupe un rôle charnière.
Une parcelle emblématique dans un espace en recomposition
Dans les plans et schémas de l’OAP, la maison Dionnet apparaît conservée au sein de la projection volumétrique. Elle s’insère dans un îlot ouvert et aéré, bordé d’arbres, au croisement de circulations piétonnes projetées entre la mairie, le parc Lefèvre, l’école Benoît-Malon et l’avenue du Consul-Général-Nordling (RD 933, ex-RN 3). Le pavillon n’est pas envisagé comme un obstacle, mais comme un repère architectural participant à la centralité nouvelle.
Le plan d’aménagement envisage notamment :
une mise en valeur paysagère des abords du pavillon, assurant une transition douce entre bâti et végétal ;
la structuration d’une trame verte reliant les principaux parcs et équipements ;
la création de cheminements piétons et liaisons douces, réorganisant les accès en cohérence avec l’ex-RN 3 et les équipements existants ;
la possibilité d’un usage culturel ou administratif sur ce site, en lien avec la proximité de la future médiathèque et des autres équipements publics.
OAP centre-ville (2015) — intégration du Pavillon Dionnet comme repère dans une maille paysagère et piétonne.
Un pôle culturel en gestation
La carte de concertation produite en amont de l’OAP comporte des annotations manuscrites mentionnant explicitement : « 3) Développer un pôle culturel pour renforcer l’identité culturelle », avec un fléchage orienté vers la parcelle du pavillon. Cette formulation issue des réunions publiques atteste que l’idée d’une réhabilitation à des fins culturelles a été évoquée et intégrée au stade programmatique.
Le Pavillon Dionnet aurait ainsi pu accueillir un équipement public de proximité, articulé à la trame verte du centre-ville. Cette orientation s’accorde avec les objectifs du Projet d’aménagement et de développement durables (PADD), notamment celui visant à préserver les éléments identitaires du tissu urbain, tout en accompagnant les transitions vers un urbanisme durable et partagé.
En synthèse, le PLU 2015 exprimait la volonté de conserver et valoriser le Pavillon Dionnet comme levier de centralité urbaine, point d’articulation paysagère et signal patrimonial. Le projet municipal d’origine intégrait explicitement ce site dans un équilibre entre mémoire, fonctionnalités et cadre de vie, en cohérence avec les autres composantes du secteur centre-ville.
Le démantèlement ultérieur de cette stratégie (déclassement patrimonial, abandon du projet culturel, non-entretien par la mairie du pavillon malgré ses obligations patrimoniales) constitue une rupture manifeste avec la vision initiale, tant sur le fond que sur les engagements exprimés.
Vue d’artiste, projet OAP centre-ville (2015) intégration du Pavillon Dionnet (Livry Participatif, 2025)
PLU (2015), extrait — OAP centre-ville et intentions programmatiques. (Ville de Livry-Gargan)
OAP centre-ville et intentions programmatiques. (Ville de Livry-Gargan)
III. Le déclassement et le projet IME (2019–2025)
2012 : L’acquisition par préemption
En avril 2012, la Ville de Livry-Gargan exerce son droit de préemption. L’achat intervient à l’issue d’une adjudication judiciaire, pour un montant de 664 401 €. La décision s’inscrit alors dans une perspective d’aménagement public : la création d’un équipement communal à destination de l’enfance, en lien avec le groupe scolaire Benoît-Malon situé à proximité immédiate.
Les documents préparatoires mentionnent la nécessité de répondre à une croissance des besoins induite par l’augmentation de la population. Le projet supposait à terme l’intégration du bien acquis à l’unité foncière scolaire voisine, condition de sa faisabilité opérationnelle.
À ce jour, l’intégration cadastrale n’est pas réalisée : le bâtiment reste porté sur une unité parcellaire autonome, distincte du groupe scolaire Benoît-Malon et ne bénéficie d’aucune affectation éducative.
L’ensemble comprenait alors deux parcelles : la principale (≈ 1 672 m²) avec la maison de maître (1810) et une petite emprise bâtie (≈ 29 m²) occupée par une agence immobilière en façade sur l’avenue. Dans le PLU 2015, la demeure de 1810 est identifiée au titre des « éléments bâtis à préserver » (bâti isolé n° 45) — mesure de repérage patrimonial distincte d’un classement ou d’une inscription au titre des monuments historiques, mais encadrant les interventions par des prescriptions d’urbanisme.
Ce décalage entre l’intention initiale et l’absence de réalisation opérationnelle constitue un élément de contexte important pour évaluer l’évolution des choix d’affectation du site depuis 2012.
Pavillon Dionnet, façade principale sur la RN3 — état en 2008 Vue d’ensemble du pavillon avant la révision générale du PLU et les premières réflexions sur la requalification du centre-ville.
2015–2025 : Un bâtiment communal délaissé et abandonné
Au cours de la décennie suivant l’acquisition, aucun projet n’est mené à terme sur le site. Le bâtiment demeure inoccupé et à l’abandon. Son état se dégrade progressivement, faute d’entretien régulier et de surveillance effective. Entre 2023 et 2024, des interventions ponctuelles sont constatées : murage de fenêtres, dépose de rebords métalliques de baies et de la marquise d’entrée, modifiant l’aspect de la façade.
Ces altérations concernent un bâtiment alors repéré comme élément patrimonial remarquable par la commune. L’absence de mesures de préservation soulevant dès lors la question du respect, par la collectivité, de son obligation d’entretien des biens protégés, telle que prévue par le Code du patrimoine et, par extension, aux obligations générales de conservation du Code de l’urbanisme. Cette situation alimente l’idée, chez plusieurs observateurs, d’un défaut de valorisation et de maintenance facilitant l’argument de la vétusté.
En 2023, l’Institut médico-éducatif (IME) de Livry-Gargan, actuellement implanté rue Philippe-Lebon, manifeste son intérêt pour le site du 61-63, avenue du Consul-Général-Nordling, en vue d’une relocalisation dans des locaux neufs. Le projet impliquerait la démolition de la maison de 1810 pour permettre la construction d’un bâtiment neuf.
Dans ce contexte, la Ville sollicite en 2023 le pôle d’évaluation domaniale de l’État pour obtenir une estimation de la valeur vénale de la parcelle, en précisant que l’évaluation doit être réalisée « après démolition des bâtis existants ». Le service des Domaines, sans visite sur site, rend un avis estimatif à 545 000 € HT, révisé à 490 000 € après application d’une marge d’appréciation. L’estimation repose exclusivement sur la valeur du foncier constructible, à l’exclusion du bâti existant et de son repérage patrimonial au PLU 2015. La cession projetée exclut l’emprise de l’agence immobilière, que la Ville prévoit de soustraire à la cession.
Cette méthode, en ne retenant que la composante foncière du bien, écarte toute valorisation liée à l’édifice et conduit à une estimation inférieure à ce qu’aurait pu représenter la valeur globale du bien si son potentiel patrimonial avait été pris en compte mais aussi la parcelle en elle-même au vu de son potentiel à construire en zone UA.
2024 : déclassement et interrogations sur la procédure
La procédure de révision du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) de l’établissement public territorial Grand Paris – Grand Est, destinée à remplacer le PLU communal de 2015, arrive à son terme en 2024. Lors de l’enquête publique organisée à l’été 2024, plusieurs contributions d’associations et de citoyens critiquent le déclassement envisagé de certains édifices patrimoniaux de Livry-Gargan, dont le pavillon Dionnet.
Dans son rapport, la commission d’enquête formule une réserve explicite : elle demande que chaque déclassement patrimonial soit justifié de manière circonstanciée. Toutefois, lors de l’approbation définitive du PLUi par le conseil territorial, le 17 décembre 2024, le pavillon Dionnet n’est plus repris dans la liste des éléments à protéger. Aucun document d’accompagnement ne fournit d’explication sur ce point.
Plusieurs édifices jusqu’alors repérés au titre du patrimoine bâti à préserver perdent ainsi leur protection réglementaire, notamment le Castel Guy-Mollet, les anciennes écoles Jacob ou encore la gare de l’Abbaye. Cette évolution suscite des interrogations sur la pérennité de ces constructions, le rapport du commissaire enquêteur soulignant les risques associés à ces déclassements.
Dans le cas spécifique du pavillon Dionnet, l’absence de protection dans le nouveau PLUi signifie qu’aucun obstacle réglementaire ne s’oppose désormais à sa démolition, permettant l’avancement du projet envisagé par l’IME.
2024 : Rumeurs et inquiétudes sur le devenir du bâtiment
Conseil municipal du 20 juin 2024
Le 20 juin 2024, lors de la séance publique du conseil municipal de Livry-Gargan, la conseillère municipale minoritaire Mme Hode interpelle le maire sur les intentions de la municipalité à propos du pavillon Dionnet. Il répond (verbatim) :
« Rien n’est défini à ce stade. Il n’y a pas d’étude de projet, ni d’implantation validée. Ce sera à l’IME de proposer quelque chose. »
Or, à cette date, la Ville et l’IME disposent déjà :
une étude de faisabilité technique datée du 12 juin 2024, commandée par l’IME (annexée au projet de cession) ;
un avis des Domaines du 26 avril 2023, plus d’un an auparavant, fondé expressément sur la démolition du pavillon et la construction neuve d’un établissement médico-social.
Ces pièces sont mentionnées dans la délibération n° 2024-12-38 (acte de cession). La chronologie montre qu’au moment de la déclaration en conseil municipal, des éléments techniques et juridiques substantiels étaient déjà constitués.
Pétition et presse écrite – fin 2024
L’annonce du déclassement suscite, dès la fin de l’année 2024, des réactions d’acteurs locaux. Le 6 décembre 2024, l’association Livry Participatif publie une pétition en ligne intitulée « Sauvons le pavillon Dionnet, berceau de Métal hurlant », appelant au maintien du repérage patrimonial et proposant une alternative de restauration et de reconversion à des fins culturelles. Elle suggère notamment d’étudier la transformation du Pavillon en centre culturel ou musée consacré à l’histoire locale et à la bande dessinée de science-fiction, ce qui permettrait d’associer préservation du bâti et valorisation d’un héritage culturel reconnu.
Délibération de cession du 12 décembre 2024
Avant l’approbation définitive du nouveau PLUi, la municipalité engage les démarches préparatoires à la cession. Le 12 décembre 2024, le conseil municipal adopte la délibération n° 2024-12-38, approuvant la vente d’une partie de la parcelle communale située au 61–63, avenue du Consul-Général-Nordling (correspondant à l’emprise du pavillon Dionnet, à l’exception de la portion occupée par l’agence immobilière) au profit de l’association gestionnaire de l’IME.
Le prix de vente est arrêté à 490 000 €, conformément à l’avis du pôle d’évaluation domaniale. La délibération justifie l’opération par la construction d’un nouvel établissement répondant aux normes d’accueil du public en situation de handicap. Le projet implique la démolition de l’édifice existant, identifié jusqu’alors comme « bâti remarquable » au titre de la protection patrimoniale communale, et mentionne la « construction d’un nouveau bâtiment » en lieu et place du pavillon.
2025 : Nouvelle délibération de cession
À la suite des décisions prises en 2024, l’année 2025 précise l’orientation municipale et en fixe de nouvelles modalités. Deux séries d’éléments marquent cette séquence : une délibération municipale actualisée et un avis domanial réévaluant la valeur du bien, sur la base d’hypothèses inchangées quant au devenir du pavillon.
Le 3 juillet 2025, le conseil municipal adopte une délibération (« abroge et remplace » celle du 12 décembre 2024) qui confirme la cession d’une partie de l’emprise (parcelle E 1814) au profit du porteur du projet d’Institut médico-éducatif (IME). Le prix est maintenu à 490 000 €, et la décision introduit une servitude d’accès gratuite au bénéfice du projet. Cette servitude constitue une contrainte nouvelle : ses caractéristiques opérationnelles (tracé, largeur, bénéficiaires, durée, destination, modalités d’entretien) ne sont pas détaillées dans les pièces disponibles. La démolition préalable du pavillon de 1810 demeure au projet.
Le pôle d’évaluation domaniale fixe la valeur vénale à 486 000 € HT, avec marge ± 10 %, sans visite sur site. La méthode retient une hypothèse de cession « après démolition des bâtis existants » et mobilise des références de comparaison situées majoritairement secteur Poudrerie (hors centre-ville). Entre l’avis de 2023 et celui de 2025, on observe une variation d’assiette d’environ 200 m². L’avis est valide 18 mois et appelle une réactualisation en cas de modification du programme ou des règles d’urbanisme. Il précise en outre que l’évaluation dépend des informations transmises : toute inexactitude ou lacune peut affecter sensiblement le résultat.
Lors de la séance du 3 juillet 2025, le maire n’a pas pris part personnellement à la délibération, compte tenu de ses fonctions à la tête du conseil d’administration de l’IME. Deux autres élues de la commune siègent également au CA de l’IME (adjointe à la santé ; conseillère déléguée au handicap, rapporteure 2024 du projet). Cette précaution en séance n’efface toutefois pas la participation active en amont (négociation du prix et des conditions, cadrage des échanges avec les services domaniaux, pilotage du retrait/reprise), de nature à peser sur l’issue de la décision. Dans un tel contexte, la désignation formelle d’un représentant ad hoc de la commune pour négocier et signer au nom de la collectivité constituait une bonne pratique à mobiliser ; aucune délibération spécifique en ce sens n’est mentionnée pour la séance du 3 juillet 2025.
IV. Enjeux croisés
Enjeux patrimoniaux
Le devenir du Pavillon Dionnet illustre un cas typique de tension entre deux objectifs de l’action publique : d’une part, la préservation du patrimoine historique et culturel local ; d’autre part, la réponse aux besoins contemporains en matière d’équipements médico-sociaux.
Sur le plan patrimonial, le bâtiment présente plusieurs dimensions reconnues d’intérêt historique, culturel et urbain :
Un témoin de l’histoire locale : Construit en 1810, le Pavillon Dionnet constitue l’une des dernières demeures bourgeoises de Livry-Gargan du XIXe siècle encore visibles sur l’avenue du Consul-Général-Nordling (ex-RN 3). À l’instar de la gare de Gargan, démolie en 2015, sa disparition viendrait appauvrir le paysage urbain et réduire la diversité architecturale de la commune. Ce cas s’inscrit par ailleurs dans un contexte plus large de recul de la protection patrimoniale, illustré par le déclassement, dans le PLUi adopté fin 2024, de plusieurs bâtiments notables de la ville.
