Petit ouvrage maçonné en brique et pierre avec un arc central, inscrit “1875”, au milieu d’un sous-bois verdoyant

Grand Angle : Parc de la Poudrerie, enjeux et perspectives

Biodiversité, bâti XIXᵉ et mémoire ouvrière — enjeux et perspectives

Le Parc forestier de la Poudrerie, plus qu’un simple parc urbain arboré, est une étendue forestière, vestige significatif de l’ancienne forêt de Bondy, un biotope qui couvrait initialement plus de 3 000 hectares il y a deux siècles. Au contact direct des tissus urbains environnants, il constitue aujourd’hui un espace de nature majeur au sein d’un territoire fortement anthropisé. Sa fréquentation est très élevée (environ 1,5 million de visites en 2022). Ce biotope a survécu aux épreuves du temps et requiert désormais des stratégies de gestion et de préservation adaptées à son environnement urbain immédiat, en considérant non seulement son importance écologique, mais aussi son riche héritage culturel.

La Poudrerie nationale de Sevran-Livry, décidée sous le Second Empire et ouverte en 1873, la structure paysagère et l’empreinte bâtie du site demeurent indissociables de l’histoire du parc. Le choix d’implantation répondait à des impératifs de sécurité tout en tirant parti d’une desserte logistique efficace (réseaux fluvial et ferroviaire). L’adoption de la vapeur comme source d’énergie motrice illustrait alors une avancée technologique notable, emblématique de l’esprit d’innovation de l’époque.

Après la fermeture industrielle (1969-1973), la décision d’en faire un parc forestier public a tourné une page importante de l’histoire locale. Les efforts de conservation et la transformation du site en grand parc urbain ont assuré la pérennité de son héritage historique, culturel et environnemental. Aujourd’hui, le parc de la Poudrerie se présente comme un témoin vivant de l’histoire industrielle régionale, articulant patrimoine et espaces de nature ouverts aux usages récréatifs des habitants du territoire.

Cette trajectoire consacre une double vocation désormais indissociable : la conservation d’un patrimoine naturel et paysager remarquable et la transmission d’un héritage industriel et technique singulier (traces d’ouvrages, bâtiments résiduels, trames viaires et hydrauliques), garantissant une cohabitation exigeante mais féconde entre histoire et nature au cœur de la ville.

Pour autant, la pérennité du parc reste conditionnée à une gestion fine des pressions : érosion et piétinement des sous-bois, conflits d’usages, vulnérabilités d’un patrimoine bâti encore fragile, difficultés ponctuelles d’entretien aux abords. Ces enjeux imposent d’articuler, dans la durée, les exigences des statuts de protection avec la réalité d’un grand parc urbain très fréquenté, en tenant compte de son inscription paysagère dans la Plaine de France et de ses continuités écologiques avec les corridors hydrauliques et les boisements périphériques. Depuis sa fondation, le parc a, de surcroît, été marqué par des phases de gestion alternant avancées et reculs, ce qui renforce l’exigence d’un pilotage lisible et outillé.

Géographie

Localisation

Le Parc forestier de la Poudrerie se situe à l’intersection de quatre municipalités (Sevran, Livry-Gargan, Villepinte et Vaujours) avec la commune de Tremblay-en-France en proximité immédiate. L’ensemble occupe l’extrémité nord-est de la Seine-Saint-Denis, en lisière de l’agglomération dense de la métropole parisienne, à la jonction de tissus urbains résidentiels et d’axes structurants régionaux.

Le parc forme une entité forestière d’environ 145 hectares, dont 119 hectares ouverts au public. À 12 kilomètres au nord-est de Paris, il est traversé par la voie ferrée Paris–Soissons et par le canal de l’Ourcq, véritable colonne vertébrale paysagère et de mobilité douce.

Par commune, les rues limitrophes suivantes structurent les interfaces d’accès et de perception :

  • Vaujours : allée des Sablons, allée Eugène-Burlot, chemin de Villepinte, boulevard Jacques-Amyot
  • Villepinte : avenue du Général-Delestraint, rue des Fraisiers
  • Livry-Gargan : rue du Docteur-Roux, rue Paul-Vieille, avenue Louis-Maurel, place H.-Joseph d’Autriche
  • Sevran : allée Apollinaire, allée Jacques-Decour, allée Rameau, allée Boieldieu, allée Van-Beethoven, allée Léon-Jouhaux, chemin du Baliveau, rue d’Estienne d’Orves, avenue du Maréchal-Lyautey, avenue Henri-Barbusse

Repère de statut. Au sein de cet ensemble, le site classé (loi de 1930) couvre 116 hectares (décret de 1994). Cette surface protégée s’inscrit dans l’aire du parc (≈ 145 ha) et explique certaines contraintes réglementaires spécifiques évoquées plus loin.

Description

L’environnement urbain immédiat est composé majoritairement de quartiers résidentiels de maisons individuelles, ponctués d’îlots d’habitat collectif plus denses. Le profil socio-économique du secteur présente des fragilités, qui se traduisent notamment par des attentes fortes en matière d’espaces publics de qualité, de nature de proximité et de parcours sécurisés. Le parc s’inscrit dans le périmètre de la Ceinture verte régionale et longe le corridor écologique structuré par le canal de l’Ourcq, ce qui renforce son rôle de réservoir de biodiversité et de maillon de continuités écologiques à l’échelle intercommunale.

L’accessibilité piétonne et cyclable est assurée par une multiplicité de portes réparties autour du périmètre. Deux polarités concentrent cependant l’essentiel des flux visiteurs : la porte de Sevran au pont de l’Ourcq et l’entrée à proximité des parkings principaux côté Livry-Gargan/Vaujours. Deux secteurs ne sont pas ouverts au public : le Bois de la Tussion au nord-est, fermé depuis avril 2000 en raison d’un aléa naturel de dissolution du gypse et de risques d’effondrement ; un secteur écologique au sud-est, maintenu en zone de quiétude et de protection, non accessible afin de préserver des habitats sensibles.

La composition interne alterne boisements, clairières, prairies, pelouses, mares et plans d’eau, maillés par un réseau de chemins piétons et itinéraires cyclables. Le parc conserve des bâtiments et ouvrages hérités de la poudrerie impériale puis nationale, repères du récit historique, ainsi que des aménagements contemporains correspondant à ses usages d’espace vert de loisirs (aires de jeux, sanitaires, mobiliers). À noter que certains espaces situés dans l’emprise générale ne relèvent pas de la gestion directe du parc : golf départemental, rives du canal (propriété des Services des Canaux de la Ville de Paris), poney-club et jardins familiaux.

Parc forestier de la Poudrerie : plan général et accès (Sevran–Livry-Gargan–Villepinte–Vaujours)

Environnement forestier (ancienne forêt de Bondy)

Au début du XIXᵉ siècle, la forêt de Bondy couvrait la quasi-totalité du quadrant nord-est du département. Les territoires d’Aulnay-sous-Bois, Bondy, Clichy-sous-Bois, Coubron, Livry, Montfermeil, Pavillon-sous-Bois, Rosny-sous-Bois, Vaujours et Villemomble formaient alors autant de clairières dans un massif continu.

L’extraction du gypse, l’exploitation forestière puis l’urbanisation liée aux dynamiques démographiques et industrielles de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle ont entraîné un rétrécissement substantiel de ce massif.

Aujourd’hui, il subsiste environ 400 hectares de cette forêt originelle, répartis principalement entre le Parc forestier de la Poudrerie et la forêt régionale de Bondy. Au sein de ce reliquat, la Poudrerie cumule un statut de protection élevé : elle constitue le seul site forestier classé de Seine-Saint-Denis (loi de 1930, cf. Repère de statut). Cette dissociation entre surface classée et emprise globale explique certaines discontinuités de protections aux marges, notamment sur des secteurs historiques non classés lors du décret d’origine.

Accessibilité et Liaisons

L’accessibilité par transports collectifs est satisfaisante à l’échelle locale, avec deux gares RER B — Sevran-Livry et Vert-Galant — situées à distance pédestre ou cyclable, ainsi qu’un éventail d’une dizaine de lignes de bus desservant les différents quartiers riverains.

La connectivité routière est fonctionnelle dans un rayon de proximité, mais le parc demeure peu lisible à l’échelle régionale : signalétique parcimonieuse, points d’accès discrets et interfaces parfois éloignées des grands axes.

La capacité de stationnement est limitée et concentrée à l’entrée principale (environ 250 places), ce qui contribue à contenir l’affluence automobile mais reporte l’effort sur la qualité des cheminements doux.

La présence du canal de l’Ourcq offre une épine dorsale cyclable continue reliant le parc au cœur de Paris et à d’autres grands espaces verts métropolitains ; depuis le bassin de la Villette, on accède au parc en environ 50 minutes à vélo en suivant le chemin de halage.

Au nord, l’adossement à un tissu résidentiel relativement dense crée un effet d’enclave qui renforce la fonction de lisière du parc. Au sud, la nationale 3 (profil à quatre voies) constitue une coupure majeure avec la forêt de Bondy, rendant plus stratégiques encore les liaisons douces et les franchissements existants ou potentiels.

L’environnement proche comprend des établissements scolaires (collège et lycée horticole à Vaujours, lycée à Sevran) et un projet de collège intercommunal Sevran/Livry-Gargan, autant d’équipements générateurs de fréquentation pédagogique et de potentialités de partenariats éducatifs. Bien que proche des centres-villes de Sevran, Vert-Galant et Livry, le parc n’est jouxté par aucun commerce, ce qui conforte sa vocation d’espace de nature et limite les nuisances d’activités.

Rôle régional et interfaces

Continuités écologiques et paysagères. Dans l’armature verte de l’Île-de-France, la Poudrerie occupe une position charnière : maillon de trames vertes et bleues connectées au canal de l’Ourcq et à la Ceinture verte, elle relie les grands espaces naturels de la Plaine de France aux parcs urbains de l’est parisien. La présence d’habitats humides (mares, fossés, berges) et de peuplements forestiers mûrs renforce l’intérêt écologique d’ensemble, notamment pour des espèces patrimoniales d’oiseaux et de chiroptères suivies à l’échelle régionale.

Fonctions sociales et récréatives. Le parc répond à une forte demande de nature ordinaire et d’activités libres (marche, course, vélo), avec un rayonnement principalement local et des usages métropolitains lors d’événements. Cette polyvalence exige une gestion fine des flux et une concertation continue avec les communes riveraines, afin d’équilibrer accueil du public, préservation écologique et lecture patrimoniale.

Interfaces urbaines et services écosystémiques. Dans le gradient entre milieux urbains denses et franges plus rurales de la Plaine de France, la Poudrerie agit comme zone tampon : atténuation des îlots de chaleur, infiltration et filtration, refuges de biodiversité, bien-être. Le maintien de zones de quiétude non ouvertes au public, conjugué à des liaisons douces structurées, constitue un levier pour préserver les fonctionnalités écologiques sans renoncer à l’accueil d’un large public.

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Histoire

Origines et Fondation

L’Empereur Napoléon III

La poudrerie impériale de Sevran-Livry, créée par décret en décembre 1865 sous le règne de Napoléon III, constitue un jalon majeur de l’industrie nationale des poudres. Conçue en 1867 par l’ingénieur Gustave Maurouard, elle répond à un double objectif : consolider le monopole d’État des poudres de commerce et inscrire cette production stratégique dans un mouvement de modernisation et de centralisation des industries sensibles.

Le choix du site s’explique par une combinaison de sécurité et de logistique : desserte fluviale par le canal de l’Ourcq et ferroviaire par la ligne de La Plaine à Hirson et Anor, et éloignement suffisant des bourgs de Sevran et de Livry-Gargan (au-delà de deux kilomètres) pour satisfaire les exigences de sûreté liées aux fabrications et au stockage d’explosifs.