Un site à forte portée culturelle : Le lieu revêt une valeur symbolique singulière en tant que berceau du magazine Métal hurlant, créé en 1975 par Jean-Pierre Dionnet, Moebius et Philippe Druillet. Ce périodique a marqué l’histoire de la bande dessinée et de la science-fiction, influençant durablement la culture et l’art contemporains, avec des échos internationaux sur plusieurs décennies. Plusieurs observateurs estiment que sa préservation aurait une portée mémorielle dépassant le cadre strictement local.
Un élément du cadre de vie des habitants : Le pavillon, bien que non utilisé depuis plusieurs années, demeure un repère visuel et affectif pour de nombreux riverains. Sa silhouette, sa situation en regard du château Lefèvre, son portail en fer forgé et son implantation sur l’avenue contribuent à l’identité locale. Sa destruction constituerait un risque d’uniformisation urbaine au profit de constructions neuves standardisées, accentuant un sentiment de perte de mémoire collective.
Enjeux démocratiques et d’informations
La nouvelle du vote du 12 décembre 2024 déclenche plusieurs réactions : outre la pétition, les médias locaux et spécialisés s’emparent du sujet. Des articles titrent, par exemple, « Livry-Gargan vote le déclassement et la vente du pavillon Dionnet, berceau de « Métal hurlant » » ou « Sans pavillon Dionnet, pas de Star Wars : à Livry-Gargan, le berceau de « Métal hurlant » bientôt démoli ».
En réaction aux interrogation citoyennes et associatives en faveur du maintien du Pavillon Dionnet, la majorité municipale réaffirme sa position en invoquant l’intérêt général. Le maire de Livry-Gargan, Pierre-Yves Martin, se déclare « surpris » par l’émotion suscitée autour de ce dossier, rappelant avoir initié en 2015 le repérage patrimonial de la maison. Il estime que les circonstances actuelles imposent de prioriser les besoins sociaux et médico-éducatifs.
Le maire fait également valoir que le futur bâtiment pourrait être connecté au groupe scolaire voisin Benoît-Malon, favorisant des synergies pédagogiques, dans la continuité d’une classe inclusive existante et de services partagés. Il indique que le projet a été élaboré en concertation avec l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, susceptible de participer à son financement, pour une mise en œuvre envisagée à l’horizon 2027.
Sur le volet patrimonial, la municipalité qualifie les critiques de « faux débat ». Le maire précise que le portail en fer forgé serait conservé et maintenu dans un périmètre de protection, pour conserver une trace visible de l’histoire du site. Il affirme que la Ville n’entend pas « brader son histoire », mais qu’en l’espèce la priorité doit être donnée aux enjeux sociaux et médico-éducatifs. L’argument repose sur le constat d’importants investissements nécessaires à la restauration, tandis que la construction d’un nouvel IME répondrait à des besoins identifiés et bénéficierait de financements extérieurs (notamment de l’ARS et d’autres partenaires).
Cet argument interroge. En effet, si l’intérêt de répondre au problème de la vétusté de l’actuel IME est évident, problème connu de longue date par le Maire de Livry-Gargan, lequel est indiqué comme présidant le conseil d’administration de l’établissement, et d’autres élus majoritaires participant à la gestion de ce dernier, peut-on réellement évoquer l’intérêt général ? Selon quels critères ?
En s’appuyant sur une définition sémantique, l’intérêt général peut être compris comme « ce qui est bénéfique à l’ensemble des membres d’une communauté, en l’occurrence des Livryens ». Le nombre d’enfant accueilli par l’établissement est-il représentatif de l’ensemble des Livryens ? Quels sont les proportions d’enfants Livryens accueillis par le centre ? L’établissement est-il public ou privé ? Force est de constater un manque de transparence quant à son mode de fonctionnement, les niveaux de responsabilité des décideurs et les degrés d’implications réels des élus dans leur administration. L’intérêt général évoqué par le Maire n’entre-t-il pas en concurrence avec l’intérêt général de conservation du patrimoine, de protection du cadre de vie, de mise en lumière de la ville ou de réalisation du projet proposé, au nom du même intérêt général, par le même élu en 2015 ?
En s’en tenant aux faits, la municipalité met en avant la vétusté du pavillon — dont l’entretien relevait de sa responsabilité — pour justifier sa démolition au profit du projet IME. S’agissant de la vétusté de l’actuel IME, une plus grande transparence de l’établissement sur sa gestion serait utile pour comprendre les raisons de cette situation et examiner d’éventuelles alternatives (p. ex. anciennes cliniques Sully ou Vauban), fournissant d’ailleurs aux enfants un cadre plus apaisé que la proximité de l’ex-RN3, reconnue comme accidentogène et en tension dans les documents fournis à l’appui du Plan Local de Mobilité 2025 du Grand Paris Grand Est.
Là encore, il y a lieu de s’interroger sur les raisons profondes de l’absence d’entretien d’éléments historiques de la ville. S’agissant de la grille, il est constaté que celle-ci n’est pas entretenu et maintenu partiellement ouverte depuis plusieurs années, ce qui pèse sur sa structure et entraîne peu à peu des dégradations généralisées.
Enfin, si la Ville n’entend pas « brader son histoire », comment expliquer la revente à un prix inférieur (490 000 €) d’un patrimoine acquis douze ans plus tôt pour 664 401 € ?
V. Bilan financier : Regard de l’acquissions initiale du pavillon par la ville
Le Pavillon Dionnet et sa parcelle attenante, situés au 61–63 avenue du Consul-Général-Nordling à Livry-Gargan, correspondant aux parcelles cadastrées E 1812 et E 1814, ont été acquis par la commune le 3 juillet 2012 à la suite d’une adjudication judiciaire consécutive à une procédure de saisie immobilière. La mise à prix initiale s’élevait à 664 400 €, et la Ville a exercé son droit de préemption à l’issue de l’enchère publique, finalisant l’acquisition pour un montant exact de 664 401 € (cf. décision du maire n° 2012/112 du 25 juillet 2012).
La délibération n° 2024-12-38, adoptée en séance du Conseil municipal le 12 décembre 2024, acte la cession d’une partie de cette emprise — la parcelle E 1814, représentant 847 m² sur un total de 1 701 m² — au profit de l’Institut médico-éducatif (IME), pour un prix de vente fixé à 490 000 €.
Plusieurs éléments soulevés par cette opération interrogent à la fois la cohérence patrimoniale de la décision et les principes de bonne gestion des finances publiques :
Différentiel prix d’achat / prix de cession : le prix de vente représente environ 26 % de moins que le prix d’achat global de 2012, alors même que le marché foncier en zone urbaine dense a connu une tendance haussière au cours des douze dernières années. Il convient de noter que le bâtiment est toujours debout à ce jour.
Hypothèses de valorisation conditionnelles : l’estimation domaniale repose sur l’hypothèse d’une démolition préalable du bâtiment, hypothèse intégrée dans la demande d’évaluation. Or, le pavillon figurait encore dans le PLU 2015 comme « bâti isolé à préserver », jusqu’à son déclassement dans le PLUi de décembre 2024. La prise en compte de cette variable dans la valeur foncière est susceptible d’influer sur le montant estimé.
Absence de valorisation du bâti existant : aucun document disponible ne fait état d’une évaluation patrimoniale ou d’un chiffrage de réhabilitation du pavillon (daté de 1810), ni de son intégration dans une stratégie de requalification urbaine.
Absence de clause d’affectation du produit de cession : la délibération ne précise pas si les fonds issus de la vente seront affectés à un projet défini (réserve foncière, valorisation patrimoniale, équipement public), ni si des mécanismes de suivi de l’usage du terrain cédé (bail emphytéotique, conditions suspensives, clause de retour à la collectivité, etc.) seront mis en œuvre.
Évolution des intentions initiales : lors de l’achat de 2012, la commune avait exprimé l’objectif de créer un équipement public à destination de l’enfance, en lien avec l’école Benoît-Malon. Ce projet ne semble pas avoir été réévalué formellement en séance, et aucune délibération spécifique de renoncement à l’usage initial n’a été identifiée à ce jour.
La cession partielle du Pavillon Dionnet, dans les conditions actées par la délibération municipale du 12 décembre 2024, soulève dès lors une double interrogation :
Gestion publique : la vente à un prix inférieur à l’acquisition initiale, sans valorisation de l’actif bâti et sans affectation précise du produit de cession, interroge la valorisation optimale des biens communaux et la justification de l’usage des ressources publiques.
Stratégie urbaine : le renoncement au projet initial d’équipement public à vocation éducative ou sociale — au profit d’une cession à un opérateur tiers pour un projet exogène à la programmation municipale de 2012 — pose la question de la continuité des politiques locales d’aménagement et de la cohérence entre intentions initiales, arbitrages budgétaires et planification urbaine.
VI. Scénarios alternatifs
Dans le cadre du projet de relocalisation de l’Institut médico-éducatif (IME) sur le site du pavillon Dionnet, plusieurs propositions visent à concilier l’enjeu patrimonial et les besoins médico-sociaux. À ce jour, la position de la municipalité consiste à démolir entièrement la maison existante pour libérer l’emprise foncière nécessaire à la construction d’un nouvel établissement (à l’exception de la grille historique qui serait conservée en façade, selon déclarations en conseil municipal). En réponse, des pistes alternatives ont été évoquées pour limiter ou éviter la perte du patrimoine bâti.
Option 1 — Restauration et réaffectation culturelle du Pavillon (scénario « musée »)
Proposition défendue notamment par l’association Livry Participatif : changement d’implantation du projet IME, la Ville renonçant à utiliser la parcelle du pavillon pour permettre la conservation intégrale de la maison. Réhabilitation patrimoniale possible avec le soutien de partenaires (Fondation du patrimoine, mécénat d’entreprise, financements participatifs, etc.) et reconversion en équipement culturel.
Usages évoqués :
musée de la bande dessinée et de Métal hurlant ;
centre d’interprétation de l’histoire locale ;
maison des arts graphiques ou de la pop culture.
La proximité du Château de la Forêt renforcerait la cohérence d’un pôle culturel structurant à l’échelle du centre-ville. La municipalité souligne la rareté du foncier, sans publier d’état des lieux ; aucune étude, aucun devis ni chiffrage de réhabilitation n’ont été fournis.
Option 2 — Intégration partielle du pavillon dans le projet IME (scénario « façade conservée »)
Une deuxième piste consisterait à concevoir un projet architectural hybride, associant préservation partielle du bâtiment ancien et construction neuve. Le principe serait de conserver le pavillon Dionnet tout en édifiant l’IME dans une extension contemporaine à l’arrière.
Ce type de démarche, qualifiée d’« architecture intégrée », a été mis en œuvre dans d’autres contextes, avec des résultats permettant un compromis visuel et fonctionnel. À Livry-Gargan, il serait envisageable de conserver le corps principal du bâtiment de 1810 en l’état extérieur, et d’implanter le nouvel IME autour de celui-ci, relié par des structures légères (verrières, passerelles, matériaux compatibles). Cela maintiendrait l’aspect patrimonial depuis la rue, tout en assurant des locaux aux normes pour les activités médico-éducatives.
À ce jour, cette solution n’a pas été étudiée publiquement par la municipalité. Elle nécessiterait des études de faisabilité technique et financière, ainsi qu’une adaptation du programme initial.
Option 3 — Relocalisation de l’IME sur un autre site (scénario « plan B »)
Une troisième option consisterait à identifier un autre site pour accueillir le nouvel IME. Bien que la Ville considère le terrain du 61–63, avenue du Consul-Général-Nordling comme le plus opportun, certaines voix s’interrogent sur la possibilité de reprogrammer l’opération ailleurs. D’autres hypothèses évoquent des partenariats intercommunaux, sous réserve d’un accord de répartition des places entre territoires.
L’ARS étant partie prenante du projet de l’IME et de la requalification de la clinique Vauban en établissement de soins psycho-sociaux, La ville ayant bénéficié d’aides pour les projets médico-sociaux (LHSS, ACT, LAM), une relocalisation sur Vauban ou Sully pourrait être étudiée, sites potentiellement plus adaptés que la zone de l’ex-RN 3.
Ce scénario implique, à l’instar du premier, de renoncer à toute intervention sur le site du pavillon Dionnet, permettant sa sauvegarde.
Limites d’une valorisation mémorielle a minima
En cas de démolition du pavillon Dionnet, certaines propositions visent à préserver la mémoire du lieu par des dispositifs symboliques (plaque descriptive, etc.). Si de telles initiatives peuvent accompagner un projet de transformation urbaine, elles ne constituent pas des mesures patrimoniales à part entière : elles ne remplacent ni la matérialité du bâtiment, ni sa valeur d’usage passée, ni sa fonction de repère dans le paysage urbain de Livry-Gargan. Une valorisation mémorielle dissociée du bâti relève d’une logique de compensation plus que de conservation et apparaît insuffisante au regard des critères de sauvegarde, du respect du cadre de vie local et de la transmission de l’histoire communale. En l’absence de maintien physique du site ou d’intégration substantielle de ses éléments dans le nouveau projet, le risque est celui d’une mémoire désincarnée, réduite à des artefacts commémoratifs sans véritable ancrage dans le tissu urbain.
VII. Gouvernance locale et débat public
Au-delà de son objet patrimonial et urbanistique, le dossier du Pavillon Dionnet interroge la gouvernance territoriale et la participation citoyenne aux décisions. Il met en évidence des fragilités dans l’élaboration, la diffusion et la justification des choix publics, notamment lorsqu’ils portent sur des éléments à valeur historique ou symbolique.
1. Un déficit d’information et de transparence
L’examen de la délibération municipale du 12 décembre 2024 — autorisant la cession de la parcelle incluant le pavillon — révèle un déficit notable de transparence dans la présentation du dossier aux élus. Selon plusieurs témoignages, l’importance patrimoniale du bâtiment n’aurait pas été clairement portée à leur connaissance au moment du vote. La note de synthèse transmise en amont ne mentionnait pas le repérage patrimonial communal du pavillon, et certaines déclarations publiques, dont celles du maire lors de la délibération du conseil municipal, ont entretenu une confusion en affirmant qu’il « n’était pas classé ».
Plus largement, une décision engageant la transformation ou la disparition d’un élément du patrimoine local devrait être précédée d’une information complète, vérifiée et plurielle. À défaut, la capacité de délibération éclairée des élus et la légitimité du processus s’en trouvent affaiblies.