Les travaux débutent en 1868, interrompus par la guerre franco-allemande de 1870. La mise en service intervient en 1873. L’établissement se singularise très tôt par l’adoption de la vapeur comme énergie motrice (une avancée déterminante par rapport aux entraînements hydrauliques) qui accompagne un saut technologique dans l’outillage, la continuité des cadences et l’organisation de la sécurité.

Dès l’origine, l’usine s’ordonne selon un plan en éventail structuré par un axe nord-sud : bâtiments disposés en demi-cercle autour d’un moteur central, séparation fonctionnelle des ateliers et cloisonnement des zones à risque. Le site produit des poudres de commerce et devient un lieu d’essais et d’innovations pour de nouvelles substances propulsives et explosives, dans le sillage des progrès de la chimie et de la balistique de la fin du XIXᵉ siècle.

Début XXᵉ siècle et Première Guerre mondiale

Au tournant du XXᵉ siècle, la poudrerie de Sevran-Livry s’affirme comme centre d’innovation et de production à grande échelle. La montée en puissance est nette dès 1914 : pendant la Première Guerre mondiale, l’établissement devient un site stratégique de l’effort national, mobilisant plus de 3 200 ouvriers et concentrant la production de poudre B (poudre sans fumée à base de nitrocellulose) destinée à l’armement. La logistique combinée rail-canal absorbe les flux de matières premières et facilite l’expédition, tandis que l’organisation en ateliers spécialisés et l’isolement des zones dangereuses soutiennent la continuité d’activité dans un contexte de forte contrainte.

Seconde Guerre mondiale

L’entre-deux-guerres s’accompagne d’une réduction d’activité, mais la montée des tensions internationales relance, dès 1937, les fabrications de poudres d’armement. Cette progression se poursuit jusqu’en mai 1940, date de l’occupation du site. La société allemande Firma Buck s’y installe à des fins militaires.

Une reprise partielle de productions civiles est organisée en 1941 sous l’autorité de Louis Médard, avant d’être rapidement interdite par l’occupant. À l’été 1944, le personnel s’implique dans la Résistance en fabriquant clandestinement des explosifs ; le site est libéré le 26 août 1944, refermant une séquence où la poudrerie aura conservé un rôle industriel et symbolique déterminant.

Réforme et fermeture

Après la Libération, en 1945, l’établissement reprend des fabrications à usages militaires et civils sous la direction rétablie de Louis Médard. Les années 1950 voient un rebond sur certains segments (notamment les cartouches de chasse) et la poursuite de recherches et d’essais sur poudres propulsives et explosifs. Fin 1951, les effectifs hors laboratoires atteignent 658 personnes, témoignant d’un niveau d’activité encore significatif.

Le traité de Rome (1957) et la réforme du Service des poudres engagent une restructuration nationale. La fermeture programmée de la poudrerie de Sevran-Livry s’inscrit dans ce mouvement : les productions propulsives et les propergols pour moteurs-fusées sont transférés vers Bergerac, Saint-Médard-en-Jalles et Pont-de-Buis, tandis que les laboratoires rejoignent le Centre de recherches du Bouchet (Essonne).

De 1969 à 1971, les installations cessent progressivement leurs activités, à l’exception du laboratoire de la Commission des substances explosives, qui poursuit jusqu’en 1973. À cette date, un siècle après la mise en service de l’usine, les dernières fonctions résiduelles sont déplacées vers le Centre d’études et de recherches des Charbonnages de France à Verneuil-en-Halatte.

René Amiable, dernier directeur et fondateur du musée, avec l’appui de l’historien Jean Astruc et d’acteurs locaux, se mobilise alors pour sauvegarder le territoire boisé (environ 137 hectares) et les vestiges les plus significatifs : bâtiments rescapés et éléments de l’ancienne chaîne d’entraînement mécanique (arbres de transmission autour du moteur central). Cette action prépare, dans les décennies suivantes, la reconversion en parc forestier, préservant une trame paysagère et technique unique où l’héritage industriel demeure lisible dans l’organisation des lieux.

Biodiversité et écosystèmes

Le Parc forestier de la Poudrerie réunit, dans un périmètre relativement contraint, un ensemble de milieux naturels complémentaires qui expliquent sa valeur écologique élevée en contexte urbain dense. La présence d’un réseau de zones humides, de boisements à forts diamètres, de clairières et de lisières diversifiées, ainsi que la proximité fonctionnelle du canal de l’Ourcq, installent un mosaïque d’habitats dont les continuités écologiques dépassent les seules limites du parc. Cette configuration, héritée de l’histoire industrielle du site et des opérations de reboisement et de reconversion, fonde à la fois la richesse spécifique observée et la sensibilité des équilibres écologiques aux usages contemporains.

Cadre écologique de référence

L’aire du parc s’inscrit dans un dispositif de protections et de reconnaissances écologiques qui structurent la gestion au quotidien. Le site classé (loi de 1930) vise la préservation du caractère pittoresque et de la composition historique, avec des effets collatéraux positifs sur les habitats.

Le parc est en outre intégré depuis 2006 au site Natura 2000 multisites de Seine-Saint-Denis (1157 ha, 15 parcs et forêts), dont l’objectif principal est la conservation d’une douzaine d’espèces d’oiseaux devenues rares en Europe. Il est également concerné par deux ZNIEFF : type 1 « Parc forestier de Sevran, Bois de la Tussion et Bois des Sablons » et type 2 « Massif de l’Aulnoye, Parc de Sevran et Fosse Maussoin ». Les inventaires ANCA (12/2022) proposent une évolution du contour de la ZNIEFF de type 1 et soulignent l’importance conjointe des cortèges forestiers et de ceux inféodés aux milieux aquatiques et humides.

Typologie des milieux et structure des habitats

La structure écologique du parc repose sur une trame forestière continue à laquelle s’agrègent des milieux ouverts et humides. Le boisement principal, composé de strates d’âges variés, offre une canopée haute générant des gradients lumineux et des micro-habitats favorables à la nidification des pics et au cortège d’oiseaux forestiers.

Les clairières et prairies, souvent héritées d’anciennes emprises d’ateliers ou alignées sur des axes historiques, apportent une composante herbacée et entomologique utile à l’alimentation de l’avifaune et des chiroptères.

Les mares, fossés, suintements et plans d’eau, en liaison plus ou moins directe avec le canal de l’Ourcq, dessinent un filet hydrologique interne jouant un rôle de nurserie pour l’herpétofaune et de halte pour certaines espèces en transit. Ce maillage aquatique a une origine industrielle (pièces d’eau et mares alimentées par les écoulements et la condensation des machines, avec exutoire vers le canal) et explique en partie la valeur actuelle des zones humides.

Les lisières diversifiées, en contact avec les quartiers riverains, forment enfin des transitions écotones où la flore des bords de chemin et le buissonnement fournissent abris et ressources trophiques.

Fonctions écologiques et services écosystémiques

La combinaison de grands arbres, de bois mort, d’îlots de quiétude et d’un réseau d’eaux calmes offre un panel de fonctions écologiques rarement réuni en première couronne. Sur le plan microclimatique, la canopée et les strates arbustives contribuent à modérer les températures et à améliorer le confort d’usage en période estivale.

D’un point de vue hydrologique, les zones humides et les sols forestiers favorisent l’infiltration, la décantation des matières en suspension et la restitution progressive des eaux, ce qui limite localement les ruissellements. L’ensemble participe à des services rendus aux habitants (bien-être, loisirs de nature, pédagogie environnementale).

Avifaune

La richesse ornithologique du parc s’explique par l’articulation de trois familles d’habitats déterminants.

— Milieux aquatiques et rivulaires : accueil du martin-pêcheur d’Europe, espèce sensible au dérangement et à la turbidité.

— Boisements à forts diamètres : présence de cavités, chandelles et bois mort permettant l’installation et la reproduction de pics forestiers recherchés, dont le pic mar et le pic noir.

— Clairières, prairies et lisières : diversification des passereaux, zones de gagnage et de repos en marge des axes internes.

La présence de ces espèces indicatrices impose un calage saisonnier des interventions d’entretien et de sécurité, ainsi qu’une maîtrise des usages sur les secteurs de quiétude identifiés.

Chiroptères, herpétofaune et entomofaune

La présence de chiroptères est attestée par des indices matériels relevés dans certains bâtiments et ouvrages historiques (guano, restes d’insectes, indices de gîtes), avec un potentiel d’accueil déjà signalé par les ZNIEFF 2011-2012. L’accès restreint de certains édifices a toutefois limité la détermination spécifique, ce qui appelle des inventaires complémentaires.

Les milieux humides internes et périphériques abritent une herpétofaune typique des mares et fossés, dont la diversité dépend de la qualité de l’eau, de la connectivité entre points d’eau et du maintien d’une végétation rivulaire diversifiée.

L’entomofaune, liée aux prairies et aux ourlets ensoleillés, bénéficie de la gestion différenciée des fauches et de la présence de zones refuges non fauchées en période de reproduction.

Flore, boisements matures et bois mort

Les composantes floristiques reflètent l’histoire des plantations, des recolonisations naturelles et des successions secondaires. Les peuplements arrivés à maturité présentent des diamètres et des volumes suffisants pour constituer des habitats d’intérêt pour les espèces cavernicoles et saproxyliques ; le maintien d’un volume de gros bois et de bois mort, compatible avec la sécurité des usagers, demeure une condition écologique majeure.

La flore des zones humides, berges et suintements participe à la filtration/épuration et structure des cortèges d’intérêt à l’échelle locale. Des lisières stratifiées privilégiant des arbustes indigènes assurent une ressource mellifère et fruitière étalée dans le temps.

Continuités écologiques et connectivité

Le parc occupe une position charnière dans les continuités écologiques de la plaine. Le canal de l’Ourcq fonctionne comme axe de dispersion et de déplacement pour l’avifaune, les chiroptères et certains invertébrés (cf. Géographie – Rôle régional et interfaces).

Les liaisons vers la forêt régionale de Bondy, vers les franges boisées à l’est et, plus largement, vers les parcs et espaces ouverts voisins, limitent l’isolement écologique du site. La qualité de ces corridors tient autant à la perméabilité des ouvrages et interfaces (ponts, talus, pieds d’infrastructures) qu’à une gestion soignée des lisières et des traversées piétonnes/cyclables.

Pressions, vulnérabilités et facteurs de perturbation

La fréquentation soutenue, valorisée au regard des objectifs sociaux du parc, constitue une pression à organiser. Le piétinement des sous-bois, la création de trajets informels et la circulation de cycles hors des parcours prévus fragilisent certains habitats.

Dans les milieux humides, perturbations de berges, matières en suspension et micro-pollutions dégradent les habitats de reproduction et d’alimentation. Les dérangements en période de nidification, particulièrement sensibles pour les espèces phares, nécessitent itinéraires alternatifs, jalonnements et signalétique temporelle.

Les espèces exotiques envahissantes (contextes ripariens et friches urbaines) constituent un facteur de banalisation à contenir par des interventions régulières, ciblées et suivies.

Enfin, la sécurité des usagers, qui impose des coupes de sécurité, doit être conciliée avec le maintien de bois mort et d’arbres à cavités.

Orientations de gestion écologique

Les axes d’action prioritaires, tels qu’ils ressortent de l’état des lieux et des documents de référence, se concentrent sur des mesures simples, récurrentes et évaluables :

  • Zones humides : entretien des mares et fossés, restauration de berges végétalisées, maîtrise de la turbidité.
  • Quiétude biologique : définition de fenêtres saisonnières, mises en défens temporaires de linéaires sensibles, jalonnement des itinéraires et adaptation de la programmation événementielle.
  • Boisements matures : maintien de gros bois et d’arbres à cavités avec hiérarchisation des sujets à conserver ; zones de rétention de bois mort au sol compatibles sécurité.
  • Milieux ouverts : fauche tardive et conservation de zones refuges pour soutenir entomofaune, chiroptères et avifaune.
  • EEE : surveillance régulière, arrachages ciblés et suivi des résultats.

L’ensemble de ces mesures s’articule avec les objectifs écologiques, la lecture patrimoniale des axes historiques et les exigences d’accueil du public, en cohérence avec les statuts de protection.

Transformation, usages, classement et labélisation

1973–1977 : Fermeture de l’usine et promesse d’un parc

En 1973, la Poudrerie nationale de Sevran-Livry cesse ses activités industrielles. Le vaste site, ponctué d’ateliers, d’étangs techniques et de merlons (buttes anti-déflagration), devient un espace à risques, interdit au public. L’État arbitre rapidement : le 13 septembre 1974, un arbitrage interministériel retient la création d’un grand espace vert ouvert aux habitants. Le 24 décembre 1975, un décret en Conseil des ministres acte la création d’un « parc national forestier » sur les parties boisées de l’ancienne poudrerie. Le foncier demeure propriété de l’État (transfert du ministère des Armées vers celui de la Qualité de la Vie) et une convention du 18 juin 1976 confie la gestion à l’Office national des forêts (ONF).

La transition est décisive : dépollution, démolition de plusieurs centaines de bâtiments industriels vétustes et potentiellement dangereux, sécurisation. À l’été 1976, environ 300 constructions sont rasées. Sur les emprises dégagées, pelouses et replantations reconstituent la matrice forestière ; les anciens alignements d’ateliers laissent place à des clairières. Quelques bâtiments sont conservés en vue d’usages futurs, d’autres partiellement démolis, d’autres enfin restent en attente de projet. Dès 1977, une première portion du parc ouvre : l’usine close amorce sa transformation en vaste espace de nature et de promenade, et la promesse d’un parc public s’engage, avec l’enjeu d’articuler mémoire industrielle, renaturation et futurs usages.

1977–1994 : Ouverture complète et premiers équilibres

Les années suivantes installent un triptyque « accueillir, entretenir, raconter ». En 1982, le parc est entièrement ouvert dans son périmètre actuel. La même année, l’ancien magasin au salpêtre devient un musée technique des poudres et de l’armement (cf. Le Musée de la Poudrerie). Parallèlement, l’ONF conduit une reconquête verte : reboisements, pelouses entretenues, élargissement d’allées en prairies selon les usages. La trame arborée recouvre peu à peu la topographie industrielle (fondations, canaux, merlons), tout en conservant la lisibilité des grands axes du XIXᵉ siècle.

Côté habitants, les usages se structurent. Dès 1980 naît l’Association des usagers du parc, future Association des Amis du Parc, qui fédère visites guidées, expositions, promenades nature et médiations. Cette parole citoyenne complète la gestion forestière : besoins de propreté, questionnement sur certaines coupes, plaidoyer pour la sauvegarde des derniers témoins bâtis. Le parc devient à la fois lieu de promenade et support d’une mémoire industrielle locale.

La transformation se poursuit dans les années 1980 : démolitions des structures inutiles ou dangereuses. Environ 90 % du bâti historique disparaît ; subsistent une trentaine de bâtiments fonctionnels (ateliers, entrepôts, logements) et quelques ouvrages disséminés. Le remodelage — d’une usine dense vers une forêt-parc aérée — conserve les éléments structurants. À la fin de la décennie, un premier équilibre s’établit entre nature régénérée et patrimoine industriel minimal.

1994–2006 : Classement patrimonial, crise budgétaire et nouvelle gestion

Le 21 avril 1994, un décret classe le parc au titre de la loi de 1930 pour ses qualités historiques et pittoresques. Le classement consacre à la fois un reliquat de l’ancienne forêt de Bondy et les derniers témoins d’architecture industrielle du XIXᵉ siècle ; il implique une vigilance accrue sur les interventions lourdes (respect des axes, perspectives, masses boisées).

La fin des années 1990 connaît une crise de moyens : en 1995, la subvention spéciale à l’ONF est supprimée. Entretien et surveillance reculent ; propreté et bâti se dégradent. La mobilisation s’organise (associations, pétition de grande ampleur, délibérations municipales). En 1999, la gestion est transférée à l’Agence des espaces verts d’Île-de-France (AEV), qui prend aussi, en 2000, les bois de la Tussion et des Sablons pour une gestion cohérente. L’ambition demeure : accueillir un public croissant, préserver la mémoire du lieu et poursuivre la renaturation engagée vingt ans plus tôt. En 2006, le parc intègre le dispositif Natura 2000 (directive Oiseaux) au sein d’un site multi-sites départemental.

2006–2011 : Natura 2000 et passage de témoin au Département

Après l’entrée en Natura 2000, une transition de gouvernance s’opère. Dès 2010, l’AEV se désengage progressivement. Par convention tripartite, au 1ᵉʳ janvier 2011, la gestion opérationnelle est confiée au Département de la Seine-Saint-Denis, en partenariat avec la Région et l’État (le foncier demeurant à l’État).

S’ouvre une phase d’ingénierie quotidienne sur un site classé unique en Seine-Saint-Denis : concilier usages croissants et préservation, canaliser circulations douces et VTT sans dénaturer le lieu, sécuriser les ruines sans en altérer la valeur, entretenir fossés, mares et lisières, arbitrer le sort des bâtiments (conservation, transformation, déconstruction) avec les services de l’État.

2012–2019 : Stabiliser, raconter, reconnaître

La décennie suivante consolide les atouts du parc. Le Musée de la Poudrerie, pivot culturel installé dans l’ancien magasin reconverti, poursuit sa mission. Les associations d’usagers développent les médiations (animations nature, visites historiques, accueil scolaires). Les inventaires naturalistes se précisent ; la présence de chiroptères dans certains bâtiments impose diagnostics et précautions avant rénovation.

En 2017, une convention de délégation de gestion conforte le Département comme gestionnaire, entérinant l’accord État–Région–Département. La coexistence avec d’autres gestionnaires perdure : le canal de l’Ourcq, propriété de la Ville de Paris, requiert des coordinations spécifiques (berges, signalétique, franchissements). Cette pluralité impose une vigilance pour préserver l’unité d’ensemble.

En 2019, la Région Île-de-France classe plusieurs arbres remarquables (deux séquoias géants sur la perspective Dautriche/Maurouard, chênes « doublettes », un peuplier noir très incliné, un orme champêtre isolé). La sylviculture évolue : la canopée est traitée comme un patrimoine à part entière (port libre, renouvellement naturel raisonné, prise en compte du changement climatique, gestion du bois mort). Le patrimoine naturel prend ainsi toute sa place aux côtés du patrimoine historique.

2019–2024 : Vers une protection étendue ?

À partir de 2019, l’extension du site classé revient au premier plan afin de recoudre des lisières restées hors du périmètre de 1994 (portes historiques, anciennes emprises bâties). En février 2019, la parcelle de l’ancienne porte de la Marine (sud-ouest) et la parcelle Dautriche (nord) sont inscrites sur la liste indicative des sites à classer. Le CGEDD émet un avis favorable en 2021 ; le dossier technique est élaboré en 2022-2023 ; une enquête publique est programmée en 2024. L’extension proposée (≈ 12 ha : 3,5 ha à Livry-Gargan, 8,5 ha à Sevran) porterait le total classé à ≈ 128 ha, parachevant la protection et assurant une continuité paysagère et de gestion.

La diversité des propriétaires explique la progressivité du processus : cœur historique propriété de l’État (ministère de l’Écologie) géré par le Département ; canal de l’Ourcq relevant de la Ville de Paris ; ancienne caserne nord réhabilitée en résidence sociale ; pavillon de lisière sud privé ; parcelles autour du musée appartenant au ministère des Armées, certaines en cession à l’EPF. Chaque secteur requiert conventions dédiées, calendriers alignés et diagnostics, d’où une extension conduite par étapes concertées.

Parallèlement, les attentes locales s’aiguisent : piétinement hors allées, sentiers informels, intrusions de vélos, assèchement saisonnier de mares, dépôts sauvages à certaines entrées (porte de la Marine). Les bénévoles demandent périodes de quiétude, balisage renforcé, restauration écologique des berges et études faunistiques préalables aux travaux sur le bâti. La gestion départementale ajuste en retour : entretien différencié, hiérarchisation des cheminements, calibrage des coupes de sécurité. En jeu : concilier biodiversité et accueil, à l’aube d’un périmètre étendu et d’une gouvernance clarifiée.

Le Musée de la Poudrerie : mémoire vivante de l’usine

Créé en 1982, le Musée de la Poudrerie est la pièce maîtresse de la mise en valeur historique du site. Installé dans l’ex-magasin au salpêtre, il retrace plus d’un siècle d’épopée industrielle à Sevran-Livry. Né à l’initiative de quatre acteurs — René Amiable (dernier directeur), Jean Astruc (historien local), Marius Bœuf et Suzanne Rigal-Herbin — il devient en 1990 le Musée technique des poudres et de l’armement. Le parcours, en plusieurs salles, présente la fabrication des poudres et explosifs et l’évolution des technologies, de la poudre noire à la poudre B (1884, Paul Vieille) puis aux propergols solides, ainsi que des focus sur les poudres propulsives et les cartouches de chasse.

Le parcours consacre aussi une section aux ouvriers (vie quotidienne, métiers, risques) et traite du fort de Vaujours, site voisin historiquement lié à des essais de missiles utilisant des explosifs produits à Sevran. Machines, outils, maquettes et archives restituent l’ambiance de la manufacture et rappellent l’importance stratégique du site pour la défense nationale.

En 2019, le musée et des bâtiments historiques voisins bénéficient de plus de 200 000 € via le Loto du Patrimoine (programme Stéphane Bern) et la Fondation du Patrimoine : mise en sécurité de l’ancien magasin de poudres, restauration d’un laboratoire, rénovation d’un hangar emblématique. En parallèle, le Département et la Fondation lancent un appel aux dons pour les édifices en péril. Cette mobilisation, destinée à prévenir la ruine de structures du XIXᵉ siècle et à valoriser ce patrimoine, permet au musée de poursuivre sa mission de transmission de la mémoire ouvrière et technique au cœur du parc.

Gestion et gouvernance du parc : une gestion complexe et perfectible

1975–1995 — Un modèle ONF sous soutient de l’État, puis rupture de financement

Depuis sa création, la gestion du Parc forestier de la Poudrerie a alterné avancées et reculs, à l’image d’un statut et de financements complexes. De 1975 à 1995, l’ONF assure l’aménagement et l’entretien grâce à une ligne budgétaire de l’État. La suppression de cette subvention en 1995 plonge le parc dans l’incertitude et suscite une forte mobilisation des usagers et des élus. En 1999, l’intervention conjointe de la Région Île-de-France et de l’AEV stabilise la situation : la Région finance intégralement les investissements et 40 % du fonctionnement ; le Département et l’État complètent. Ce plan, jugé indispensable, transfère la gestion quotidienne à l’AEV avec des moyens renforcés. Pierre-Charles Krieg, alors président de l’AEV, en souligne le caractère impératif pour la conservation du site.