2. Haut risque déontologique : double qualité institutionnelle du maire
La délibération n° 2024-12-38 fait apparaître un élément significatif : le maire de Livry-Gargan exerce également la fonction de président du conseil d’administration de l’Institut médico-éducatif (IME), structure bénéficiaire de la cession envisagée. Autrement dit, le même responsable public intervient :
comme représentant de la collectivité cédante, dans la procédure d’aliénation du domaine privé communal ;
et comme représentant de la structure acquéreuse, l’IME, porteur du projet d’aménagement sur le site concerné.
Cette situation, bien que légalement possible dans certaines configurations, interroge en matière d’impartialité, de transparence et de prévention des conflits d’intérêts. Dans le cas d’espèce :
aucune délégation de la procédure initiale ni de la signature des actes à un adjoint/agent indépendant n’a été actée ;
le maire a piloté les étapes préparatoires (échanges avec les services fiscaux, rédaction des actes, négociation avec l’IME) ;
ni les annexes ni la délibération ne mentionnent explicitement cette double qualité, information pourtant substantielle pour apprécier la régularité de la procédure et la nature des intérêts en présence.
Cette configuration ne préjuge pas de la légalité des actes pris, mais pose une question de lisibilité démocratique de la décision.
Des critiques institutionnelles sur le processus de déclassement
Ces carences ont également été relevées par la commission d’enquête chargée du PLUi dans le cadre de l’enquête publique 2024. Dans son rapport, la commission critique le manque de justification apportée par l’EPT Grand Paris – Grand Est sur les déclassements patrimoniaux opérés à Livry-Gargan, rappelant qu’il ne suffit pas d’expliquer pourquoi on classe un bâtiment : il faut tout autant motiver la décision de ne plus le protéger. La décision de déclassement devrait donc faire l’objet d’une explication détaillée, étayée et publique.
Dans le cas du Pavillon Dionnet, l’absence de réponses substantielles de l’EPT et de la municipalité alimente une défiance chez certains citoyens et observateurs quant à la sincérité et à la robustesse des choix opérés.
4. Un déficit de concertation locale en amont des décisions
Si une enquête publique s’est tenue en 2024 pour la révision du PLUi, aucune réunion publique spécifique n’a été organisée par la municipalité sur le devenir du Pavillon Dionnet. Le contraste est notable au regard de précédents (p. ex. gare de l’Abbaye dans les années 2000) où un processus d’information plus soutenu avait été mis en œuvre.
L’absence de débat public dédié sur un sujet mêlant patrimoine, culture et urbanisme pourrait être perçue comme un manque d’ouverture. Le recours à une procédure intercommunale pour entériner le déclassement d’un bien strictement communal pourrait donner le sentiment d’un éloignement décisionnel et diluer les responsabilités politiques.
Ce déficit d’information et de prise en compte a conduit une partie des habitants à se mobiliser (pétition, médias). Le cas illustre plus largement la nécessité de consolider les outils de démocratie participative : concertation en amont des projets structurants, et amélioration de la communication institutionnelle autour des décisions en préparation.
Gouvernance culturelle et protection
Le cas du Pavillon Dionnet pose une question plus large : qui décide du sort d’un lieu lié à l’histoire de la culture populaire ? La commune, propriétaire du bien, au nom de ses besoins locaux, ou l’État (ministère de la Culture) au titre d’un patrimoine de portée nationale/internationale ? Dans d’autres circonstances, l’État a classé d’office des édifices menacés malgré l’avis de collectivités. Ici, malgré la notoriété de Métal hurlant, aucune procédure de classement n’a été officiellement engagée durant la période considérée.
Plus généralement, la reconnaissance du patrimoine du XIXe siècle, y compris des lieux de création associés à des mouvements artistiques/culturels contemporains, demeure limitée dans les dispositifs traditionnels. L’histoire du Pavillon Dionnet pourrait constituer un cas d’école pour faire évoluer les critères de protection, en intégrant davantage les marqueurs de mémoire collective récente.
Une proposition : vers l’élaboration d’un PLU patrimonial
Dans ce contexte, l’élaboration d’un PLU patrimonial apparaît comme une piste structurante à l’échelle communale. Elle permettrait d’identifier, documenter et encadrer la préservation du patrimoine bâti et immatériel, tout en anticipant les évolutions urbaines. La démarche s’inscrirait dans :
les recommandations de la commission d’enquête du PLUi 2024, appelant à des justifications circonstanciées pour chaque déclassement ;
les préconisations de l’Institut Paris Région (ex-IAU) en faveur d’atlas du patrimoine et de diagnostics culturels territorialisés comme outils d’aide à la décision.
À Livry-Gargan, un tel PLU patrimonial permettrait :
d’objectiver les critères de classement et de déclassement ;
d’associer davantage les habitants à l’identification des éléments patrimoniaux de proximité (bâtis, végétaux, espaces publics, lieux symboliques) ;
de faciliter la cohabitation entre projets d’aménagement et préservation du cadre de vie.
L’exemple du Pavillon Dionnet montre qu’en l’absence d’un tel outil, des tensions peuvent naître entre intérêts légitimes et souligne la nécessité de repenser la gouvernance culturelle locale dans une perspective transversale, articulant enjeux sociaux, urbanistiques et patrimoniaux.
Conclusion
Le dossier du Pavillon Dionnet dépasse largement la seule question du devenir d’un bâtiment ancien. Il renvoie à des arbitrages fondamentaux sur les valeurs qu’une collectivité entend préserver et transmettre : d’un côté, un lieu à forte portée mémorielle, combinant une architecture du XIXe siècle et une dimension culturelle emblématique du XXe (berceau de Métal hurlant) ; de l’autre, un projet d’équipement répondant à un besoin médico-social identifié, visant à améliorer les conditions d’accueil d’enfants en situation de handicap.
Des tensions comparables existent dans de nombreuses communes françaises. La particularité de Livry-Gargan réside ici dans la conjonction de deux facteurs : un patrimoine local longtemps sous-estimé et un projet social jugé vertueux, dont la mise en œuvre soulève une controverse en raison de la notoriété internationale attachée au lieu.
L’analyse des différentes phases du dossier fait apparaître plusieurs constats : la décision initiale de démolir le pavillon a été prise sans procédure de concertation spécifique, suscitant des réactions d’associations, d’habitants et de passionnés. Cette mobilisation a contribué à renforcer la transparence du processus décisionnel en obligeant la municipalité à apporter davantage de justifications. Néanmoins, le projet n’a pas évolué dans ses grandes lignes, traduisant une priorité donnée à un équipement neuf au détriment de la conservation patrimoniale.
Ce contexte conduit à une interrogation de fond : le choix opéré est-il le plus équilibré possible au regard de l’intérêt général, entendu dans toutes ses dimensions (sociales, culturelles, historiques et urbanistiques) ? Le débat reste ouvert tant que la décision finale n’a pas encore produit ses effets juridiques.
À ce stade, plusieurs pistes restent techniquement envisageables. Outre la création d’un véritable lieu de mémoire dédié à Métal hurlant — afin de préserver l’héritage symbolique du site en cas de démolition —, les scénarios examinés dans le corps du dossier demeurent ouverts : (1) restauration et réaffectation culturelle du pavillon sur place ; (2) intégration partielle du bâti ancien au sein d’un projet IME (architecture intégrée) ; (3) relocalisation de l’IME sur un autre site plus adapté. Cette réflexion s’inscrit dans une problématique plus large : la reconnaissance et la protection du patrimoine culturel du XIXe siècle, encore insuffisamment représenté dans les politiques de sauvegarde malgré son impact sur l’imaginaire collectif.
Le cas du Pavillon Dionnet interroge également la gouvernance du patrimoine à l’échelle locale. Il révèle les limites actuelles des outils disponibles pour articuler projet d’aménagement et valorisation des lieux de mémoire culturelle. Une recommandation forte se dégage : la mise en œuvre d’un Plan local d’urbanisme patrimonial, offrant un cadre stratégique explicite pour l’identification, la justification et la protection du patrimoine bâti et immatériel. Cette proposition s’inscrit dans la continuité des réserves formulées par la commission d’enquête du PLUi (2024), qui a souligné le manque d’argumentation sur les déclassements opérés à Livry-Gargan, et rejoint les recommandations méthodologiques de l’Institut Paris Région en faveur de diagnostics partagés, d’atlas patrimoniaux et de démarches participatives structurées.
Parallèlement, les paramètres financiers et domaniaux présentés dans le bilan (différentiel entre le prix d’acquisition et le prix de cession, hypothèses d’évaluation « après démolition », absence d’affectation précise du produit de cession) s’agrègent aux enjeux de stratégie urbaine et de continuité des politiques publiques. Ils invitent à apprécier le projet non seulement au prisme des besoins médico-sociaux, mais aussi sous l’angle de la valorisation optimale des biens communaux et de la cohérence d’ensemble de l’action municipale.
Le Pavillon Dionnet, longtemps délaissé, a ainsi été replacé au cœur du débat public. Sa situation interroge la capacité des institutions locales à faire dialoguer mémoire et modernité, et à associer les citoyens à des choix qui engagent leur territoire. Au-delà de son devenir concret, elle rappelle que la démocratie locale ne se résume pas à l’application de procédures : elle suppose un véritable effort de mise en débat des enjeux, de partage des connaissances et de construction collective de l’intérêt général.
Depuis la mi-mai 2025, le lac de Sévigné, espace emblématique de Livry-Gargan, fait l’objet d’un chantier d’aménagement initié par la municipalité et présenté comme une « restauration des continuités écologiques ». À ce stade, les éléments disponibles (observations de terrain et documents publics) décrivent surtout une démarche paysagère (fermetures, plantations, réaménagements esthétiques) plutôt qu’une ingénierie fondée sur l’usage des riverains et livryens, des diagnostics naturalistes et citoyens, des objectifs environnementaux mesurables et un suivi indépendant.
Annoncé sans information publique préalable dédiée, le chantier est programmé sur un an et couvre l’ensemble du site. Ce tempo resserré est peu propice à une phase préparatoire approfondie ou à un pilotage écologique généralement recommandé pour des milieux relevant de la trame verte et bleue locale.
À la date de publication, aucune étude d’impact ni évaluation environnementale préalable n’a été rendue publique. Cette absence entretient l’hypothèse d’une opération portée par une logique « décorative » héritée de pratiques anciennes, plutôt que par une ingénierie des milieux fondée sur diagnostics, indicateurs et redevabilité. Elle nourrit des interrogations quant aux effets sur la biodiversité et au respect des principes de transparence et de concertation.
Périmètre temporel — Des documents et intentions existent depuis 2015 ; la présente analyse concerne la phase opérationnelle conduite en 2025. La notion de « précipitation » ne vise donc pas l’âge du projet, mais son calendrier d’exécution : calendrier compressé, absence de phasage écologique, interventions en période sensible, défaut d’étude d’impact rendue publique en amont. L’ancienneté de la gestation ne dispense pas des exigences d’ingénierie applicables au moment des travaux.
Une mise en œuvre hâtive, sans information préalable suffisante
Le chantier a débuté à la mi-mai 2025 dans une quasi-discrétion : fermeture complète du site, absence de communication publique claire et pas de concertation spécifique. Une inauguration s’est tenue le 17 mai, en présence du maire et de plusieurs élus, sans annonce formelle en amont. Habitants, riverains, associations et usagers se sont ainsi retrouvés mis devant le fait accompli.
Si l’objectif de requalification aurait pu être jugé louable dans un premier temps, la méthode interroge : un an de travaux couvrant l’ensemble du site, d’un seul tenant. Une telle stratégie du « tout, tout de suite » s’écarte des bonnes pratiques qui recommandent des interventions progressives et phasées, seules à même de préserver les équilibres des milieux (strates, habitats, cycles) et d’éviter des ruptures d’habitats préjudiciables aux espèces.
Des atteintes environnementales en pleine période sensible
Les interventions menées sur le patrimoine arboré constituent un point d’alerte majeur. Deux cèdres remarquables — un cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica) et un cèdre du Liban (Cedrus libani) — ont fait l’objet d’un élagage très sévère (suppression quasi totale des branches basses et intermédiaires, réduction importante du houppier). D’autres abattages ont été constatés, notamment à proximité immédiate du square Ahmed-Merabet.
Ces opérations ont été réalisées en pleine période de nidification (février–juin), alors que des espèces protégées fréquentent régulièrement le site. Au printemps 2025, des observations attestent la présence de cormorans (Phalacrocorax carbo) et d’un héron cendré (Ardea cinerea), utilisant ces arbres comme perchoirs et zones de repos.
Dans un tel contexte, la prudence s’impose : les articles L. 411-1 et suivants du Code de l’environnement interdisent toute perturbation intentionnelle d’espèces protégées sans dérogation préfectorale. À ce jour, aucune autorisation n’a été communiquée.
Par ailleurs, aucune étude d’impact environnemental ni notice d’incidences n’a été versée au débat local ; aucun diagnostic, aucune matrice d’impacts ni protocole de suivi n’ont été rendus publics. Cette carence nuit à la traçabilité des choix techniques et confirme l’orientation principalement « paysagère » du projet, en l’absence d’une démonstration des mesures Éviter-Réduire-Compenser (ERC) attendues pour des milieux sensibles.
Focus espèce — Le Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo)
Phénologie (Île-de-France) : nidification en colonies dès février–mars. Statut : espèce protégée (arrêté ministériel du 29/10/2009) ; destruction de nids et perturbation interdites, sauf dérogation préfectorale dûment motivée.
Cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica), Lac de Sévigné (Livry-Gargan). Comparatif 2024–2025 : à gauche, état 2024 ; à droite, état 2025.Cèdre du Liban (Cedrus libani), Lac de Sévigné (Livry-Gargan). Comparatif 2024–2025 : à gauche, état 2024 ; à droite, état 2025.
Tableau 1 — Cèdres : particularités botaniques et intérêt écologique
Espèce
Particularités botaniques
Intérêt écologique
Cedrus atlantica (cèdre de l’Atlas)
Port conique puis tabulaire ; aiguilles bleu-vert
Support possible de gros nids ; bonne résilience climatique
Cedrus libani (cèdre du Liban)
Large houppier étagé ; feuillage vert franc
Plateformes de repos pour grands oiseaux
Sensibilité des cèdres aux tailles. Ces conifères tolèrent mal les interventions sévères.
La littérature horticole recommande des tailles légères, en saison de repos, sans excéder ≈ 20 % du volume foliaire.