1999–2011 — AEV : remise à niveau sans pilote stratégique unique

Les années 2000 cherchent un modèle de gouvernance pérenne. En 2004, l’Association des Amis du Parc publie Le Patrimoine bâti rénové et adopte deux motions en assemblée générale (février 2004) :

  1. réhabiliter le patrimoine bâti dans un plan global et cohérent (idée d’un comité de pilotage proposée dès octobre 1999) ;
  2. créer rapidement une structure opérationnelle dotée d’un réel pouvoir décisionnel.

En 2008, l’association adresse une lettre ouverte aux élus : elle demande une cellule de pilotage avec budget propre et personnel sur site (entretien, gardiennage), un schéma directeur à dix ans (projet d’ensemble, programmation d’investissements, répartition des rôles) et une gouvernance clarifiée, la fréquentation annuelle dépassant alors le million de visites. Malgré la remise à niveau conduite par l’AEV, aucun dispositif stable et lisible n’est instauré.

La fin des années 2000 voit évoluer le contexte institutionnel : la pérennité de l’engagement de l’AEV est questionnée ; le Département de la Seine-Saint-Denis se projette à nouveau dans un rôle de premier plan ; l’AEV amorce un retrait progressif à Sevran (cf. IV pour la transition). Reviennent les interrogations : sans AEV, quel portage ? Retour à un pilotage départemental ? Qui défend le dossier à l’échelle régionale ? Ces incertitudes révèlent l’absence d’un statut adapté (établissement public dédié ou syndicat mixte) pour ancrer la gestion dans la durée.

2011–2016 — Département gestionnaire : conventions et angles morts

Pour pallier la fragilité de la gouvernance, l’idée d’un syndicat mixte émerge au début des années 2010, avec le Département en chef de file aux côtés de la Région et des communes. Le projet n’aboutit pas. Depuis 2011, la gestion repose sur des conventions tripartites renouvelées (État propriétaire, Département gestionnaire, Région financeur) — montage peu lisible pour le public.

Parallèlement, le parc s’inscrit dans les politiques territoriales. À l’échéance du CPRD 93 (2013), la nécessité d’investissements dédiés est soulignée. En 2014, un Conseil des usagers examine une étude de pré-programmation (A&C) esquissant un pôle « nature–culture–mémoire » articulant patrimoine bâti et naturel ; des arbitrages restent à trancher entre fonctions patrimoniales (musée, expositions) et animations (sport, loisirs). Dans le CDT Est Seine-Saint-Denis soumis à enquête mi-2014, le parc est intégré à un arc paysager le long du canal de l’Ourcq. L’Autorité environnementale demande de renforcer continuités écologiques et liaisons vertes (via SDRIF et PLU), consacrant le rôle structurant du site dans la trame verte du nord-est parisien.

2016 — Pétition « Parc en danger » : seuil d’alerte et conditions d’action

En 2016, l’Association des Amis du Parc forestier de la Poudrerie (APFP) estime que le parc est « en danger » et porte une pétition demandant :

  1. que l’État n’abandonne pas le seul site classé qu’il possède en Seine-Saint-Denis et s’engage très rapidement à des actions de sauvegarde du patrimoine naturel et bâti, ainsi que du patrimoine poudrier ;
  2. qu’une solution pérenne de gestion soit enfin trouvée, intégrant la Région Île-de-France et le Département ;
  3. que les partenaires associatifs œuvrant à la préservation et à l’animation de cet espace naturel soient associés à la gouvernance du parc.

Cette mobilisation, soutenue par de nombreux acteurs locaux et plusieurs associations de protection de l’environnement, réactive le débat sur le pilotage, la programmation d’investissements et la participation des usagers.

Enjeux et défis actuels

Patrimoine naturel : milieux, fréquentation et continuités écologiques

Espace vert majeur en zone dense, le parc paraît exposé à une surfréquentation et à des incivilités susceptibles d’affecter les milieux : piétinement des sous-bois, tassement des sols, érosion locale de merlons, dérangements faunistiques. Les circulations VTT hors sentiers et la piste cyclable interne interrogent, pour certains tronçons, la compatibilité avec les objectifs de conservation (cf. chap. III). Les moyens de surveillance et de gardiennage semblent, à ce stade, parfois en deçà des usages.

Des ajustements opérationnels pourraient possiblement être envisagés : fenêtres de quiétude saisonnières, mises en défens temporaires, gestion différenciée des prairies et lisières, jalonnement plus lisible et médiation renforcée sur les périodes de nidification et la fragilité des berges/mares (cf. chap. III §9). Une articulation plus fine entre animations et périodes écologiques clés limiterait les conflits d’usages.

À l’échelle intercommunale, la fragmentation urbaine et la discontinuité de certaines lisières pourraient amoindrir la connectivité avec d’autres parcs de la trame départementale. Interfaces routières (notamment N3), zones urbanisées adjacentes et franchissements limités constituent des points de friction pour avifaune, chiroptères et herpétofaune. Des mesures sur la perméabilité des ouvrages, la consolidation des lisières et un maillage de micro-habitats le long des liaisons douces paraissent pertinentes (cf. chap. I §4–5 ; chap. III §7).

Dans un contexte de changement climatique, la fonction de corridor vers le canal de l’Ourcq et la forêt de Bondy gagnerait à être consolidée : restaurations de berges végétalisées, entretien mares/fossés avec maîtrise de la turbidité, suivis hydrologiques et faunistiques partagés (cf. chap. III).

Patrimoine bâti

Malgré des restaurations ponctuelles, une part du bâti du XIXᵉ siècle demeure en situation préoccupante. Des constats de forte dégradation sont régulièrement évoqués pour le pavillon Dautriche, avec une complexification probable des opérations de rénovation au fil du temps. Les arcs de transmission de l’ancienne salle des machines et l’atelier du groupe XI semblent, eux aussi, requérir des mesures conservatoires rapides afin d’éviter des pertes irréversibles, des chantiers complémentaires, même sans ouverture systématique au public, pourraient s’avérer nécessaires pour stabiliser l’ensemble.

La pérennité du Musée de la Poudrerie appelle une attention continue. Un démantèlement, une réduction de périmètre ou une mise en sommeil prolongée affaibliraient la transmission scientifique et technique portée par les collections et par l’implantation in situ. La valeur du site réside aussi dans un patrimoine immatériel qui associe mémoire ouvrière, culture de sécurité industrielle, récits militaires et innovations technologiques. À défaut d’une médiation suffisamment visible et durable, il est à considérer que l’appropriation par le grand public puisse s’éroder progressivement, d’où l’intérêt de renforcer les parcours interprétatifs et de consolider une médiation scientifique.

Une approche intégrée du couple patrimoine naturel et patrimoine industriel pourrait être recherchée. Des audits partagés, associant expertise écologique et expertise du bâti, paraissent de nature à hiérarchiser les urgences, à ordonnancer les investissements et à faciliter la recherche de financements croisés.

Lisières, pressions foncières et interfaces urbaines

Certaines lisières (ex. ancienne porte de la Marine) semblent affectées par des dépôts sauvages (gravats, encombrants), avec effets possibles sur l’esthétique et les habitats de bordure. Des coopérations intercommunales accrues pour la collecte, des dispositifs dissuasifs ciblés et une sensibilisation des riverains paraissent indiqués. Le développement de liaisons douces vers Sevran, Livry-Gargan, Villepinte et Vaujours améliorerait accessibilité, sécurité et trame verte (cf. chap. I).

La pression immobilière en frange ne peut être écartée. Elle pourrait se manifester jusqu’en extrême limite du parc et, ponctuellement, en son sein sur des zones non classées ou non inscrites (cf. chap. IV). Une vigilance particulière semblerait souhaitable afin d’éviter empiètements et ruptures de continuités ; un recousage des lisières, articulé aux évolutions de classement, pourrait être étudié avec les services compétents.

Des interventions légères et réversibles aux interfaces (végétalisation des pieds d’ouvrages, franchissements plus perméables, seuils d’entrée mieux caractérisés) amélioreraient la perception et la fonctionnalité écologique des bords, avec des coûts maîtrisés.

Gouvernance, financement et démocratie environnementale

La coordination intercommunale demeure centrale. La présence de quatre communes peut induire, si les circuits de décision ne sont pas stabilisés, des approches segmentées et des initiatives peu concertées (ex. projet de théâtre en lisière côté Sevran). Tant que gouvernance et financements ne sont pas pleinement pérennisés, un risque de dispersion des efforts ne peut être exclu. Une participation plus élevée du public pourrait évoluer d’une consultation vers une co-décision outillée. Cette démarche semble de nature à favoriser acceptabilité et mise en œuvre apaisée.

La transmission de l’histoire et de la mémoire constitue un volet de gouvernance à part entière. Un affaiblissement de la médiation risquerait d’entamer la compréhension d’un site héritier d’une histoire militaire et industrielle. Le maintien d’un socle muséal visible, des formats pédagogiques adaptés et l’intégration de cette dimension dans les arbitrages d’aménagement paraissent utiles pour éviter une érosion du patrimoine immatériel.

Perspectives d’Avenir restreintes

Les trajectoires de développement demeurent contraintes par la superposition d’enjeux écologiques, patrimoniaux et d’usages, et par une gouvernance multi-acteurs exigeant des arbitrages continus.

Anciens projets « CD 40 »

Un projet départemental dit RD 40 envisageait d’amputer le périmètre forestier pour relier plus rapidement Tremblay-en-France à la RN 3, avec un trafic accru de poids lourds et une perte d’hectares boisés. La contestation locale a été forte. En 2008, la communication du Conseil général met en avant l’achèvement de la RD 40 Tremblay–Villepinte (six ans de travaux au service du Parc des Expositions de Villepinte), en promouvant une « urbanité dense et durable ». La lecture des plans a été perçue comme ouvrant, à terme, la voie d’éventuelles extensions vers la RN 3. Si cette perspective s’est depuis éloignée, elle illustre la vulnérabilité récurrente du parc face aux logiques d’infrastructures lourdes.

Ancien Schéma directeur d’aménagement du Parc régional des coteaux de l’Aulnoye

L’avenir du parc de la Poudrerie a été balisé par plusieurs initiatives stratégiques de l’Agence des espaces verts (AEV), lorsqu’elle en assurait la gestion. Ces orientations sont documentées dans les études et rapports suivants :

  • « Devenir du Parc national forestier de la Poudrerie de Sevran, vers une charte de l’environnement, étude préalable – phase diagnostic » (mai 2000) ;
    • « Devenir du Parc national forestier de la Poudrerie de Sevran, vers une charte de l’environnement, stratégie – synthèse des groupes de travail » (juin 2000) ;
    • « Parc régional des Coteaux de l’Aulnoye, schéma directeur d’aménagement, scénarios et priorités. Parc national forestier de la Poudrerie de Sevran, forêt régionale de Bondy » (novembre 2001) ;
    • Étude « sécurité – tranquillité » du Parc national forestier de la Poudrerie de Sevran, par l’IAURIF (juin 2005).

Ces documents structuraient le développement du parc autour de deux axes « nature et culture » :

  1. Vocation naturelle. Inscrit au cœur d’une trame verte locale et régionale, le parc devait renforcer les liaisons écologiques avec la forêt de Bondy, le parc du Sausset, le canal de l’Ourcq, le parc des Sœurs, etc., et s’intégrer au projet de parc régional des Coteaux de l’Aulnoye.
  2. Vocation sociale et culturelle. Une stratégie d’« environnement / développement social » d’ancrage local était envisagée : maison de l’oiseau, maison des abeilles, et développement d’activités culturelles événementielles.

Les projets mentionnés se divisaient en deux catégories :

– l’intégration du parc au futur parc régional des Coteaux de l’Aulnoye ;
– les actions dans son périmètre immédiat (requalification des limites et accès, hiérarchisation des déplacements, activités à développer).

Sevran, Vaujours, Villepinte, Livry-Gargan et Paris (propriétaire des emprises du canal) avaient chacune formulé des projets urbains et/ou paysagers visant à développer les liaisons — en particulier douces — entre le parc et son contexte urbain ou les parcs voisins :

  • Réseau vert le long du canal (Sevran, Paris, Département de la Seine-Saint-Denis) ;
    • Mail planté entre le parc de Sevran et le parc des Sœurs (Sevran) ;
    • Transformation du chemin des Baliveau en boulevard urbain (Sevran) ;
    • Coulée verte entre le parc de la Poudrerie et la forêt de Bondy (Vaujours) ;
    • Projets de circulations douces dans le cadre du Plan de déplacements urbains d’Île-de-France et des liaisons inter-parcs (Villepinte).

Les communes formulaient aussi des projets de restructuration des espaces urbains adjacents, notamment pour améliorer l’accessibilité en transports en commun :

  • Réorganisation des abords de la gare de Sevran-Livry (parking, desserte, friche SNCF, etc.) — Sevran ;
    • Réorganisation des abords de la gare du Vert-Galant (parking, barreau de liaison porte du Vert-Galant) — Villepinte ;
    • Remaniement de la RD 44 (rue du Docteur Roux) avec création d’une nouvelle entrée place Dautriche et intégration d’un partage de la voirie (liaisons cyclables, piétonnes et transports en commun) ;
    • Réaménagement des berges du canal pour améliorer le confort des usagers, notamment des cyclistes.

2016 : Relance et groupe de travail interinstitutionnel

En 2016, l’État annonce 2 M€ pour la décontamination et la restauration de bâtiments ciblés. En parallèle, le Département affiche des ambitions socio-culturelles et sportives. Une fermeture symbolique du parc est organisée ; la Région met en place un groupe de travail associant le ministère de l’Environnement, le ministère des Armées, la Région Île-de-France, le Département de la Seine-Saint-Denis, les communes de Sevran, Livry-Gargan, Villepinte, Vaujours, l’AEV, l’Ineris, l’Association des Amis du Parc, ainsi que les EPT Paris Terres d’Envol et Grand Paris Grand Est.

2017-2018 : Nouveau projet de développement par le département

En décembre 2017, le Département, la Région, l’État et des EPT signent un programme quinquennal (8,5 M€ ; 1,9 M€ à la charge du Département). En 2018, 500 000 € sont engagés pour études et sécurisation. La gestion de l’emprise (≈ 173 ha) est transférée au Département sans limitation de durée ; les frais de fonctionnement sont partagés à parts égales par la Région et le Département (450 000 € chacun).

Parmi les bâtiments industriels du parc (en activité de 1873 à 1973), plusieurs doivent être réhabilités : bâtiment central de la poudrerie, forum, cartoucherie, conciergerie. Le Département envisage en outre de nouvelles activités, gratuites ou payantes, incluant des lieux de restauration et des offres culturelles. Enfin, des aménagements sont prévus au nord du parc, dont un nouveau parcours sportif et des aires de jeux.

2018 : Nouvelles incertitudes

En 2018, l’État (propriétaire) étudie une privatisation partielle de certains bâtiments historiques à des fins de rentabilisation, malgré l’opposition d’élus locaux. Parallèlement, le Département et le ministère des Armées lancent un appel à projets pour la valorisation des bâtiments.

  • Projets en cours et à venir : description des aménagements en discussion ou en réalisation.
    • Impacts sur le parc et ses abords : conséquences attendues sur l’environnement, la communauté locale et l’accessibilité.
    • Participation et réactions du public : réception par la population et modalités de participation au processus décisionnel.
    • Défis et opportunités : enjeux (changement climatique, pressions démographiques) et leviers (technologies vertes, démarches participatives).

La même année, la Région Île-de-France annonce un investissement de 2,5 M€ sur la période 2018-2022 pour :

  • révéler le patrimoine par la rénovation du bâti et sa valorisation auprès des usagers ;
  • ouvrir le parc sur la ville grâce à une meilleure signalétique et à une accessibilité renforcée ;
  • améliorer l’accueil du public par de nouveaux services ;
  • intensifier les usages, notamment aux franges du parc.

D’autres partenaires, dont l’État, le Département et plusieurs communes, sont associés au projet, pour un budget cible de 8,5 millions d’euros.

Préconisation en matière environnementales

À l’issue d’un inventaire faunistique réalisé en 2003-2004, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a émis plusieurs recommandations :

  1. La régulation de la fréquentation. Bien que de nombreux sentiers traversent le parc, les zones forestières restent facilement accessibles. La strate dominante est arborée et élevée, avec peu de sous-bois et de buissons. Promeneurs, utilisateurs de vélos tout-terrain et chiens tendent ainsi à quitter les sentiers, piétinent le sol, entravent la régénération naturelle et perturbent la faune. Des mesures correctives sont préconisées : créer des barrières naturelles et canaliser les flux sur des itinéraires définis, notamment par la plantation de buissons épineux (prunelliers, églantiers) dissuadant les usagers de s’écarter des allées.
  • L’accroissement de l’hétérogénéité des parcelles. La strate arborée, dominante et haute, manque d’une strate intermédiaire. Pour l’avifaune, une structure végétale plus variée favoriserait une plus grande diversité d’espèces. La diversité des essences est également cruciale : des périodes de fructification décalées diversifient les ressources alimentaires tout au long de l’année.

De nombreux talus (ou merlons) à l’ouest du parc. Nombre d’entre eux, dénudés et fortement utilisés par les cyclistes, devraient être soustraits à la fréquentation et revégétalisés afin de devenir des refuges pour la faune. Ces talus remplissent aussi une fonction hydraulique importante, en retenant les eaux et en limitant le ruissellement vers l’aval.

Conclusion

Le Parc forestier de la Poudrerie conjugue deux dimensions indissociables : un patrimoine naturel issu de la forêt de Bondy (boisements matures, mares, fossés, corridor du canal de l’Ourcq) et un patrimoine bâti et technique du XIXᵉ siècle (trame viaire, merlons, bâtiments rescapés, musée), auxquels s’ajoute un patrimoine immatériel fait de mémoire ouvrière, de savoir-faire et de récits militaires et industriels. Protégé au titre des sites classés (1994) et intégré à Natura 2000 (depuis 2006), le parc apparaît à la fois comme réservoir de biodiversité et témoin majeur de l’histoire industrielle locale.

Son emprise sur quatre communes — Sevran, Livry-Gargan, Villepinte et Vaujours — en fait un équipement intercommunal structurant. Cette multi-appartenance renforce son rôle dans les continuités écologiques et paysagères de la Plaine de France, mais suppose une coordination étroite entre l’État (propriétaire), le Département (gestionnaire), la Région et les villes riveraines, notamment pour les accès, la sécurité, la signalétique, les liaisons douces et l’entretien des lisières.

Plusieurs risques ont été identifiés ou évoqués : vulnérabilité d’éléments bâtis non restaurés (dont le pavillon Dautriche, pour lequel la rénovation semblerait se complexifier avec le temps), fragmentation urbaine et pertes de connectivité vers les autres parcs de la trame départementale, pressions foncières possibles en lisière et, ponctuellement, à l’intérieur des zones non classées ou non inscrites, gouvernance et financements encore à pérenniser, ainsi que fragilités muséales dont il conviendrait d’éviter tout démantèlement. À cela s’ajoutent les effets attendus du changement climatique sur les milieux humides et la canopée, et le risque d’une érosion du patrimoine immatériel si la médiation publique s’affaiblissait.

À ces conditions, la Poudrerie pourrait continuer d’articuler, au bénéfice des quatre communes et de leurs habitants, conservation patrimoniale, exigence écologique et accueil du public, tout en sécurisant ses valeurs matérielles et immatérielles à long terme.

Références

L’ARCHITECTURE (revue). Constructions ouvrières : « Les installations ouvrières à la poudrerie de Sevran-Livry » (mention dans tables/index – extrait).. 1918.

IAURIF (Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région d’Île-de-France). Parc forestier de la Poudrerie (site classé) : étude pilote « Sécurité-Tranquillité ». Paris : IAURIF, juin 2005.

DÉPARTEMENT DE LA SEINE-SAINT-DENIS. La Poudrerie nationale de Sevran-Livry : de la manufacture au parc forestier (brochure patrimoine). [Bobigny] : Conseil général de la Seine-Saint-Denis, 2010.

DÉPARTEMENT DE LA SEINE-SAINT-DENIS. Parc de la Poudrerie – Bois de Tussion : document d’objectifs (DOCOB) Natura 2000 (ZPS). Février 2011.

MARIN, Agnès. Chemin des Parcs : étude paysagère du site et de son contexte : tracé et principes (Sevran). [PDF]. Pour : Département de la Seine-Saint-Denis, décembre 2012.

Parc de la Poudrerie nationale de Sevran-Livry : histoire, sites et éléments remarquables : document pédagogique. [S. l.] : [s. n.], [s. d.].

LE PARISIEN. « 1 000 signatures pour sauver le parc de la Poudrerie ». Le Parisien [en ligne]. 18 avril 2016.

ALLEMAND, Raphaelle. Parc de la Poudrerie – Bois de la Tussion : Préservons l’avenir de notre patrimoine vert (pétition). Change.org [en ligne]. 5 avril 2016.

ASSEMBLÉE NATIONALE. Question écrite n° 12113 : « Avenir du parc de la Poudrerie » (Mme Clémentine Autain). Questions.assemblee-nationale.fr [en ligne]. Question publiée au Journal officiel le 18 septembre 2018 ; réponse publiée le 22 janvier 2019.

PRÉFET DE LA RÉGION D’ÎLE-DE-FRANCE ; DRIEAT ÎLE-DE-FRANCE (Direction régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports). Projet d’extension de classement du parc forestier de la Poudrerie ; projet d’inscription des cités-jardins du parc forestier de la Poudrerie (Livry-Gargan, Sevran, Vaujours, Villepinte – Seine-Saint-Denis) : rapport de présentation du dossier d’enquête publique. Avril 2024.

PRÉFET DE LA RÉGION D’ÎLE-DE-FRANCE ; DRIEAT ÎLE-DE-FRANCE (Direction régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports). Projet d’extension de classement du parc forestier de la Poudrerie ; projet d’inscription des cités-jardins du parc forestier de la Poudrerie (Livry-Gargan, Sevran, Vaujours, Villepinte – Seine-Saint-Denis) : annexes. Octobre 2024.

Travaux du Lac de Sévigné en 2025 : Atteintes environnementales, une « réhabilitation » précipitée ?

Depuis la mi-mai 2025, le lac de Sévigné, espace emblématique de Livry-Gargan, fait l’objet d’un chantier d’aménagement initié par la municipalité et présenté comme une « restauration des continuités écologiques ». À ce stade, les éléments disponibles (observations de terrain et documents publics) décrivent surtout une démarche paysagère (fermetures, plantations, réaménagements esthétiques) plutôt qu’une ingénierie fondée sur l’usage des riverains et livryens, des diagnostics naturalistes et citoyens, des objectifs environnementaux mesurables et un suivi indépendant.

Annoncé sans information publique préalable dédiée, le chantier est programmé sur un an et couvre l’ensemble du site. Ce tempo resserré est peu propice à une phase préparatoire approfondie ou à un pilotage écologique généralement recommandé pour des milieux relevant de la trame verte et bleue locale.