Focus —Cedrus atlantica supporte très mal les tailles drastiques : faible rejet après grosses coupes,
risque fongique (champignons lignivores), baisse durable de photosynthèse et espérance de vie diminuée.
Tableau 2 — Lac de Sévigné (printemps 2025) : état initial / état après interventions
Point clé
Situation avant
Situation après (printemps 2025)
Houppier — Cedrus atlantica
Dense, descendant jusqu’au sol
Sections basses intégralement supprimées
Houppier — Cedrus libani
Large houppier étagé
Réduction drastique ; sommet seulement conservé
Nids de cormorans
≥ 7 couples
Supposés détruits ou abandonnés
Effets immédiats.
— Perte d’au moins une saison de reproduction pour la colonie.
— Stress physiologique pour les deux cèdres (photosynthèse amputée ; portes d’entrée aux pathogènes).
— Diminution de la canopée locale ⇒ moindre rafraîchissement et captation de polluants.
Un déclassement silencieux d’un secteur à forte valeur écologique
En 2024, lors de l’adoption du PLUi, une séquence paysagère remarquable, auparavant identifiée dans l’ancien PLU et reprise dans plusieurs documents municipaux (dont l’Atlas de la biodiversité communale), a été déclassée. Cette requalification juridique, sans mesure de protection locale équivalente, est intervenue sans véritable débat public dédié.
Une telle évolution facilite des interventions plus lourdes, en l’absence d’un cadre écologique opposable et d’un suivi indépendant. Elle apparaît contradictoire avec l’ambition réaffirmée de faire du lac un refuge de biodiversité — d’autant que des documents municipaux successifs, ainsi que l’Agenda 2030 de Livry-Gargan, présentaient ce site comme un maillon central de la trame écologique locale.
Suppression des conifères en façade des anciennes eaux thermales en 2025
Pin noir d’Autriche (Pinus nigra subsp. nigra), parvis des anciennes eaux thermales : avant (arbre présent) / après (octobre 2025, parvis en chantier).Pin noir d’Autriche (Pinus nigra subsp. nigra), côté arrière du bâtiment sur berge : à gauche (2024) l’arbre est présent ; à droite (2025) la berge est en chantier et l’arbre n’est plus visible.
Concertation et partenariats : un écart entre discours et réalité
Le site bénéficiait depuis 2022 d’un refuge ornithologique, créé à la suite d’une proposition citoyenne (par des habitants désormais engagés dans Livry Participatif). Ce refuge a disparu des plans actuels, sans mesure de substitution ni suivi indépendant.
Dans le même temps, les communications municipales présentent la LPO comme partenaire du projet — assertion répétée lors de l’inauguration du 17 mai 2025 et dans le magazine municipal de juin 2025 (« Le projet a également été travaillé avec la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) »). Ce décalage entre communication institutionnelle et réalité opérationnelle fragilise la confiance et la crédibilité de la démarche.
Évolution du « refuge ornithologique » en 2024-2025
Refuge implanté sur une parcelle herbeuse, printemps 2024.Refuge : pelouse rase, herbes sèchesRefuge : pelouse rase, herbes sèchesRefuge : parcelle minéralisée : dalle bétonRefuge : souches d’arbres et dalle béton (19 juillet 2025)Refuge : élévations en parpaings sur dalle (11 octobre 2025)
Maison de la Source (Lac de Sévigné) : dalles béton et parcelle minéralisée lors du chantier, août 2025.
Pour un véritable projet environnemental : des garanties nécessaires
L’ensemble des constats précédents (démarrage précipité, interventions arboricoles en période sensible, déclassement écologique, disparition du refuge ornithologique, absence d’étude d’impact et de suivi) souligne les limites d’un projet piloté par le paysager plus que par l’écologie de résultat.
Pour aligner le projet sur une ingénierie écologique robuste, plusieurs garanties seraient apparues comme indispensables :
Mesures in situ en cas d’impacts avérés : revégétalisation structurée, renforcement des strates arbustives, gestion douce des arbres remarquables, réactivation d’un refuge ornithologique identifié.
Transparence : publication des autorisations administratives, du calendrier détaillé, des diagnostics phytosanitaires et écologiques.
Diagnostics naturalistes complets : inventaires faune/flore multi-saisons, cartographie des habitats, identification des continuités écologiques.
Objectifs mesurables : indicateurs de diversité spécifique nicheuse, surfaces d’habitats fonctionnels, maintien/installation de micro-habitats (bois mort, cavités, strates arbustives).
Phasage écologique : interventions séquencées hors période de reproduction, gestion différenciée par zones, ajustements progressifs.
Suivi : protocole confié à un organisme tiers (associatif ou scientifique), indicateurs publics et bilans réguliers (T0, T1, T3).
Conclusion
Pourquoi parler de biodiversité en ville ?
En milieu urbain, chaque grand arbre constitue un micro-écosystème vertical : support potentiel de nidification, îlot de fraîcheur (ombrage, évapotranspiration), réservoir de carbone et filtre à particules. Fragiliser ou perdre un sujet âgé interrompt des chaînes d’interactions espèces–habitats dont l’effet cumulé dépasse la seule valeur paysagère.
Le lac s’inscrit dans la trame verte et bleue locale, c’est-à-dire la continuité des milieux (lisières boisées, berges, alignements) qui facilite les déplacements d’espèces et améliore le cadre de vie (ombrage, confort d’été). Présenté comme écologique, le projet du lac de Sévigné semble, dans sa mise en œuvre, largement paysager sans diagnostic, phasage et suivi. Faute d’étude d’impact rendue publique, de gouvernance ouverte et d’indicateurs mesurables, il risque de produire une requalification visuelle séduisante mais écologiquement appauvrissante.
Par ailleurs, si des documents d’intention existent depuis 2015, cela ne dispense pas, en 2025, d’un phasage respectueux des cycles biologiques, d’une évaluation environnementale accessible et d’un suivi scientifique. Enfin, indépendamment du calendrier institutionnel, les décisions d’aménagement gagneraient à s’inscrire dans une logique de pérennité écologique, d’intérêt général et de redevabilité publique, plutôt que dans une dynamique d’exécution accélérée.
Portail
Lac & Jardins Madame de Sévigné
Cet article s’intègre au portail thématique « Lac & Jardins Madame de Sévigné ». Retrouvez la vue d’ensemble, la chronologie, les analyses liées au projet.
France. Code de l’environnement, art. L. 411-1 à L. 411-3 (Protection des espèces et de leurs habitats). Légifrance.
Union européenne. (2009). Directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relative à la conservation des oiseaux sauvages. Journal officiel de l’Union européenne.
Union européenne. (1992). Directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages. Journal officiel de l’Union européenne.
Grand Paris Grand Est. (2024). Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) : Dispositions applicables au secteur du lac de Sévigné [Document d’urbanisme].
Ville de Livry-Gargan. (2015). Plan local d’urbanisme (PLU) : Identification des séquences paysagères remarquables [Document d’urbanisme].
Ville de Livry-Gargan. Agenda 2030 [Document de politique publique].
Localisation : 61-63 avenue du Consul Général Nordling, Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis)
Année de construction : 1810
Style architectural : Maison bourgeoise de la première moitié du XIXᵉ siècle
Le Pavillon Dionnet, construit en 1810, est un édifice emblématique de l’histoire de Livry-Gargan, à la fois par son architecture typique de la maison bourgeoise du XIXᵉ siècle et par son rôle central dans l’histoire culturelle mondiale.
Situé sur l’avenue du Consul Général Nordling, il occupe une place stratégique dans le centre de la commune, face au Château de la Forêt.
Au-delà de sa valeur locale, ce bâtiment s’inscrit dans le patrimoine culturel international, ayant été le lieu de naissance du magazine Métal Hurlant, une œuvre révolutionnaire qui marquera de façon décisive le monde de la science-fiction, du graphisme et de la bande dessinée.
CONTEXTE HISTORIQUE
À l’aube du XIXᵉ siècle, Livry-Gargan, alors une bourgade rurale, devient progressivement une destination prisée par les élites parisiennes.
L’essor des résidences secondaires et des maisons de villégiature marque cette époque. Le Pavillon Dionnet illustre cette transition : une demeure bourgeoise érigée dans un cadre bucolique, à proximité de la forêt de Bondy. À cette époque, l’attractivité du territoire se développe grâce à l’amélioration des voies de communication, facilitant les déplacements vers la capitale.
UNE ARCHITECTURE TYPOLOGIQUE
Le pavillon est un exemple livryen remarquable de l’architecture bourgeoise du XIXᵉ siècle.
Matériaux emblématiques de l’Île-de-France : pierres de taille et meulières
Clôture en fer forgé : raffinement et attention aux détails
UNE INTÉGRATION URBAINE SIGNIFICATIVE
Sa position, face au Château de la Forêt et en cœur de ville, fait du Pavillon Dionnet un repère visuel et historique pour les habitants.
L’ensemble participe à la mémoire collective de Livry-Gargan, en racontant l’évolution urbaine de la ville.
Le Pavillon Dionnet s’inscrit dans une période charnière de l’histoire urbaine de Livry-Gargan, lorsque la commune, encore majoritairement rurale au début du XIXᵉ siècle, se transforme progressivement en une destination privilégiée pour la bourgeoisie parisienne.
La construction de demeures bourgeoises comme le Pavillon Dionnet reflète ce phénomène, des résidences confortables, destinées à offrir un cadre de vie paisible, loin de l’agitation de la capitale. L’évolution du quartier illustre bien le développement de la ville au fil des siècles, avec une transformation progressive des espaces alentours pour répondre aux exigences urbaines.
LE BERCEAU DE MÉTAL HURLANT
En 1975, le Pavillon Dionnet devient le théâtre d’un événement majeur pour la culture populaire internationale :
La naissance du magazine Métal Hurlant.
Fondé par :
Jean-Pierre Dionnet
Moebius
Philippe Druillet
Bernard Farkas
Nikita Mandryka
Ce magazine révolutionne la bande dessinée de science-fiction, en explorant des thèmes audacieux et en adoptant un style graphique innovant.
Influence et héritage de Métal Hurlant :
Métal Hurlant est à l’origine d’un mouvement artistique global, inspirant de nombreux créateurs.
Il influence des œuvres emblématiques comme Star Wars, Mad Max et Blade Runner, ou encore les univers cyberpunk, définissant un style visuel unique.
Il devient une franchise internationale avec le magazine Heavy Metal, adaptation américaine qui dépasse les 230 000 ventes par numéro au début des années 80.
En 1981, Métal Hurlant donne naissance à un film d’animation culte, aujourd’hui une référence du genre. Ce film a également permis de faire découvrir le hard rock français, en intégrant un morceau du groupe Trust dans sa bande-son. Ce morceau correspond à la version anglaise du titre Préfabriqué 1.
En 1999, le film Heavy Metal voit le jour, s’inspirant du magazine et poursuivant son héritage visuel et narratif.
En 2012, la série TV « Metal Hurlant Chronicles » rappelle le caractère toujours actuel de l’œuvre des fondateurs du magazine.
LE PAVILLON DIONNET AUJOURD’HUI
Le Pavillon Dionnet est désormais le dernier représentant de son époque à Livry-Gargan le long de l’ancienne Route d’Allemagne (aujourd’hui RN3).
Change.org – Sauvons le Pavillon Dionnet, berceau de Métal Hurlant et patrimoine de Livry-Gargan !
Projet de « Forêt-jardin » sur les berges du Lac de Sévigné
Le projet de Forêt-Jardin du parc du Lac de Sévigné à Livry-Gargan représente une initiative visant à restaurer et à enrichir la biodiversité urbaine. Début 2023, Livry Participatif publiait un dossier « Grand-Angle » complet, évoquant et récapitulant les différents aspects du projet d’aménagement du Lac de Sévigné, initié en 2015 par le Conseil de quartier Centre. Cette initiative ambitieuse, au cœur de Livry-Gargan, visait à restaurer l’environnement naturel tout en améliorant les équipements de loisirs et de détente pour les visiteurs, et à renforcer la sécurité et le cadre de vie des riverainset dont le projet de Forêt-Jardin n’était que l’un des aspects. Le dossier mettait en lumière l’histoire du lac, son potentiel patrimonial, environnemental, faunistique et hydrologique, suivi des propositions d’aménagement et programmes en cours. Dans un contexte local global, les années 2022-2023 ont également été marquées par plusieurs projets immobiliers urbains tendant vers une destruction d’espaces verts et naturels, et dont le projet sur le parc Georges-Clemenceau est l’archétype.
Après plusieurs années de retards, la mise en œuvre du projet de « forêt-jardin comestible » par l’entreprise Terideal Agrigex Environnement [1], titulaire du marché publics d’un montant de 33 992 € voit enfin le jour fin mars 2024 transformant ainsi définitivement la parcelle. Au-delà de la pierre-angulaire que constitue l’aspect écologique, le projet soulève également des interrogations sur la communication et la participation citoyenne dans sa conception et réalisation.
Dossier complet sur le projet d’aménagement du Lac de Sévigné à Livry-Gargan : objectifs, enjeux environnementaux, patrimoine et démocratie participative. Informez-vous et participez à la revitalisation de ce site emblématique.
La Forêt-Jardin comestible : Fondements et Principes
Définition :
La forêt-jardin comestible (aussi appelé jardin-verger, forêt-jardin ou forêt fruitière), connue sous le nom de « food forest » en anglais, est un système de permaculture qui imite les dynamiques et les relations trouvées dans les écosystèmes forestiers naturels pour créer des environnements productifs en nourriture. Ce concept s’appuie sur la diversification des espèces végétales et la création de strates de végétation, allant des grands arbres fruitiers jusqu’aux plantes couvre-sol, en passant par les arbustes et les herbes aromatiques. Le terme « Forêt-jardin » ne se réfère donc pas nécessairement à la grandeur de la parcelle sur laquelle il est appliqué. En effet, cette appellation désigne plutôt une méthode d’aménagement écologique qui imite les dynamiques et les structures d’une forêt naturelle (mimétisme naturel).
Gradient d’intervention humaine en paysage : de la nature sauvage aux cultures agricoles
Représentation du gradient d’intervention humaine, échelle d’écosystèmes, de la nature sauvage à l’agriculture intensive, mettant en lumière les variations en termes d’énergie d’entretien, de résilience, et d’impact sur les émissions de gaz à effet de serre, avec la forêt comestible comme modèle optimal d’équilibre écologique.