À la date de publication, aucune étude d’impact ni évaluation environnementale préalable n’a été rendue publique. Cette absence entretient l’hypothèse d’une opération portée par une logique « décorative » héritée de pratiques anciennes, plutôt que par une ingénierie des milieux fondée sur diagnostics, indicateurs et redevabilité. Elle nourrit des interrogations quant aux effets sur la biodiversité et au respect des principes de transparence et de concertation.

Périmètre temporel — Des documents et intentions existent depuis 2015 ; la présente analyse concerne la phase opérationnelle conduite en 2025. La notion de « précipitation » ne vise donc pas l’âge du projet, mais son calendrier d’exécution : calendrier compressé, absence de phasage écologique, interventions en période sensible, défaut d’étude d’impact rendue publique en amont. L’ancienneté de la gestation ne dispense pas des exigences d’ingénierie applicables au moment des travaux.

Une mise en œuvre hâtive, sans information préalable suffisante

Le chantier a débuté à la mi-mai 2025 dans une quasi-discrétion : fermeture complète du site, absence de communication publique claire et pas de concertation spécifique. Une inauguration s’est tenue le 17 mai, en présence du maire et de plusieurs élus, sans annonce formelle en amont. Habitants, riverains, associations et usagers se sont ainsi retrouvés mis devant le fait accompli.

Si l’objectif de requalification aurait pu être jugé louable dans un premier temps, la méthode interroge : un an de travaux couvrant l’ensemble du site, d’un seul tenant. Une telle stratégie du « tout, tout de suite » s’écarte des bonnes pratiques qui recommandent des interventions progressives et phasées, seules à même de préserver les équilibres des milieux (strates, habitats, cycles) et d’éviter des ruptures d’habitats préjudiciables aux espèces.

Des atteintes environnementales en pleine période sensible

Les interventions menées sur le patrimoine arboré constituent un point d’alerte majeur. Deux cèdres remarquables — un cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica) et un cèdre du Liban (Cedrus libani) — ont fait l’objet d’un élagage très sévère (suppression quasi totale des branches basses et intermédiaires, réduction importante du houppier). D’autres abattages ont été constatés, notamment à proximité immédiate du square Ahmed-Merabet.

Ces opérations ont été réalisées en pleine période de nidification (février–juin), alors que des espèces protégées fréquentent régulièrement le site. Au printemps 2025, des observations attestent la présence de cormorans (Phalacrocorax carbo) et d’un héron cendré (Ardea cinerea), utilisant ces arbres comme perchoirs et zones de repos.

Dans un tel contexte, la prudence s’impose : les articles L. 411-1 et suivants du Code de l’environnement interdisent toute perturbation intentionnelle d’espèces protégées sans dérogation préfectorale. À ce jour, aucune autorisation n’a été communiquée.

Par ailleurs, aucune étude d’impact environnemental ni notice d’incidences n’a été versée au débat local ; aucun diagnostic, aucune matrice d’impacts ni protocole de suivi n’ont été rendus publics. Cette carence nuit à la traçabilité des choix techniques et confirme l’orientation principalement « paysagère » du projet, en l’absence d’une démonstration des mesures Éviter-Réduire-Compenser (ERC) attendues pour des milieux sensibles.

Focus espèce — Le Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo)

Phénologie (Île-de-France) : nidification en colonies dès février–mars.
Statut : espèce protégée (arrêté ministériel du 29/10/2009) ; destruction de nids et perturbation interdites, sauf dérogation préfectorale dûment motivée.

Livry-Gargan — Lac de Sévigné : cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica), comparatif 2024–2025 ; à gauche, houppier étendu ; à droite, silhouette plus courte avec branches basses raccourcies.
Cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica), Lac de Sévigné (Livry-Gargan). Comparatif 2024–2025 : à gauche, état 2024 ; à droite, état 2025.
Cèdre du Liban (Cedrus libani), Lac de Sévigné (Livry-Gargan). Comparatif 2024–2025 : à gauche, état 2024 ; à droite, état 2025.

Tableau 1 — Cèdres : particularités botaniques et intérêt écologique
Espèce Particularités botaniques Intérêt écologique
Cedrus atlantica (cèdre de l’Atlas) Port conique puis tabulaire ; aiguilles bleu-vert Support possible de gros nids ; bonne résilience climatique
Cedrus libani (cèdre du Liban) Large houppier étagé ; feuillage vert franc Plateformes de repos pour grands oiseaux

Sensibilité des cèdres aux tailles. Ces conifères tolèrent mal les interventions sévères. La littérature horticole recommande des tailles légères, en saison de repos, sans excéder ≈ 20 % du volume foliaire. Focus — Cedrus atlantica supporte très mal les tailles drastiques : faible rejet après grosses coupes, risque fongique (champignons lignivores), baisse durable de photosynthèse et espérance de vie diminuée.

Tableau 2 — Lac de Sévigné (printemps 2025) : état initial / état après interventions
Point clé Situation avant Situation après (printemps 2025)
Houppier — Cedrus atlantica Dense, descendant jusqu’au sol Sections basses intégralement supprimées
Houppier — Cedrus libani Large houppier étagé Réduction drastique ; sommet seulement conservé
Nids de cormorans ≥ 7 couples Supposés détruits ou abandonnés

Effets immédiats.
— Perte d’au moins une saison de reproduction pour la colonie.
— Stress physiologique pour les deux cèdres (photosynthèse amputée ; portes d’entrée aux pathogènes).
— Diminution de la canopée locale ⇒ moindre rafraîchissement et captation de polluants.

Un déclassement silencieux d’un secteur à forte valeur écologique

En 2024, lors de l’adoption du PLUi, une séquence paysagère remarquable, auparavant identifiée dans l’ancien PLU et reprise dans plusieurs documents municipaux (dont l’Atlas de la biodiversité communale), a été déclassée. Cette requalification juridique, sans mesure de protection locale équivalente, est intervenue sans véritable débat public dédié.

Une telle évolution facilite des interventions plus lourdes, en l’absence d’un cadre écologique opposable et d’un suivi indépendant. Elle apparaît contradictoire avec l’ambition réaffirmée de faire du lac un refuge de biodiversité — d’autant que des documents municipaux successifs, ainsi que l’Agenda 2030 de Livry-Gargan, présentaient ce site comme un maillon central de la trame écologique locale.

Suppression des conifères en façade des anciennes eaux thermales en 2025

Livry-Gargan — Lac de Sévigné : montage comparatif du pin noir d’Autriche en parvis des anciennes eaux thermales ; à gauche, arbre présent (état antérieur) ; à droite, parvis en chantier sans l’arbre (2025).
Pin noir d’Autriche (Pinus nigra subsp. nigra), parvis des anciennes eaux thermales : avant (arbre présent) / après (octobre 2025, parvis en chantier).
Pin noir d’Autriche (Pinus nigra subsp. nigra), côté arrière du bâtiment sur berge : à gauche (2024) l’arbre est présent ; à droite (2025) la berge est en chantier et l’arbre n’est plus visible.

Concertation et partenariats : un écart entre discours et réalité

Le site bénéficiait depuis 2022 d’un refuge ornithologique, créé à la suite d’une proposition citoyenne (par des habitants désormais engagés dans Livry Participatif). Ce refuge a disparu des plans actuels, sans mesure de substitution ni suivi indépendant.

Dans le même temps, les communications municipales présentent la LPO comme partenaire du projet — assertion répétée lors de l’inauguration du 17 mai 2025 et dans le magazine municipal de juin 2025 (« Le projet a également été travaillé avec la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) »). Ce décalage entre communication institutionnelle et réalité opérationnelle fragilise la confiance et la crédibilité de la démarche.

Évolution du « refuge ornithologique » en 2024-2025

Maison de la Source (Lac de Sévigné) : dalles béton et parcelle minéralisée lors du chantier, août 2025.

Pour un véritable projet environnemental : des garanties nécessaires

L’ensemble des constats précédents (démarrage précipité, interventions arboricoles en période sensible, déclassement écologique, disparition du refuge ornithologique, absence d’étude d’impact et de suivi) souligne les limites d’un projet piloté par le paysager plus que par l’écologie de résultat.

Pour aligner le projet sur une ingénierie écologique robuste, plusieurs garanties seraient apparues comme indispensables :

  • Mesures in situ en cas d’impacts avérés : revégétalisation structurée, renforcement des strates arbustives, gestion douce des arbres remarquables, réactivation d’un refuge ornithologique identifié.
  • Transparence : publication des autorisations administratives, du calendrier détaillé, des diagnostics phytosanitaires et écologiques.
  • Diagnostics naturalistes complets : inventaires faune/flore multi-saisons, cartographie des habitats, identification des continuités écologiques.
  • Objectifs mesurables : indicateurs de diversité spécifique nicheuse, surfaces d’habitats fonctionnels, maintien/installation de micro-habitats (bois mort, cavités, strates arbustives).
  • Application rigoureuse d’ERC (« éviter – réduire – compenser ») : évitement en périodes sensibles, réductions in situ, compensations locales documentées.
  • Phasage écologique : interventions séquencées hors période de reproduction, gestion différenciée par zones, ajustements progressifs.
  • Suivi : protocole confié à un organisme tiers (associatif ou scientifique), indicateurs publics et bilans réguliers (T0, T1, T3).

Conclusion

Pourquoi parler de biodiversité en ville ?

En milieu urbain, chaque grand arbre constitue un micro-écosystème vertical : support potentiel de nidification, îlot de fraîcheur (ombrage, évapotranspiration), réservoir de carbone et filtre à particules. Fragiliser ou perdre un sujet âgé interrompt des chaînes d’interactions espèces–habitats dont l’effet cumulé dépasse la seule valeur paysagère.

Le lac s’inscrit dans la trame verte et bleue locale, c’est-à-dire la continuité des milieux (lisières boisées, berges, alignements) qui facilite les déplacements d’espèces et améliore le cadre de vie (ombrage, confort d’été). Présenté comme écologique, le projet du lac de Sévigné semble, dans sa mise en œuvre, largement paysager sans diagnostic, phasage et suivi. Faute d’étude d’impact rendue publique, de gouvernance ouverte et d’indicateurs mesurables, il risque de produire une requalification visuelle séduisante mais écologiquement appauvrissante.

Par ailleurs, si des documents d’intention existent depuis 2015, cela ne dispense pas, en 2025, d’un phasage respectueux des cycles biologiques, d’une évaluation environnementale accessible et d’un suivi scientifique. Enfin, indépendamment du calendrier institutionnel, les décisions d’aménagement gagneraient à s’inscrire dans une logique de pérennité écologique, d’intérêt général et de redevabilité publique, plutôt que dans une dynamique d’exécution accélérée.

Références.

  • France. Code de l’environnement, art. L. 411-1 à L. 411-3 (Protection des espèces et de leurs habitats). Légifrance.
  • Union européenne. (2009). Directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relative à la conservation des oiseaux sauvages. Journal officiel de l’Union européenne.
  • Union européenne. (1992). Directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages. Journal officiel de l’Union européenne.
  • Grand Paris Grand Est. (2024). Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) : Dispositions applicables au secteur du lac de Sévigné [Document d’urbanisme].
  • Ville de Livry-Gargan. (2015). Plan local d’urbanisme (PLU) : Identification des séquences paysagères remarquables [Document d’urbanisme].
  • Ville de Livry-Gargan. Agenda 2030 [Document de politique publique].

Illustration graphique représentant un quartier résidentiel densément urbanisé, avec un aménagement paysager central et des directions vers les communes voisines : Coubron, Aulnay, Sevran et Vaujours.

Livry-Gargan est-elle vraiment si verte ?

Idée Reçue : Livry-Gargan est la ville la plus verte de Seine-Saint-Denis

FAUX

Livry-Gargan est souvent présentée comme la commune la plus verte de Seine-Saint-Denis. Cette idée repose sur la présence de parcs emblématiques comme le Parc Lefèvre et d’arbres remarquables tels que le cèdre du Liban. Pourtant, cette réputation flatteuse masque une réalité bien différente. Une analyse objective des données d’occupation des sols révèle que Livry-Gargan est loin d’être à la hauteur de ce mythe.

Une couverture verte bien en deçà des attentes Des disparités frappantes au niveau local

Les espaces verts à Livry-Gargan ne représentent que 13 % de la superficie totale de la commune, soit 95,4 hectares, répartis comme suit :

Espaces verts urbains : 35,6 hectares (4,85 %).
Forêts : 59,8 hectares (8,14 %).

Des disparités frappantes au niveau local

L’étude ci-dessous référencée 1 révèle des disparités importantes entre les communes de Seine-Saint-Denis. Tandis que Montfermeil plafonne à seulement 7,76 % d’espaces verts, des communes comme Vaujours ou Villepinte atteignent respectivement 33,87 % et 23,51 %. La moyenne des communes limitrophes hors Raincy, estimée à 28,78 %, souligne le retard de Livry-Gargan en termes de superficie d’espaces naturels accessibles.

En comparaison, la commune voisine de Coubron atteint une couverture verte de 64,86 %, faisant figure d’exemple en matière de gestion et de préservation des espaces naturels. Cette différence met en évidence l’écart entre la perception et la réalité à Livry-Gargan.

Une fragmentation écologique limitante
Malgré la présence de parcs et de forêts, les espaces verts à Livry-Gargan souffrent d’une forte fragmentation. Isolés les uns des autres, ces espaces peinent à jouer un rôle significatif dans la circulation des espèces animales et végétales. Par ailleurs, le tissu urbain discontinu, qui couvre 81,47 % de la superficie, constitue un frein majeur à l’extension des espaces verts et à la création de corridors écologiques indispensables pour renforcer la continuité environnementale.

Livry-Gargan n’est pas, contrairement à sa réputation, la commune la plus verte de Seine-Saint-Denis avec seulement 13 % d’espaces verts.

Malgré une perception locale flatteuse, Livry-Gargan ne peut prétendre au titre de commune la plus verte de Seine-Saint-Denis. Avec seulement 13 % d’espaces verts, elle se classe loin derrière des communes comme Coubron ou Vaujours et d’autres communes. Ce biais de perception est contre-productif, car il entretient une illusion de confort qui freine la prise de conscience des enjeux réels et retarde les actions nécessaires à une véritable amélioration environnementale. Cependant, en engageant une planification ambitieuse, Livry-Gargan pourrait significativement améliorer son patrimoine vert, son impact environnemental et la qualité de vie de ses habitants…



  1. Le programme CORINE (Coordination of Information on the Environment) Land Cover, mis en place par l’Agence européenne pour l’environnement, propose une base de données géoréférencées répertoriant l’occupation des sols à l’échelle de l’Europe. Basé sur l’analyse d’images satellites, il attribue à chaque parcelle de territoire une catégorie définissant son usage (forêt, zone urbaine, zone agricole, espaces verts, etc.). ↩︎
Photographie de l’ancienne gare de Gargan à Livry-Gargan, détruite depuis, témoin du patrimoine ferroviaire local.

Le patrimoine de Livry-Gargan en danger ?

Photo d’illustration : L’ancienne gare de Gargan, sur la ligne des Coquetiers, symbolise à la fois l’histoire ferroviaire et le patrimoine architectural de Livry-Gargan. Aujourd’hui disparue, elle illustre les menaces qui pèsent sur des bâtiments historiques emblématiques en l’absence de protection suffisante.

Le PLUi est un document de planification urbaine à l’échelle de l’établissement public territorial (EPT) Grand Paris–Grand Est. Après enquête publique, dans son rapport, la commission d’enquête a formulé plusieurs réserves, dont la réserve n°2, qui exige la mise en cohérence des critères d’identification du patrimoine (au titre de l’article L.151-19 du Code de l’urbanisme) et leur intégration dans le règlement du PLUi.

Article L.151-19 du Code de l’urbanisme :

« Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter […] les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d’ordre culturel, historique ou architectural […]. »

En d’autres termes, il appartient au PLUi de repérer les espaces ou bâtiments présentant un intérêt historique, architectural, culturel ou environnemental et de préciser les mesures de protection à leur appliquer. Les dispositions proposées suscitent, à Livry-Gargan, des inquiétudes quant au devenir du patrimoine bâti et des espaces verts, avec des changements importants de classement envisagés.

I. La protection du patrimoine bâti : un système fragilisé

1. Des édifices historiques auparavant protégés

Comme beaucoup de communes, Livry-Gargan se caractérise par une forte interrelation entre son patrimoine bâti et son patrimoine naturel. Les bâtisses anciennes sont souvent entourées de parcs ou d’espaces forestiers, contribuant à créer des paysages où se rencontrent histoire architecturale et richesse écologique.

Cette relation se vérifie, par exemple, avec le château du parc Lefèvre, dont les abords sont structurés en un vaste jardin. Aujourd’hui, ces parcs demeurent des lieux de convivialité, tout en conservant une valeur historique, paysagère et écologique. Pourtant, plusieurs édifices historiques protégés dans le PLU de 2015 se voient actuellement “déclassés” dans le futur PLUi, les plus emblématiques étant :

  • Le Castel Guy Mollet (rond-point des Bosquets)
    Construit dans un style de petit château, il accueille de nombreuses activités associatives et événements qui font vivre Livry-Gargan. Son entretien semble aujourd’hui délaissé, mettant en péril ce lieu.
  • Les anciennes écoles Jacob
    Témoins de l’histoire scolaire de la commune, elles illustrent l’architecture depuis les années 1890.
  • Le pavillon Dionnet
    Maison bourgeoise parisienne de 1810 et ancien pavillon familial de Jean-Pierre Dionnet, lieu fondateur de Métal Hurlant. Le pavillon est un témoin de l’histoire culturelle récente de notre ville.
  • Le bâtiment des anciennes eaux thermales du Lac de Sévigné
    Vestige d’un projet de station thermale à la fin du XIXe siècle.
  • La gare de l’Abbaye
    Située dans le quartier Danton de Livry-Gargan, mise en service en 1875, elle est le dernier vestige de la ligne Bondy-Aulnay, également connue sous le nom de ligne des Coquetiers. Cette gare a été au cœur de débats publics et de mobilisations citoyennes visant à déterminer son avenir. Elle a été sauvée grâce à une mobilisation citoyenne, du Maire CALMAT et du Député RAOULT dans les années 2000.
  • Les immeubles du boulevard Chanzy
    Témoignage de l’urbanisation de la fin du XIXe – début XXe siècle, avec façades en briques et pierre, façades ornées, et matériaux nobles.

Jusqu’ici, leur classement permettait d’empêcher ou de restreindre les travaux de démolition, de transformation, ou de modification substantielle de l’aspect des façades. Or, leurs déclassements dans le PLUi soulèvent la crainte que ces bâtiments, ayant perdu leur niveau de protection initial, voient leurs existences misent en danger.

II. Le reclassement des espaces verts : une protection amoindrie ?

1. Anciennes Séquences Paysagères Remarquables (PLU de 2015)

Le PLU 2015 de Livry-Gargan classait certaines “Séquences Paysagères Remarquables”, avec des règles strictes pour :

  • La conservation des arbres majeurs et des alignements.
  • Le maintien de la continuité écologique.
  • L’interdiction ou la forte limitation de nouvelles constructions susceptibles d’altérer ces espaces.

Les parcs Lefèvre, de la Mairie, Vincent Auriol, Bellevue ou le Lac de Sévigné bénéficiaient d’une reconnaissance claire de leur valeur paysagère, historique et environnementale, leur conférant un statut protecteur.

2. Les nouvelles catégories du PLUi

Dans le futur PLUi, plusieurs catégories remplacent ces Séquences Paysagères Remarquables :

  1. Espaces Verts Paysagers et Écologiques (EVPE) :
    • Conservent une logique de préservation du végétal existant.
    • Peuvent imposer le remplacement des arbres abattus.
    • Se rapprochent le plus des dispositions du PLU 2015.
  2. Secteurs d’Attention Écologique (SAE) :
    • Imposent des majorations de pleine terre (5 %) et d’unités de plantation (5 %) lors de nouveaux projets.
    • Restent toutefois peu contraignants pour le maintien effectif de la végétation existante.
    • Pour les espaces déjà arborés (parcs, jardins anciens), cette mesure ne garantit pas la protection de l’existant ; elle encadre davantage de futurs aménagements.
  3. Cours d’Îlots, Alignements d’arbres, Arbres remarquables :
    • Assurent des protections ciblées, mais ne couvrent pas nécessairement des zones plus vastes comme des parcs entiers.

Le point de friction majeur réside dans le fait que plusieurs parcs et jardins communaux — auparavant classés en Séquences Paysagères Remarquables — se retrouvent aujourd’hui reclassés en “Secteurs d’Attention Écologique”.

3. Un choix contesté

L’enquête publique a montré une volonté de la part des livryens de reclasser ces parcs et jardins communaux en Espaces Verts Paysagers et Écologiques (EVPE), plus proches du niveau de protection de 2015. Cela éviterait la perte de statuts protecteurs et garantirait mieux la préservation de l’existant.

Sont concernés :

  • Parc Lefèvre (présence de séquoias géants, cèdres, chênes centenaires)
  • Parc de la Mairie (alignements de chênes, charmes et érables sycomores)
  • Lac de Sévigné (essences variées, projet de réaménagement en refuge LPO)
  • Parc Vincent Auriol (diversité arboricole, situé en interface avec Clichy-sous-Bois)
  • Parc Bellevue (vues panoramiques, ensemble paysager caractéristique)
  • Parc Georges Pompidou (espace paysager et forestier, amorce du tracé de la Glaisière)
  • Parc Georges Clemenceau (espace paysager menacé de destruction)

III. Conclusion de la commission d’enquête et pistes d’amélioration

1. Échanges avec la municipalité

Dans le cadre de l’élaboration du PLUi, un entretien a été organisé le 20 juin 2024 à la demande du commissaire enquêteur avec le Maire de Livry-Gargan, M. Pierre-Yves Martin, en présence de l’élu en charge de l’urbanisme et du Directeur de l’urbanisme. Cet entretien avait pour objectif d’apporter des clarifications sur les orientations retenues dans le cadre de ce projet, notamment concernant le traitement du patrimoine de la ville.

Lors de cet échange, M. le Maire a exprimé sa satisfaction concernant les travaux réalisés en collaboration avec l’EPT Grand Paris–Grand Est, soulignant que les observations et remarques formulées dans l’annexe à la délibération du conseil municipal du 8 février 2024 avaient été prises en compte.

Dans son rapport, le commissaire enquêteur mentionne que le sujet du déclassement de plusieurs bâtiments à Livry-Gargan a été abordé. Les élus locaux justifient ces déclassements par des besoins ponctuels de mise aux normes, d’amélioration ou de rénovation, tout en arguant que le maintien du statut de bâti remarquable aurait entraîné des coûts substantiels. Ils ont cependant assuré que ces bâtiments n’avaient pas vocation à être détruits mais, au contraire, à être renforcés suite à ces travaux.