Cycles de vie et interactions écologiques :
La sélection des espèces est cruciale dans la conception d’une forêt-jardin comestible. Les espèces doivent être choisies non seulement pour leur capacité à fournir des aliments, mais aussi pour leur contribution à la santé globale de l’écosystème. Cela comprend la sélection d’espèces indigènes adaptées au climat local, capables de résister aux maladies locales et d’attirer une faune bénéfique.
Dans une forêt-jardin, les cycles de vie des plantes et leurs interactions créent un système auto-entretenu. Les légumineuses, par exemple, peuvent fixer l’azote dans le sol, bénéficiant à d’autres plantes. Les arbres fournissent de l’ombre et un microclimat qui aide à conserver l’humidité du sol, tandis que les plantes couvre-sol réduisent l’évaporation de l’eau et limitent la croissance des mauvaises herbes.
Avantages pour l’environnement local :
Les avantages d’une forêt-jardin comestible sont multiples. Elle favorise la biodiversité, en offrant un habitat à diverses espèces d’insectes, d’oiseaux et de petits mammifères, elle joue un rôle dans la séquestration du carbone. La forêt-jardin aide également à la gestion de l’eau, en améliorant l’infiltration et en réduisant le ruissellement, par ailleurs, elle crée un paysage esthétiquement agréable.
En somme, la mise en place d’une forêt-jardin comestible aux abords du lac de Sévigné à Livry-Gargan représente une approche innovante et durable de l’aménagement paysager. Non seulement elle promet de fournir une source de nourriture locale et écologique, mais elle constitue également un investissement dans la santé environnementale et la biodiversité de la région. Toutefois, pour que ce projet atteigne son plein potentiel, il est impératif d’adopter une démarche inclusive et participative, impliquant étroitement les habitants de Livry-Gargan dès les premières étapes de sa conception.
Structure écologique d’une Forêt-Jardin
Illustration de la structure d’une Forêt-Jardin, depuis la canopée jusqu’à la rhizosphère et la couche fongique, soulignant l’importance de chaque strate de végétation et la complexité des interactions souterraines pour la santé globale de l’écosystème.
Intégration Paysagère sur les berges du lac de Sévigné
Cadre naturel et urbain du Lac de Sévigné
Les terrains avoisinant le lac, couvrant une superficie totale de 7 862 m², y compris une portion détenue par le ministère de l’Éducation nationale, sont définis dans le Plan Local d’Urbanisme comme éléments paysagers clés. La parcelle cadastrée n°3824, spécifiquement destinée à la forêt-jardin, s’étend sur 494 m². Les bâtiments qui s’y trouvaient ont été rasés à la mi-2019, et elle se situe à l’intersection de l’allée de Stalingrad et de l’allée Jean-Maridor.
Le lac, alimenté par le canal départemental du Rouailler, maintient son niveau grâce à l’intervention du département qui capte l’eau de l’étang Clichy, en passant par l’étang de Verchin, notamment durant les périodes de sécheresse où il est également soutenu par les nappes phréatiques. Néanmoins, il est exposé aux eaux de pluie qui peuvent transporter des matières organiques et des hydrocarbures. Des stratégies seront à terme nécessaires pour minimiser la contamination du lac par ces substances.
Vue de la parcelle cadastrée n°3824 à Livry-Gargan en 2020, montrant le bâtiment existant avant la démolition et l’aménagement prévu, avec le Lac de Sévigné en arrière-plan.Vue de la parcelle cadastrée n°3824 du Lac de Sévigné à Livry-Gargan en 2024, montrant la première plantation de la forêt-jardin, une initiative écologique pour améliorer le cadre de vie.
Mission de maîtrise d’œuvre : Appel d’offres
La publication de l’appel d’offres pour les « Aménagements paysagers du Jardin-Forêt du Parc du Lac de Sévigné » a été réalisée le 13 décembre 2023, avec une clôture le 26 décembre 2023. Cet appel a pour objectif de sélectionner les entreprises chargées des aménagements paysagers pour le futur Jardin-Forêt comestible situé au Parc du Lac de Sévigné à Livry-Gargan, projet élaboré par le cabinet AEI, situé au 8 rue Jean-Baptiste Clément, Le Pré-Saint-Gervais, sur mandat de la mairie. Le projet est attribué à Terideal Agrigex Environnement, 3 Place Gustave-Eiffel, Rungis par avis d’attribution le 13 mars 2024.
Conception Paysagère de la Forêt-Jardin : entre écrin de biodiversité et défi botanique
Le projet de création du jardin commence par des phases initiales incluant le terrassement, le décompactage et la mise en condition des sols. Les aires destinées à accueillir la végétation bénéficient d’une sélection variée d’espèces telles que échinacées, hémerocalles et lamiums, chacune apportant une touche colorée spécifique, le tout encadré par des allées piétonnières. Cette conception concilie ouvertures et massifs de plantes vivaces, offrant un milieu accueillant pour divers organismes. L’adoption de végétaux natifs, bien intégrés à l’environnement régional, témoigne d’une volonté d’accueil de la diversité biologique tout en privilégiant une certaine pérennité écologique en adéquation avec le projet.
Plan d’aménagement de la Forêt-Jardin herbacée au Lac de Sévigné(DCE 2023)
Les Arbres Fruitiers
La première strate comprend des arbres fruitiers sélectionnés pour leur valeur historique et écologique. Les tiges de cerisiers, châtaigniers, figuiers, pommiers, cognassiers, et pruniers sont des choix qui favorisent la biodiversité, offrent de la nourriture pour la faune et proposent des opportunités éducatives.
Le projet met en avant des variétés anciennes d’arbres fruitiers et des variétés régionales, comme le Prunus cerasus « Montmorency », un cerisier à la réputation mondiale pour sa contribution à la production de cerises acidulées. Cet arbre encourage également la pollinisation croisée.
Le Malus domestica « Reine des Reinettes », un pommier classique, est un autre choix qui rappelle les vergers traditionnels. Sa sélection favorise la diversité génétique des pommes, un élément crucial face aux maladies comme la tavelure du pommier qui se concentre souvent sur des variétés plus monoculturelles.
Arbustes et cépées
Cette strate intermédiaire se compose d’arbustes et de plantes grimpantes qui forment un sous-bois et des éléments verticaux. Des espèces telles que le berbéris, le cornouiller mâle, et l’amélanchier ajoutent une structure et une couverture pour de nombreux petits animaux et insectes.
Les arbustes et cépées choisis offrent des habitats diversifiés pour les oiseaux et les insectes. Le Cornus mas, ou cornouiller mâle, par exemple, est apprécié pour ses baies comestibles qui attirent les oiseaux. Le choix de l’Amelanchier canadensis, avec ses grappes de fleurs printanières, est un autre atout écologique significatif, servant de source alimentaire pour les abeilles natives au début de la saison.
Vivaces
La dernière strate du jardin se concentre sur les vivaces, qui jouent un rôle essentiel dans la fourniture d’une floraison continue et dans le soutien à une vaste gamme de pollinisateurs.
La présence de vivaces comme l’Echinacea purpurea permet un jardin dynamique. Ces fleurs ne sont pas seulement décoratives mais jouent un rôle dans la trame écologique en attirant les papillons, tels que le papillon Monarque, agents de pollinisation vitaux pour l’écosystème du jardin.
L’Hemerocallis, ou lis d’un jour, avec son éventail de couleurs permet de créer une longue saison de floraison. Toutefois, certaines variétés d’Hemerocallis peuvent devenir envahissantes, comme l’Hemerocallis fulva, qui se propage agressivement si elle n’est pas contrôlée, illustrant le délicat équilibre dans la gestion écologique.
Défis écologiques et problématiques de durabilité
Besoins en Entretien pour la Pérennité de la Forêt-Jardin
Une forêt-jardin comestible est un écosystème complexe qui peut exiger des interventions régulières et spécialisées, telles que la gestion de la diversité des plantes ou encore le contrôle des espèces envahissantes. De plus, les premières années l’entretien doit suivre un calendrier saisonnier, chaque période de l’année dictant ses propres priorités en termes de plantation, récolte et préparation du sol. Les arbres fruitiers exigent une maintenance régulière et des compétences spécifiques pour gérer les maladies et les ravageurs. De plus, le mélange des variétés de plantes doit être soigneusement géré pour éviter la concurrence excessive ou la domination d’une espèce sur les autres, ce qui pourrait menacer la diversité végétale visée.
Marché public et externalisation des travaux d’aménagement
L’externalisation des travaux d’aménagement paysager à des entreprises privées plutôt que l’appel au service des espaces verts de la ville suscite souvent des interrogations légitimes. Lorsque la municipalité de Livry-Gargan envisage de confier la création d’une forêt-jardin comestible aux abords du lac de Sévigné à des prestataires extérieurs, plusieurs facteurs doivent être évalués pour justifier cette décision.
D’une part, le service des espaces verts de la ville dispose, en principe, de la connaissance accrue du terrain local, d’une expertise adaptée aux conditions climatiques spécifiques une compréhension des besoins et des attentes des acteurs locaux. C’est par ailleurs la présentation qu’en fait la ville. En outre, l’utilisation des ressources internes pourrait représenter une économie significative pour le budget de la ville et potentiellement offrir une meilleure intégration du projet dans les politiques environnementales de la ville à long terme. Si la justification de l’externalisation reposait sur des compétences spécialisées que le service municipal ne possède pas, cela devrait nécessiter une transparence et une communication ouverte afin de s’assurer que la décision d’externaliser n’est pas perçue comme une sous-utilisation des compétences et des capacités existantes au sein des services de la ville.
Ressources nécessaires
La pérennité de la forêt-jardin repose sur une allocation judicieuse des ressources, qui, même modeste, s’avère indispensable sur le long terme. En effet, bien que la permaculture se caractérise par une exigence réduite en ressources et en interventions, l’engagement durable de ressources humaines et financières reste crucial. Cela inclut non seulement l’optimisation des apports naturels mais aussi le soutien continu aux acteurs du projet par le biais de formations adaptées. Ainsi, garantir une gestion évolutive et réactive du site nécessite un investissement à long terme, tant en termes de compétences humaines que de moyens financiers, même limités.
Brumisation et ilot de fraicheur
L’annonce du 23 mars concernant l’installation d’un système de brumisation dans la future placette des Sources, adjacente à la forêt-jardin du lac de Sévigné, soulève des interrogations quant à sa pertinence au sein d’un projet initialement conçu pour favoriser le développement durable et la création d’espaces verts intégratifs, le projet semblait s’orienter vers des solutions naturelles à la gestion climatique urbaine privilégiant ainsi l’évapotranspiration des végétaux comme moyen de régulation thermique naturelle.
Introduire une technologie de brumisation, souvent liée à des environnements urbains et moins naturels, paraît en effet contradictoire. Cette décision interroge sur l’orientation et la cohérence du projet. De plus, la valeur ajoutée d’un tel système juxtaposé à un espace conçu pour offrir un îlot de fraîcheur par ses propres moyens naturels questionne. Les implications de la brumisation sur l’efficacité énergétique, la consommation d’eau, et l’ensemble du projet appellent à une réévaluation.
Il serait intéressant d’examiner si les avantages attendus de la brumisation sont en adéquation avec les objectifs de développement durable du projet. Cette analyse devrait aussi envisager d’autres solutions qui pourraient s’allier ou remplacer la brumisation, en synergie avec les fonctions naturelles de rafraîchissement de la forêt-jardin, afin de renforcer l’engagement du projet envers l’écologie urbaine et la durabilité.
Food-truck
Si la potentialité d’installer un food-truck près de l’entrée principale du lac de Sévigné (comme annoncé le 23 mars également) ouvre une intéressante perspective de dynamisation sociale et économique de cet espace. Les expériences passées ayant montré l’attrait de la population pour de telles initiatives ailleurs en ville, il est à noter que cette proposition n’est pas sans soulever des préoccupations en termes de propreté du site et en terme écologiques, surtout compte tenu de la proximité de zones dédiées à la préservation de la biodiversité et classées comme refuge LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux). Le défi réside dans la capacité à concilier l’activité humaine avec la protection et le respect de ces milieux naturels sensibles. Une installation de ce type, si elle n’est pas strictement réglementée, risque d’être antinomique avec les objectifs de conservation faunistique, principalement en raison des déchets jetables qui pourraient aggraver les problèmes de salubrité déjà observés sur les rives et dans le lac lui-même. Pour éviter un tel scénario, il serait nécessaire d’encadrer rigoureusement l’opération, en imposant l’utilisation de matériaux réutilisables ou biodégradables ou en instaurant des mesures de tri et de recyclage des déchets efficaces.
Déficit d’information et de participation des citoyens
Comme souligné en 2023, le projet d’aménagement du lac de Sévigné, porté à l’origine par les conseillers de quartier Centre et appuyé par des acteurs locaux, des associations, le Conseil Départemental de la Seine-Saint-Denis et la Région Île-de-France, a été adopté par la municipalité. Cette collaboration illustre un modèle de coopération locale et régionale.
Néanmoins, nos observations confirment un changement notable dans la dynamique de ce projet. Depuis 2021, un éloignement progressif entre les conseillers de quartier, les habitants, et les instances municipales semble s’être installé. Une communication restreinte a marqué cette période, caractérisée par une diffusion limitée des informations et documents relatifs au projet. La plantation symbolique du poirier le 23 mars 2024 près du lac de Sévigné aurait dû marquer un moment fort du projet d’aménagement. La communication autour de cet événement a toutefois été gérée de manière décevante, avec des invitations distribuées en porte-à-porte, parfois après la tenue de l’événement. Plus surprenant encore, aucun des canaux habituels de communication (journaux municipaux, site internet) n’a été utilisé, privant ainsi une grande partie des habitants de l’information. Le manque d’information auprès du public est également souligné par l’indisponibilité des documents et études relatifs au projet. Face à cette lacune, Livry Participatif a pris l’initiative de publier ces documents, notamment le Plan d’aménagement et l’inventaire des plantations de la Forêt-Jardin.
Les conseillers de quartier et, par extension, les résidents, n’ont pas été tenus informés des évolutions significatives, telles que les partenariats clés, les résultats de l’inventaire LPO de la biodiversité. La transmission des informations s’est faite à un niveau comparable à celui du grand public, sans avantages notables de temporalité ou de profondeur d’information. Les conseillers de quartier n’ont pas été intégrés dans les étapes critiques du projet :
Les études de diagnostic (DIAG) : Essentielles pour comprendre l’état actuel de l’écosystème du lac et les impacts potentiels des aménagements envisagés.
Les études d’avant-projet (AVP) et les études de projet (PRO) : Moments clés où les propositions d’aménagement prennent forme, nécessitant une consultation pour assurer l’alignement avec les attentes des habitants.
L’assistance à la passation des marchés de travaux (ACT) : Phase où la réalisation concrète se profile, nécessitant une transparence sur le choix des prestataires et la nature des contrats établis.
L’absence d’une communication efficace sur ces aspects fondamentaux a probablement contribué à un sentiment d’exclusion parmi les acteurs locaux initialement impliqués, remettant en question l’engagement de la municipalité envers une démocratie participative authentique. Il est besoin de rétablir un canal de dialogue ouvert par la mise en place de mécanismes de consultation efficaces, la diffusion proactive d’informations détaillées et accessibles.
Conclusion
Livry Participatif accueil très favorablement le projet de la micro-forêt aux abords du lac de Sévigné initié par les conseillers de quartier et s’inscrivant dans une démarche durable. Cependant, pour que ce projet devienne une réalité pérenne, il est impératif de considérer sérieusement les défis soulevés par l’entretien et la gestion de la diversité végétale, ainsi que par la nécessité d’une implication citoyenne active et informée.
L’engagement envers une biodiversité riche et un environnement sain se reflète dans le choix de variétés anciennes et de variétés régionales, offrant un havre pour la faune et une richesse éducative pour la communauté. Cependant, l’entretien spécifique de ces arbres et la gestion de la croissance des arbustes et cépées représentent un défi de taille, nécessitant des compétences spécialisées et une attention régulière pour maintenir l’équilibre délicat de cet écosystème.
Les étapes clés du projet doivent être des moments de dialogue ouvert. Par ailleurs, le déficit d’information et de participation des citoyens et riverains met en lumière un enjeu central de la démocratie participative. L’absence de diffusion des documents relatifs au projet, du Plan d’aménagement et l’inventaire des plantations, conduit Livry Participatif à les publier pour pallier ce déficit.
La problématique de durabilité met en exergue l’importance vitale de ressources allouées à l’entretien du site. Le succès à long terme de la forêt-jardin comestible reposera sur la capacité à instaurer des pratiques de gestion écologique durable, qui respectent les cycles naturels et encouragent une biodiversité riche. L’introduction d’un système de brumisation ou d’un food-truck peut susciter des inquiétude et interrogations quant à la cohérence écologique du projet, alors que la forêt-jardin devrait naturellement offrir un îlot de fraîcheur et contribuer à la lutte contre les îlots de chaleur urbains.
Portail
Lac & Jardins Madame de Sévigné
Cet article s’intègre au portail thématique « Lac & Jardins Madame de Sévigné ». Retrouvez la vue d’ensemble, la chronologie, les analyses liées au projet.
Variétés anciennes : Variétés d’arbres fruitiers qui ont été cultivées et conservées sur de longues périodes, souvent des siècles, dans une région ou une communauté donnée. Ces variétés se caractérisent par leur résilience, leur adaptation au climat local, et leur importance culturelle et historique.
Variétés régionales: Espèces ou cultivars d’arbres fruitiers qui sont particulièrement bien adaptés aux conditions environnementales spécifiques d’une région, comme le climat, le sol, et l’écosystème. Ces variétés supportent mieux les conditions locales et contribuent à la biodiversité régionale.
Biodiversité : Variété des formes de vie dans un environnement donné, incluant la diversité des espèces, des écosystèmes et des interactions génétiques.
Diversité génétique : Variabilité des gènes au sein d’espèces spécifiques, permettant aux populations de s’adapter aux changements environnementaux, de résister aux maladies et de maintenir l’écosystème en équilibre. La diversité génétique est cruciale pour la durabilité et la robustesse des habitats naturels et agricoles.
Évapotranspiration : Processus combiné par lequel l’eau est transférée de la terre à l’atmosphère par évaporation depuis le sol et par transpiration des plantes. Ce phénomène joue un rôle clé dans le cycle de l’eau, notamment dans la régulation du microclimat et le maintien de la fraîcheur dans les zones végétalisées.
Forêt-jardin comestible : Système de jardinage basé sur l’imitation des écosystèmes forestiers, composé de plusieurs strates de végétation comestible et utile, favorisant la biodiversité et l’autosuffisance.
Monoculture : Pratique agricole consistant à cultiver une seule espèce de plante sur une grande surface et pendant plusieurs années consécutives. Bien que bénéfique à court terme pour la production, la monoculture peut mener à une érosion de la diversité génétique, à une augmentation des maladies et à un appauvrissement des sols.
Mycorhizes : Associations symbiotiques entre les racines des plantes et certains champignons du sol. Ces interactions favorisent une meilleure absorption des nutriments et de l’eau par les plantes, tout en aidant les champignons à obtenir des sucres et autres composés carbonés produits par la photosynthèse. Les mycorhizes jouent un rôle crucial dans la santé des plantes, la fertilité des sols et les cycles écologiques.
Permaculture : Approche de conception de systèmes, inspirée des écosystèmes naturels, visant à créer des systèmes agricoles et sociaux durables et auto-suffisants.
Pollinisation croisée : Processus de fertilisation dans lequel le pollen d’une fleur est transféré à une fleur d’un autre individu de la même espèce. Cela est souvent nécessaire pour certaines variétés d’arbres fruitiers pour produire des fruits. La pollinisation croisée augmente la diversité génétique, ce qui peut conduire à une meilleure résilience et santé des plantes.
Séquestration du carbone : Processus par lequel le dioxyde de carbone est capturé et stocké, réduisant ainsi la quantité de CO2 dans l’atmosphère.
Tavelure : Maladie fongique affectant principalement les arbres fruitiers comme les pommiers et les poiriers, caractérisée par des taches brunes ou noires sur les feuilles et les fruits. La gestion de la tavelure implique souvent des pratiques culturales spécifiques et peut nécessiter l’usage de fongicides dans les systèmes de production conventionnels.
Études de cas similaires
Forêt Comestible de Beacon Food Forest, Seattle, États-Unis : Un des premiers et plus vastes projets de forêt comestible en milieu urbain, conçu et géré par une communauté de bénévoles.
Le Jardin Forêt de Martin Crawford, Devon, Royaume-Uni : Exemple réussi d’un jardin forêt en permaculture sur une décennie, démontrant la viabilité du concept dans un climat tempéré.
Littérature scientifique sur les Forêts-Jardins comestibles
« Creating a Forest Garden » par Martin Crawford : Guide pratique et théorique sur la conception et la gestion des jardins forêts, basé sur l’expérience de l’auteur.
« The Permaculture Way » par Graham Bell : Introduction à la permaculture, avec des conseils sur la création de systèmes durables pour la nourriture, l’énergie, et le logement.
« Agroforestry for Sustainable Land-Use Fundamental Research and Modelling with Emphasis on Temperate and Mediterranean Applications » : Recueil de recherches sur l’agroforesterie et son application pour une utilisation durable des terres.
Littérature française :
Crawford, M. (2017). La forêt-jardin : Créer une forêt comestible en permaculture pour retrouver autonomie et abondance (Préface de Rob Hopkins et Charles Hervé-Gruyer ; Traduction de l’anglais par Aurélien Davroux). Paris : Ulmer. (351 p.)
Desjours, F. (2019). Jardins-forêts : Un nouvel art de vivre et de produire (Préface de Geneviève Michon ; Postface de Gérard Ducerf). Escalquens : Terran. (367 p.)
Hervé-Gruyer, C. (2022). Créer une mini forêt-jardin : pour se nourrir ou en faire son métier (Collection Résiliences). Paris : Ulmer. (176 p.).
Talin, A. (2021). Forêt comestible & haie fruitière : Créer un jardin nourricier multi-étagé. Paris : Ulmer.
Whitefield, P. (2012). Créer un jardin-forêt : Une forêt comestible de fruits, légumes, aromatiques et champignons au jardin (2e éd.). Marsac : Imagine un colibri. (192 p.). (Traduction de l’anglais par Véronique Valentin, Anne Derouet, Annie Duflo et al.). (Œuvre originale publiée en 2011)
Source
Ville de Livry-Gargan. (2023-2024). Aménagements paysagers du Jardin-Forêt du Parc du Lac de Sévigné[Marché public].
[1] Terideal Agrigex Environnement, sise 3 place Gustave-Eiffel, 94150 Rungis est une Société par Actions Simplifiée ayant pour activité principale déclarée tous travaux d’aménagement des terres et eaux, crée en 1982 spécialisée dans les services d’aménagement paysager.
Circulation routière avenue Liégeard et allée de Chartres
Organisée par la Mairie de Livry-Gargan
13 septembre 2023 — Salon d’honneur de l’Hôtel de Ville — Livry-Gargan
Étaient présents :
Présentation faite par :
M. Pierre-Yves MARTIN — Maire de Livry-Gargan ; Conseiller départemental ; Vice-Président de l’EPT Grand-Paris-Grand-Est en charge des finances, de l’administration générale et de l’achat responsable ; Conseiller métropolitain à la Métropole du Grand Paris, délégué à la Cohérence Territoriale ;
Monsieur Jean-Claude LAFARGUE, Adjoint chargé des espaces publics de la voirie et de l’assainissement ;
M. Jérôme LEFEVRE, Chef de service principal de la Police municipale ;
M. Wahid ZIGHED, Directeur général des services techniques.
Observateurs de Livry Participatif : 3
Nota : La réunion visait à analyser les conséquences du trafic routier sur l’avenue Liégeard et de Chartres, suite aux modifications apportées aux sens de circulation des avenues avoisinantes. Une lettre ouverte des riverains de l’avenue Liégeard avait été précédemment rendue publique le 31 août 2023.
En contradiction avec la nature publique de la réunion, annoncée dans la communication officielle de la mairie, il a été constaté que l’entrée à cette réunion était soumise à un tri sélectif basé sur le lieu d’habitation des participants. L’accès à la mairie a ainsi été refusé par la Chef de cabinet du Maire à deux observateurs de Livry Participatif ce qui a été rendu publique le soir même sur les différents réseaux de l’observatoire.
Cette modalité opérationnelle, en décalage avec les préconisations initiales, soulève des questions relatives à la gouvernance et à l’intégrité des processus de consultation publique. Livry Participatif bénéficiant d’observateurs résidents l’avenue Liégeard une note de synthèse a néanmoins pu être réalisé.
La réunion commence par une intervention de Monsieur le Maire qui rappelle l’objet de la réunion, c’est à dire la circulation sur l’avenue Liégeard. Il cède alors la parole à Monsieur Wahid ZIGHED, Directeur général des services techniques. Ce dernier présente verbalement des données partielles de radar en termes de fractions de flux (2/3 descendants et 1/3 montant). Les riverains demandent alors le volume exact de véhicules circulants quotidiennement sur l’avenue Liégeard et les vitesses constatées. Ils demandent également les documents techniques et relevés du radar placé près des premiers numéros de l’avenue.
Interrogation sur les données de trafic :
Une riveraine, soucieuse de comprendre l’impact des changements récents, insiste sur la nécessité de communiquer aux riverains des informations précises et quantitatives relatives au trafic routier sur l’avenue Liégeard. Elle exprime un intérêt particulier pour les données enregistrées par les radars pédagogiques, récemment installés.
Réponse du responsable des services techniques :
Monsieur ZIGHED, reconnaît une omission dans la préparation des données. Il précise que, bien qu’il dispose d’une répartition du trafic en termes de pourcentages (un tiers ascendant et deux tiers descendant), les chiffres bruts, ne sont malheureusement pas disponibles lors de cette réunion.
Rappel historique par une riveraine :
Celle-ci revient sur l’annulation tardive d’une précédente réunion, décidée par Madame MAAMAR, Directrice de cabinet du maire. Cette annulation avait pour objectif de permettre l’installation d’un radar pédagogique, censé quantifier précisément le trafic. Elle souligne également l’absence flagrante de concertation préalable des riverains de l’avenue Liégeard concernant les travaux effectués sur l’avenue Moutier, ayant des répercussions notables sur la présente avenue Liégeard.
Éclaircissements sur le flux descendant :
Un riverain rappelle une alerte émise il y a un an concernant le flux descendant. Il attribue ce flux à l’afflux notable de véhicules en provenance de la Nationale 3. Il exprime une certaine frustration face à l’absence de mesures concrètes prises depuis lors, malgré les engagements antérieurs de la mairie.
Origine du flux ascendant selon un livryen :
Un autre habitant pointe du doigt le flux ascendant actuel, qu’il attribue directement aux aménagements réalisés sur l’avenue Moutier. Il suggère que ces modifications, réalisées sans une consultation adéquate, ont transformé l’avenue Liégeard en une annexe non officielle de la Nationale 3.
Question sur la pollution et réponse du responsable des services techniques :
Face aux inquiétudes exprimées des riverains liés à la pollution sonore et atmosphérique, le responsable des services techniques tente de rassurer l’assemblée en comparant l’avenue Liégeard à la Nationale 3. Il avance que, malgré les désagréments, la pollution sur l’avenue Liégeard demeure inférieure à celle de la Nationale 3.
Cette comparaison suscite de vives réactions et contestations parmi les riverains. Ils rappellent que l’avenue Liégeard, de nature résidentielle, ne peut être assimilée à une artère telle que la Nationale 3. Une habitante insiste sur la spécificité pavillonnaire de l’avenue, mettant en avant l’incompatibilité avec une pollution similaire à une nationale.
Une riveraine rappelle les normes et détaille les objectifs en matière de pollution sonores intégré dans le PLU de 2015 que Monsieur le Maire a réalisé à savoir : la lutte contre les nuisances sonores, que les riverains de l’ex-RN3 sont exposés à des valeurs de 75dBs pouvant aller jusqu’à 80dB dans quelques secteurs, que les riverains des voiries communales de dessertes sont exposés à des valeurs de 55 à 65 dB, qui sont des valeurs normales d’exposition pour ce type de voirie. Elle explique que les enregistrements dépassent toutes ces mesures sur l’avenue Liégeard, atteignant plus de 90 dB.
Il lui est répondu que la mairie n’est pas tenue de faire respecter une limite sonore et qu’il n’existe pas de règles en la matière.
(NDLR : Cette affirmation est à modérer voire contestable. En fait le Maire est garant de la tranquillité publique de ses administrés. Sa négligence ou son inaction peut engager la responsabilité de la commune en cas de litige. En outre, le Code de la santé publique (article R. 1334-33) fixe les valeurs limites de l’émergence à ne pas dépasser.)
Des riverains soulignent la nature résidentielle de l’avenue Liégeard, en se référant au PLU actuel qui interdit la construction d’immeubles dans ce secteur. Dans ce contexte, comment justifier un niveau de pollution sonore et atmosphérique équivalent à celui d’une nationale, corroborant ainsi l’opinion des riverains qui considèrent que l’avenue Liégeard n’a pas vocation à jouer le rôle d’une annexe de la Nationale 3 ?
Monsieur le Maire indique que l’ensemble des modifications réalisé ces derniers mois sont le fruit du travail et des demandes des conseillers de quartiers[1], il explique cependant être conscient des préoccupations exprimées, s’engage à prendre des mesures concrètes. Il annonce (à titre d’expérimentation) :
Le rétablissement du double sens de circulation sur une partie de l’avenue Moutiers
L’instauration d’un sens interdit sur une partie de la Roseraie, afin de limiter le trafic en provenance de la RN3.
De plus, il souhaite l’installation de deux radars pédagogiques sur des rues adjacentes, dans le but de mesurer avec précision les répercussions du trafic.
[1] Plusieurs conseillers du quartier Centre interrogés ont infirmé avoir travaillé et proposé un nouveau plan de stationnement impactant les axes Liégeard, Moutiers et Chartres. Il est également à noter qu’au cours de la réunion publique du 20 avril 2023, il a été souligné que la mairie avait mandaté le conseil de quartier Centre en 2023 pour travailler sur deux axes : l’aménagement du Lac de Sévigné, en mettant l’accent sur la revalorisation des berges, et la sensibilisation aux « écogestes ».
Le 14 mars 2023, suite à l’intervention de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), la communication de l’étude de stationnement réalisée par la société SARECO en janvier 2022 a été obtenu par Livry Participatif. En effet, le 2 février 2023, Livry Participatif avait publié un dossier intitulé « Stationnement : état des lieux des réflexions, perspectives et propositions (2022-2023) ». Ce dossier indiquait l’existence d’une instruction de la CADA visant la communication du rapport d’étude de stationnement. Retour sur la demande de communication de l’étude de stationnement.
Avis aux Lecteurs : Il est important de souligner que le présent document peut, à diverses reprises, évoquer la mise en œuvre potentielle d’un stationnement payant au sein de la ville. Néanmoins, il résulte des communications et décisions récentes émanant de l’autorité municipale que cette option, bien qu’envisagée à un moment donné par celle-ci, n’est désormais plus à l’ordre du jour. Ceci étant précisé, l’étude sur le stationnement demeure d’un intérêt indéniable car elle visait lors de la passation de marché notamment à dresser un état des lieux du stationnement urbain avec inventaire et a être un outil d’aide à la décision.
I – Contexte et cadre procédural
Initialisation de la Mission d’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO)
En date du 25 janvier 2021, la municipalité de Livry-Gargan a émis un avis de marché pour une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) visant à auditer le stationnement urbain et faire des propositions de réorganisation et de choix de modes de gestion Le processus de concertation avec les instances locales avait dans un même temps été retardé et ajourné en raison de l’attente des résultats de l’étude et cette attente avait débouché sur l’absence de concertations avec des instances de démocratie participatives locales. Cet audit, doté d’un budget alloué de 44 000 euros, a été structuré selon un découpage méthodologique en quatre phases distinctes :
Phase 1 : état des lieux avec inventaire,
Phase 2 : proposition de nouvelle organisation du stationnement,
Phase 3 : définition des conditions de réalisation et d’exploitation d’un parking silo,
Phase 4 : analyse économique de la politique de stationnement.
Remise du Rapport par la Société Sareco
En janvier 2022, la société de conseil et d’études SARECO, spécialisée dans les études de stationnement, a finalisé et transmis à la municipalité le rapport intitulé « Étude de Stationnement à Livry-Gargan – Phases I à IV ». Ce document, d’une densité de 93 pages, synthétise les résultats des analyses et recommandations. Plusieurs livryens et Présidents des conseils de quartiers d’alors avait ainsi sollicité la communication de ce rapport.
Demande de Communication par Livry Participatif
Suite à la finalisation de cette étude, l’association Livry Participatif a formulé une demande officielle d’accès au rapport en format numérique réutilisable, afin de pouvoir l’analyser et le diffuser à ses membres et aux livryens. La municipalité, représentée par le maire de Livry-Gargan, a alors opposé un refus à cette demande, arguant le caractère préparatoire du document.
II. Saisine et Décision de la CADA
Procédure de Saisine
Face à l’absence de communication du rapport, Livry Participatif a saisi la CADA par courrier enregistré à son secrétariat le 20 octobre 2022 afin d’obtenir un avis sur la légalité de la demande de communication.
Analyse Juridique de la CADA
Suite à l’analyse des éléments présentés par Livry Participatif, la commission a constaté l’absence de réponse de la part de la municipalité de Livry-Gargan à la sollicitation initiale. En conséquence, un avis favorable a été formulé le 24 novembre 2022 (Référence : Avis n° 20226527) concernant la communication des documents sollicités sous réserve de l’occultation des mentions susceptible de révéler un secret juridiquement protégé, conformément aux dispositions des articles L311-5 et L311-6 du Code des relations entre le public et l’administration (CRPA).
La CADA donnait ainsi raison à l’argumentation de Livry Participatif, rappelant que les documents fournis par un attributaire de marché public, dans le cadre de l’exécution contractuelle, sont qualifiés de documents administratifs communicables, en vertu des articles L300-2 et L311-1 du CRPA. La commission précise que tout document à caractère préparatoire demeure exclu du droit d’accès, tel que défini par le titre Ier du livre III du CRPA, tant que la décision administrative qu’il anticipe n’a pas été formalisée ou que l’administration n’a pas clairement renoncé à ladite décision, après un intervalle temporel considéré comme raisonnable. Cependant, dans le cas où un projet se décline en plusieurs étapes générant des décisions successives, il est impératif de déterminer à quel moment le caractère préparatoire d’un document est considéré comme caduc suite à l’émission de ces décisions. Dans le cas présent, la CADA estime que le document en question était achevé et avait atteint sa finalité, il n’avait donc plus de nature préparatoire.
Obtention de l’étude de Stationnement
Le 2 février 2023, Livry Participatif a procédé à la publication d’un dossier sous l’intitulé « Stationnement : état des lieux des réflexions, perspectives et propositions (2022-2023) ». Au sein de ce document, l’association a explicitement mentionné l’absence de réception de l’étude sollicitée, indiquant ainsi une attente relative à la communication de ce document par l’entité administrative municipale. Suite à une évocation de l’avis officiel émis par la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) auprès de ladite entité, Livry Participatif a, en date du 14 mars 2023, accédé à une version numérique réutilisable de l’étude précitée envoyé par le Maire de Livry-Gargan. Cette démarche s’inscrit dans une volonté d’accroître la transparence des actions publiques et souligne l’importance primordiale de l’engagement citoyen dans les processus décisionnels.
Implications et Enjeux de la Communication
La mise à disposition de cette étude revêt une importance particulière pour Livry Participatif, permettant une analyse approfondie des orientations en matière de stationnement urbain. Cette question est centrale pour la ville, avec des implications en termes de mobilité, d’urbanisme et d’aménagement du territoire.
L’accès à cette étude offre à Livry Participatif et à la population une perspective éclairée sur les enjeux du stationnement à Livry-Gargan, constituant ainsi un élément clé pour nourrir le débat public et la prise de décision. En effet, la politique de stationnement mise en place par la municipalité a des conséquences directes sur la vie quotidienne des habitants, ainsi que sur l’attractivité de la ville pour les visiteurs et les investisseurs.
Conclusion
L’initiative adoptée par Livry Participatif n’est pas isolée, elle s’insère dans une tendance plus vaste, caractérisé par une dynamique croissante visant la transparence, la participation citoyenne et l’implication des citoyens dans la gestion des affaires publiques. Cette aspiration à la clarté et à la transparence trouve écho dans une demande accrue de la population pour une appréhension optimisée et un contrôle renforcé des mécanismes de gestion publique, comme en témoignent les rapports consécutifs émanant de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) sur plusieurs exercices.
Il conviendra de souligner que le droit d’accès à l’information, est un droit fondamental, consacré juridiquement et stipulé par le Code des relations entre le public et l’administration. Ce dernier prévoit que toute personne peut demander communication des documents administratifs détenus par les administrations publiques.
Dans cette optique, Livry Participatif a opté pour une diffusion non restreinte de l’étude relative au stationnement sur son site internet.
III – Notes de lecture de l’étude de stationnement
La simple lecture du document relatif au stationnement à Livry-Gargan met en exergue un certain nombre de préoccupations et d’axes d’amélioration nécessitant une attention particulière de la part des décideurs municipaux :
Communication et Transparence :
Intégrité de l’information et transparence : La date de publication du document est en contradiction avec les affirmations antérieures du maire et de l’adjoint en charge du dossier, qui avait assuré en mars-avril et juin 2022 aux Présidents des conseils de quartiers que le document n’était pas finalisé., Cette incohérence soulève des préoccupations quant à la transparence de la communication municipale. Une telle divergence pourrait éroder la confiance des citoyens envers les instances municipales.
Consultation et Participation citoyenne : Le document ne détaille pas la concertation des acteurs clés. L’implication des conseils de quartier et d’autres instances de démocratie locale, non consultés par le cabinet d’étude et la municipalité, aurait enrichi l’analyse et renforcé sa légitimité.
Méthodologie et Analyse
Méthodologie et rigueur de l’évaluation : La méthodologie adoptée, basée sur des observations qualitatives sans enquêtes d’occupation structurées, semble insuffisante (p 20). L’intégration d’observations quantitatives auraient pu potentiellement être réalisées par des bénévoles des instances de démocratie participative (Conseils de quartiers, CESEL, ..) , offrant ainsi une perspective basée sur l’expertise d’usage et auraient ainsi renforcé la robustesse de l’étude.
Clarification terminologique et cohérence : La confusion entre les termes « secteur » et « quartier » nuit à la clarté de l’analyse. Une distinction nette est essentielle pour garantir la précision et la compréhensibilité du document. Les quartiers sont clairement définis à Livry-Gargan, l’étude semble amalgamer ces deux termes, rendant l’analyse difficile à suivre.
Élaboration et justification des scénarios : Les pages 56-61 présentent des scénarios élaborés par le bureau d’étude et la mairie. Cependant, leur non-sélection n’est pas justifiée, et la méthodologie de conception reste floue. L’absence d’explications méthodologique posent des questions sur le processus décisionnel et les critères adoptés.
Comparaisons et références : Le document contient des comparaisons non pertinentes, notamment celle entre deux modes de stationnement sur des communes distinctes. De surcroît, la comparaison de Livry-Gargan à des agglomérations à forte densité (ultra-densifiées) semble inappropriée.et pourraient induire en erreur les lecteurs.
Analyse Comparative sur la Page 50 : L’étude présente une juxtaposition des modalités de stationnement entre le Quartier des Puces de Saint-Ouen (où le stationnement est libre) et les Quais de l’Odet à Quimper (où le stationnement est régulé par un système payant avec une rotation maximale de 2 heures). Cette mise en parallèle, compte tenu des spécificités distinctes des deux communes, semble manquer de pertinence contextuelle, rendant ainsi son utilité discutable dans le cadre de cette analyse.
Sources d’informations immobilières : En page 18, l’examen des annonces immobilières citées dans le document semble ne pas offrir une représentation fidèle de la dynamique du marché immobilier à un moment donné. Il est à noter que la méthodologie adoptée s’est limitée à l’exploitation de deux plateformes l’une spécialisée dans la location de parkings, à savoir Yespark et l’autre plus générale, offrant toutes commercialisations confondues de biens immobiliers y compris des parkings, à savoir Seloger. Cependant, le paysage numérique offre une multitude de canaux de diffusion d’annonces, parmi lesquels figurent, sans que cette liste soit exhaustive, Bien’ici, Le bon coin, PAP, À vendre à louer, Fnaim, ainsi que diverses plateformes affiliées à des réseaux d’agences. De surcroît, d’autres vecteurs de communication, tels que les sites web dédiés aux professionnels de l’immobilier, les plateformes de particuliers, les affichages locaux au sein des copropriétés, ou encore le bouche-à-oreille, particulièrement efficace dans un contexte de marché tendu, n’ont pas été pris en compte. La saturation du parc locatif, traduite par une faible disponibilité d’offres malgré une demande soutenue, suggère une absence de stock immobilier disponible. En conséquence, la déduction d’une situation de détente en matière de stationnement résidentiel, basée sur ces éléments, semble manquer de rigueur analytique.
Modalités temporelles du stationnement nocturne : La documentation évoque une « demande de stationnement de nuit », cependant, des précisions quant à la temporalité exacte de cette observation demeurent absentes. Les illustrations photographiques annexées à cette section ne semblent pas corroborer une ambiance nocturne. Il est essentiel de souligner que les dynamiques de stationnement à 17h diffèrent substantiellement de celles observées à 21h. Une clarification sur l’intervalle horaire et la période annuelle de cette observation s’avère donc impérative pour garantir la pertinence et la rigueur de l’analyse.
Conséquences de l’externalisation du stationnement payant : Il est à noter que, selon l’étude, l’externalisation du stationnement devait se concentrer sur le paiement du stationnement, et donc entraîner une démission en matière de sanctions pour les occupations illicites de bateaux et les stationnements dangereux. Cela aurait ainsi créé une zone d’ambiguïté réglementaire, transformant la ville en zone de non-droit pour les emplacements interdits et donc non payants
Géographie et Zone d’Étude
Couverture géographique et pertinence : L’étude omet d’évaluer deux secteurs adjacents aux communes de Clichy-sous-Bois (chemin des postes) et Sevran (Les trèfles /Frainville). Cette lacune suggère une analyse parcellaire, en particulier sur des zones sensibles, dont certaines rues sont situées / partagées sur deux communes, potentiellement impactées par des déplacements de véhicules. Ces lacunes pourraient fausser la compréhension des dynamiques de stationnement à l’échelle de la ville. L’étude indique que la « Ville [est] en profonde mutation avec plusieurs OAP : Dans le secteur Poudrerie afin de faire muter une zone actuellement tournée vers les activités économiques ». Toutefois, il est à noter que l’OAP en question ne figure pas sur la cartographie de l’étude et, par conséquent, n’est pas intégrée dans le périmètre d’analyse.
Omissions et erreurs géographique : Des zones géographiques pertinentes, comme le secteur Jacob-Poudrerie, sont omises. De plus, des incohérences factuelles, telles que la mention erronée de certaines communes, sont présentes. Des inexactitudes sont également à noter, comme la localisation de Saint-Germain-en-Laye en Seine-Saint-Denis. Les villes Massy et Malakoff sont également mentionné en tableau comme faisant partie de la Seine-Saint-Denis.
Incohérences et lacunes relatives aux infrastructures de transport : Sur la page 6, il est à noter l’absence remarquable de référence au projet imminent de la ligne 16 de métro du Grand Paris Express. Il convient de souligner que le point d’accès prévu pour cette infrastructure majeure est stratégiquement positionné à proximité immédiate de la station existante RER B Sevran-Livry. Une telle omission pourrait impacter la pertinence globale de l’analyse en omettant des éléments cruciaux relatifs à la mobilité urbaine future.
Analyse Segmentée du Parking François-Mitterrand : Il est à noter que l’examen s’est limité à la première section du parking François-Mitterrand, englobant approximativement 90 emplacements sur un total de 160 (p 39). La méthodologie adoptée pour cette étude segmentée suscite des interrogations quant aux critères déterminants ayant orienté la sélection de cette portion spécifique du parking. Une telle approche fractionnée pourrait potentiellement influencer les conclusions dérivées. Pour une analyse exhaustive et représentative, une évaluation intégrale du parking aurait été préférable.
Gestion Municipale
Évaluation des capacités municipales : Les pages 88-89 remettent en question la capacité de la municipalité à gérer le stationnement, expliquent les raisons du non-choix d’une régie municipale et suggèrent un manque d’expertise et de ressources. Cela soulève des préoccupations quant à la compétence et aux ressources disponibles au sein de la municipalité « La régie directe présente beaucoup d’avantages notamment en termes de maîtrise de la politique de stationnement mais ne semble pas adaptée à la ville de Livry Gargan compte tenu de son manque d’expériences en la matière et son manque de moyens humains et techniques ».
Coût et rentabilité de l’étude : La question du coût de l’étude, supportée par les contribuables, mérite d’être posée. Une transparence sur le coût total et une évaluation du rapport coût-bénéfice sont essentielles, en effet le rapport semble présenter des lacunes, malgré l’investissement financier.
Efficacité des contrôles et surveillance : Le rapport précise également que le véhicule avec système de Lecture Automatique de Plaques d’Immatriculation (LAPI), « particulièrement cher pour un périmètre restreint […] n’est plus utilisé ». Les pages 26-27 mettent en avant des défis liés au contrôle du stationnement et la vidéosurveillance. Les contrôles actuels semblent inefficaces, comme en témoignent les statistiques de contraventions. Les défis liés au contrôle du stationnement, nécessitent une révision des méthodes de surveillance et une modernisation des outils utilisés. « Une situation due à une défaillance du contrôle En 2019, 891 FPS ont été émis sur les 162 places payantes, soit 0,4 FPS / place / mois Situation très en-dessous de la recommandation faite par le CEREMA de 2 FPS / place / mois => La Police Municipale nous a indiqué que le contrôle n’était plus actif actuellement sur la zone payante ».
Données et Actualité
Actualité et pertinence des données temporelles : Plusieurs sections du document, notamment la page 40, se basent sur des données datées de 2017. Ces données ne reflètent pas les évolutions récentes de la ville, en particulier les mutations urbaines et démographiques. Les données relatives à la motorisation des ménages, datant de 2017, ne reflètent pas les évolutions récentes, notamment les répercussions de la crise sanitaire. L’utilisation de données datant de 2017 pour une étude menée en 2021/2022 soulève des interrogations quant à leur actualité et leur pertinence. En considérant l’évolution sur une période de cinq ans, notamment en termes de livraisons d’ensembles immobiliers collectifs et d’habitats individuels, il est impératif de s’interroger sur la représentativité de ces chiffres face à la réalité contemporaine de 2022-2023.
Impact Social et usages
Impact sur le quartier de Danton : Le contexte de la commande mentionne une ville en profonde mutation dans le centre-ville, le secteur Chanzy (Gargan) et le secteur Poudrerie. Toutefois, une interrogation subsiste quant aux raisons d’impacter le quartier de Danton dans sa globalité.
Dissonance d’usage : Les attentes des usagers, orientées vers une gratuité du stationnement, quitte à marcher davantage, et le tout payant évoqué par la mairie va à l’encontre des objectifs d’une politique de stationnement spécifique, comme l’accès aux cabinets médicaux.
Question de l’accès au médical : L’absence d’une stratégie d’accès aux infrastructures médicales pose problème, en particulier pour les malades ayant des difficultés de déplacement et les individus à mobilité réduite. Une divergence semble se dessiner entre les besoins exprimés par les usagers et les orientations prises. La mise en place d’un stationnement payant est clairement plus compliquée que celle des zones bleues et entraîne un suivi complexe des recours et des contentieux, alors que la municipalité admet dans un même temps avoir des difficultés à faire appliquer le droit en matière de constructions irrégulières.
Optimisation des ressources et infrastructures : Les parkings sociaux, majoritairement vacants, représentent une ressource sous-exploitée. Une collaboration avec les bailleurs sociaux pourrait optimiser leur utilisation, désengorgeant ainsi les zones saturées.
Dimension Sociale : En page 19, l’examen du volet social du document met en lumière une focalisation sur une unique copropriété disposant d’un parking au sein du quartier Poudrerie. Il est à noter que d’autres entités résidentielles, entre autres, spécifiquement les copropriétés situées aux angles des rues Jean-Jacques-Rousseau/Voltaire, Lucie-Aubrac/Maurouard, Poudrerie/Hêtres, n’ont pas été intégrées dans l’analyse. Cette omission pourrait induire une représentation incomplète de la dynamique de stationnement au sein de cette zone géographique.
Optimisation des capacités de stationnement au sein du parc social : Les infrastructures de stationnement relevant du secteur social affichent un taux d’occupation suboptimal, malgré des tarifications compétitives en comparaison avec le secteur privé. Les données tarifaires avancées méritent toutefois une analyse approfondie. Il serait judicieux d’encourager les entités gestionnaires de ces biens immobiliers à intégrer systématiquement les emplacements de stationnement au sein des contrats locatifs actuels. Bien que cette démarche ne permette pas nécessairement de compenser intégralement le manque à gagner financier, elle aurait le mérite de fluidifier la situation de stationnement aux abords des résidences sociales, actuellement en situation de saturation.
Il apparaît significativement que la décision présentée par la municipalité en juillet 2022, orientée vers une concession de courte durée, contrairement à ce qui avait été préconisé par l’étude, fut vraisemblablement plus influencée par des considérations économiques immédiates que par l’intérêt des usagers. Cette décision a depuis été abandonnée. En conclusion, cette lecture met en lumière des lacunes et des incohérences dans le document étudié. Une révision approfondie, en consultation avec les parties prenantes concernées, est impérative pour garantir une étude complète et pertinente. Une attention particulière doit être accordée à la mise à jour des données, à la clarification terminologique, à l’approfondissement de l’évaluation de certains domaines, et à l’explicitation de la méthodologie adoptée pour la conception des scénarios ainsi que des critères de décision opérés.
Licence Creative Common (CC BY-NC 4.0), 2023, Livry Participatif
Nota : Dans le cadre de notre activité en tant qu’agent facilitateur de la démocratie participative à Livry-Gargan, Livry Participatif relaye une lettre ouverte qui nous a été transmise par les riverains de l’Avenue Liégeard (quartier Centre).
LETTRE OUVERTE DES RIVERAINS DE L’AVENUE LIEGEARD
** L’AVENUE LIÉGEARD N’EST PAS UNE RN3 bis **
Juillet – Août 2023
À l’attention des autorités municipales et de Monsieur le Maire,
Nous, riverains de l’avenue Liégeard, exprimons ici notre profonde colère et notre inquiétude face à la situation actuelle qui affecte notre quartier. Nous tenons à affirmer clairement que l’avenue Liégeard ne peut être assimilée à une RN3 bis, contrairement à ce que semble avoir décidé la mairie de manière unilatérale.
Depuis les travaux entrepris récemment aux alentours de notre avenue, nous avons constaté avec une grande inquiétude l’augmentation significative du volume de véhicules convergeant désormais, de manière obligatoire et dans les deux sens de circulation, sur l’Avenue Liégeard. Les flux de circulation ainsi générés sont absolument inacceptables. La situation est devenue invivable, tant sur le plan respiratoire que sonore. Ces modifications ont été apportées sans la moindre concertation de la part de la mairie, transformant notre avenue en une sorte de déviation de la Nationale 3.
Il est particulièrement alarmant de constater que ces changements se sont opérés alors que des axes majeurs, tels que l’avenue Moutiers, autrefois très fréquentés, ont été changés en sens unique, associés à une section de piste cyclable se terminant en plein milieu de carrefours très passants et donc significativement dangereux.
Il est d’autant plus déconcertant d’apprendre que ces modifications seraient justifiées par l’application d’un prétendu plan de circulation imposé à notre ville. Cependant, le responsable de la voirie a admis, lorsque nous avons demandé à consulter ce plan, qu’en réalité, aucun plan de ce type n’existait…
Nous nous trouvons désormais confrontés à une réalité où des changements ponctuels et désordonnés ont été imposés sans réflexion ni consultation préalable des riverains concernés.
N’hésitez pas ! … venez voir ce qui se passe sur L’Avenue Liégeard qui est devenue un axe problématique, figurant même sur Waze comme axe rouge à certains moments, tandis que la RN3 conserve sa fluidité, sans que cela ne semble susciter de préoccupations au sein de la mairie.
Pendant que nous subissons des nuisances sonores inacceptables jour et nuit, en semaine comme en week-end, et qui persistent souvent jusqu’à une heure du matin pour reprendre dès six heures,Madame la directrice de cabinet de Monsieur le Maire, Madame MAAMAR, nous annonce à la dernière minute l’annulation d’un rendez-vous prévu avec Monsieur le Maire, repoussé à la rentrée.
Malgré une pétition signée par l’ensemble des riverains concernés, demandant depuis de nombreuses semaines à être reçus en urgence par Monsieur le Maire pour exposer la situation actuelle et proposer une solution évidente. Mais Madame la directrice de cabinet préfère différer ce rendez-vous au prétexte de l’intégration de ces modifications dans un plan global afin d’éviter de « générer des troubles ». Mais de qui se moque-t-on ? Dommage de ne pas y avoir pensé plus tôt ! Cette attitude nous laisse perplexes. Comment ne pas considérer ce que nous endurons, du fait d’une décision unilatérale et inconséquente de la municipalité, comme des troubles ? Les nuisances sonores et respiratoires, les violences routières, auxquelles nous faisons face chaque jour de la semaine, à toute heure, et même de nuit, depuis des semaines, n’existent-elles pas ?
Alors que certains riverains avaient pris une journée de congé afin de pouvoir échanger avec Monsieur le Maire sur une situation devenue alarmante en raison des niveaux sonores régulièrement subis (115 décibels enregistré au lieu des 35 habituels), associés aux taux de pollution correspondants, ont été ignorés. Ignorer l’impact de plus de 15 à 20 voitures passant parfois en moins d’une minute 30 sur la qualité de l’air que respirent les riverains est-il justifiable ?
La directrice de cabinet affirme qu’il n’y a pas de seuil de nuisances sonores à ne pas dépasser, laissant cette décision à la ville et qualifie même une pétition signée par 100 % des riverains de « simple effet de mode » dont la mairie n’a pas à tenir compte. En échange, il est proposé une nouvelle étude de la situation… comme si les riverains avaient besoin d’attendre pour documenter ce qu’ils subissent quotidiennement depuis les travaux, réalisés sans aucune réunion d’information préalable sur l’avenue Liégeard contrairement aux affirmations municipales.
L’installation annoncée d’un radar pédagogique, censé sensibiliser à la vitesse, ne peut en rien atténuer le problème du nombre croissant de véhicules empruntant désormais notre avenue. Les riverains sont les premiers touchés par cette situation, contrairement à ce que semble retenir Madame MAAMAR et les autorités municipales. L’aspect préoccupant pour la santé et la sécurité des riverains semble ignoré.
Alors que l’importance de réduire notre empreinte carbone est soulignée, les riverains de Liégeard se trouvent contraints de respirer davantage de polluants, tout en étant contraints, en pleine période estivale, de garder les fenêtres fermées ou de porter des bouchons d’oreilles, mais apparemment, cela ne semble pas suffisant pour maintenir le rendez-vous avec Monsieur le Maire. Le report du rendez-vous est justifié par l’absence de progrès réalisé pour évaluer la situation ou étudier les propositions des riverains. Cela démontre clairement le manque d’intérêt accordé à une situation pourtant insoutenable depuis plusieurs semaines.
Il n’est pourtant pas bien difficile de comprendre que translater un axe passant sur une autre avenue, moins large, qui devient à son tour un axe passant est tout simplement une incongruité totale. Le cas de Moutiers et Liégeard est un exemple criant de cette aberration, d’autant plus que la mairie ne peut fournir d’explication technique à ces changements.
Il conviendra de souligner que certains autres axes qui eux étaient passant, bénéficient dorénavant du phénomène inverse et que tout cela a contribué au flux massif sur Liégeard. Et que peut-on imaginer comme explication car lorsque nous avons soulevé le problème pour Moutiers, Montesquieu, Richelieu et Aguesseau entre autres, la réponse qui nous a été fournie est qu’aucune explication technique ne pouvait être fournie et que cela faisait suite à des demandes de particuliers !
En dernier lieu, il ne pourrait qu’être bénéfique à l’enrichissement du processus démocratique local et pour la bonne information des riverains, que les données quantitatives des flux de trafic automobile captées par le radar pédagogique (dans les deux sens) récemment déployé en amont de l’avenue Liégeard, soient rendues publiques.
Nous appelons donc à la considération immédiate de notre situation par les autorités municipales. Nous espérons que nos préoccupations seront prises en compte de manière sérieuse et que des mesures correctives seront entreprises rapidement. Les riverains de l’Avenue Liégeard méritent de vivre dans un environnement paisible et sain, sans être confrontés aux nuisances sonores et environnementales qui les affectent actuellement.
Nous restons dans l’attente d’une réponse et d’une action urgente.
Cordialement,
Les Riverains de l’Avenue Liégeard
Image :
Gérer le consentement
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel
Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.