Le rapport poursuit en indiquant que de nombreuses inquiétudes citoyennes ont été exprimées concernant le devenir des bâtiments visés par les demandes de déclassement. En ce qui concerne Livry-Gargan, le commissaire note que :

« Concernant le déclassement des bâtis de Livry-Gargan, la commission constate la réponse très peu détaillée de l’EPT ; aucune justification précise n’est donnée pour chacun des bâtiments. Ces justifications auraient été de nature à éclairer au mieux le public sur le devenir de ces bâtiments et d’apprécier la trajectoire de conservation du patrimoine bâti sur la ville. »

Cette observation souligne un problème fondamental dans la gestion des demandes de déclassement. Justifier uniquement les classements des bâtiments protégés s’avère insuffisant, selon la commission. Elle insiste sur l’impérieuse nécessité de fournir des arguments clairs, documentés et circonstanciés également pour les bâtiments déclassés. L’absence de telles précisions rend les déclassements vulnérables à des accusations d’arbitraire et compromet la transparence du processus vis-à-vis des citoyens et des parties prenantes.

2. Une critique pointue de la commission d’enquête

Suite aux observations publiques recueillies, la commission a préparé un procès-verbal de synthèse, remis à l’EPT le 13 juillet 2024. Dans le premier point d’étape présenté le 31 juillet, l’EPT s’est engagé sur deux points principaux :

  • Supprimer les protections pour les bâtiments ne faisant pas l’objet d’une justification circonstanciée dans le rapport de présentation ou renforcer les justifications pour ceux qui restent protégés.
  • Réaliser une étude patrimoniale à l’échelle du territoire après l’approbation du PLUi, dont les résultats seront intégrés lors de la première révision du document.

Malgré ces propositions, la commission juge les réponses insuffisantes et affirme :

« La commission estime que les réponses de l’EPT sur les questions relatives au patrimoine et aux changements de zonage, n’apportent pas d’éclairage complémentaire suffisant pour pallier l’absence de justification claire et précise des règles énoncées dans le projet. »

Dans ce cadre, elle a émis une réserve cruciale :

RESERVE N°2 de la commission d’enquête :
« Mettre en cohérence les critères d’identification des éléments relevant de l’article L151-19 du Code de l’urbanisme, et les intégrer dans le règlement du PLUi, avant l’approbation. »

Cette réserve traduit l’aspect contraignant des exigences de la commission, qui insiste sur la nécessité d’une intégration préalable et rigoureuse des critères d’identification dans le règlement.

De plus, elle souligne que :

« Le cadre de vie, et de manière plus précise le sujet de la protection du bâti remarquable, a suscité de très nombreuses contributions du public. Des inquiétudes et interrogations ont émergé sur le devenir d’édifices classés, notamment à Neuilly-Plaisance et Livry-Gargan, sur la méthodologie de classement ainsi que sur l’information apportée aux propriétaires. »

Ces insuffisances sont particulièrement pointées dans le cas de Livry-Gargan :

« A Livry-Gargan, c’est à l’initiative d’associations que le public a contesté ces inscriptions/retraits au titre du Code de l’urbanisme, par pétitions très argumentées, déposées sur le registre numérique et en mairie. »

« Toutefois, la commission relève l’insuffisance de justifications, notamment à Livry-Gargan, apportées aux demandes de déclassement, qui devrait conduire à un retrait de ces demandes au sein de ce projet. »

Enfin, la commission préconise une démarche scientifique et concertée dans le traitement du patrimoine remarquable :

« L’inventaire du bâti remarquable devra être établi sur la base de critères objectifs, concrets, historiquement ou architecturalement justifiés, avec des partenaires dont les compétences sont unanimement reconnues tels que le Conseil Départemental, le CAUE de Seine-Saint-Denis, et les Architectes des Bâtiments de France. »

Par ailleurs, elle formule une Recommandation n°15, insistant sur la transparence et l’inclusion des parties prenantes :

« Que soient informés les propriétaires concernés par l’établissement d’un inventaire du patrimoine remarquable. »

3. Synthèse des constats de la commission

Dans son rapport, la commission souligne ainsi :

  1. Un manque de cohérence sur les classements : Les raisons exactes justifiant le déclassement de certains parcs et bâtiments ne sont pas exposées clairement au public.
  2. Une réponse “très peu détaillée” de l’EPT : Concernant la protection du patrimoine bâti et paysager, les réponses officielles n’apportent pas de justification technique ou historique précise.
  3. Une mise en cause de l’absence de démarche scientifique : La commission recommande qu’un inventaire du bâti remarquable soit établi avec des critères objectifs et en étroite collaboration avec des organismes compétents (CAUE, Conseil Départemental, Architectes des Bâtiments de France).
  4. La nécessité d’informer : Il est demandé que les propriétaires concernés soient clairement informés de ces changements de classement.
  5. Établir une étude patrimoniale complète : Avant de confirmer les déclassements, l’EPT devrait mener une véritable enquête pour évaluer la valeur historique, architecturale et paysagère des bâtiments et espaces verts.

IV. Enjeux pour Livry-Gargan : quel urbanisme pour demain ?

La révision du PLU de 2015 vers un PLUi en 2024 traduit la volonté de mettre à jour le document d’urbanisme à l’échelle intercommunale. Toutefois, une question cruciale est de savoir comment articuler les besoins de développement ou de rénovation avec la préservation du patrimoine bâti et environnemental qui fait l’âme de Livry-Gargan.

  • Au niveau du bâti : Il s’agit de ne pas compromettre l’identité architecturale de la commune sous prétexte de travaux moins coûteux où rénovation et protection patrimoniale peuvent coexister.
  • Au niveau des espaces verts : La reclassification en Secteurs d’Attention Écologique, qui se concentre surtout sur d’éventuelles futures constructions, ne protège pas suffisamment les arbres et parcs existants, pouvant conduire, à terme, à une dénaturation progressive de lieux emblématiques.

Conclusion

Dans son rapport et ses conclusions, la commission d’enquête invite l’EPT Grand Paris–Grand Est à justifier plus clairement les déclassements d’édifices et de parcs. Les retours du public soulignent l’importance de maintenir, la protection accordée à certains sites phares de la commune.

La commission préconise qu’une étude patrimoniale soit réalisée en amont de l’approbation du PLUi, et non après celle-ci, comme prévu par l’EPT. Selon elle, un inventaire préalable est indispensable pour garantir que les orientations d’aménagement et les décisions de classement ou de déclassement soient fondées sur des éléments probants et rigoureux. Ce travail en amont permettrait d’éviter toute incohérence dans les choix stratégiques et d’assurer une meilleure acceptabilité des décisions par les citoyens. En outre, une telle approche renforcerait la crédibilité et la légitimité du PLUi en tant qu’outil d’urbanisme durable et respectueux de l’héritage culturel local.

Montage photo représentant plusieurs éléments emblématiques du patrimoine de Livry-Gargan : le pavillon Dionnet, la gare de l’Abbaye, et le bâtiment des anciennes eaux thermales du Lac de Sévigné, témoins de l’histoire locale.
Patchwork de sites emblématiques de Livry-Gargan, tels que le pavillon Dionnet, la gare de l’Abbaye, et le bâtiment des anciennes eaux thermales du Lac de Sévigné.


Références

  1. Code de l’urbanisme. (2024). Dispositions relatives à la protection du patrimoine bâti et naturel (Article L151-19).
  2. Conseil Municipal de Livry-Gargan. (2024, 8 février). Délibération : Observations formulées sur le projet de PLUi.
  3. Commission d’enquête. (2024). Rapport incluant Réserves et recommandations sur le projet de PLUi.
  4. Contributions citoyennes. (2024). Pétitions et observations déposées dans le cadre de l’enquête publique à Livry-Gargan.

Cœurs d’Îlots : êtes-vous concernés, pourquoi et comment ?

Note : Le présent article est issu d’une intervention initialement prévue lors de la réunion d’initiative citoyenne du 7 décembre 2024, dans le Parc Forestier de la Poudrerie. Co-organisée par les associations Environnement 93, l’Association des Amis du Parc Forestier de la Poudrerie et Livry Participatif, cette rencontre, axée sur le futur Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) du Grand Paris – Grand Est, n’a pu se tenir sur décision préfectoral en raison de conditions météorologiques difficiles.

Introduction

Les cœurs d’îlots jouent un rôle crucial dans les stratégies d’aménagement urbain et de préservation des espaces verts en milieu dense. Cependant, ces espaces doivent s’inscrire dans une réflexion plus globale sur la connectivité écologique pour remplir leur potentiel en matière de biodiversité, gestion des ressources et bien-être des habitants.

A l’occasion de l’enquête publique relative au Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUi), certains propriétaires de parcelles ont découvert que leur terrain serait désormais classé comme « Cœur d’Îlot », sans en avoir été expressément avisé par leur mairie ou par l’Etablissement Public Territorial Grand Paris – Grand Est et sans connaître les tenants et aboutissants de ces nouvelles mesures, qui rend pourtant les terrains concernés inconstructibles. Cet article propose d’expliquer et de clarifier ce que sont les cœurs d’ilots, d’analyser leur rôle, de présenter les enjeux associés, et de fournir des pistes pour une meilleure intégration de cet outil d’urbanisme dans les stratégies de développement durable urbain.

Comprendre les Cœurs d’Îlots : Définition et Enjeux

1. Définition et Fonctionnement

Un îlot urbain, aussi appelé pâté de maisons ou block en anglais, est un ensemble de parcelles, bâties ou non, constituant une unité élémentaire de l’espace urbain, séparé des autres par des rues. Le cœur d’îlot est la partie centrale d’un îlot urbain, il peut être constitué d’une cour ou d’un espace vert, mais il peut être également construit. Maintenir des cœurs d’îlot non bâtis, plantés d’arbres, avec une surface non imperméabilisée permet aux habitants des villes de disposer d’îlot de fraicheur et de favoriser la biodiversité. C’est par exemple une des préconisations du nouveau Plan local d’urbanisme de Paris adopté en novembre 2024. L’idée consiste à préserver ou aménager des espaces, publics ou privés, de pleine terre à l’intérieur des îlots ou blocs urbains. Ils peuvent inclure des jardins, des zones de végétation ou des parcs. Dans le PLUi du Grand Paris Grand Est, le classement de terrains en « cœurs d’Ilots » désigne des terrains non bâtis et non imperméabilisés.

2. Avantages des Cœurs d’Îlots

L’intégration dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de cœurs d’ilots peut permettre de dégager de nombreux effets bénéfiques de diverses natures :

  • Amélioration de la qualité de l’air : En absorbant les polluants atmosphériques et en réduisant la concentration de particules fines, les cœurs d’îlots contribuent à la purification de l’air en milieu urbain. Cet effet, dépendant notamment de la nature de la végétation qui recouvre le cœur d’ilot, est toutefois limité à l’échelle locale et peut être optimisé en le reliant a d’autre zones de continuité écologique.
  • Régulation du climat urbain : En constituant des îlots de fraîcheur au cœur des blocs immobiliers.
  • Amélioration de la gestion des eaux pluviales : Zones de pleine terre, les cœurs d’îlots permettent une meilleure infiltration des eaux pluviales dans les sols, réduisant ainsi les risques d’inondation en milieu urbain et contribuant à la recharge des nappes phréatiques. Contrairement aux zones minéralisées (béton, enrobé, asphalte etc.), ils absorbent les eaux de pluies au lieu de les renvoyer dans le réseau d’eaux usées. Les cœurs d’îlots peuvent donc jouer un rôle important dans la gestion durable des eaux. Certains projets urbains intègrent d’ailleurs aujourd’hui des techniques de gestion durable des eaux pluviales dans les cœurs d’îlots, telles que des bassins de rétention végétalisés, des noues ou encore des zones de rétention temporaires pour réduire les effets des fortes précipitations. Pour préserver leur fonction environnementale, les cœurs d’îlots doivent rester inconstructible et perméables.
  • Protection de la biodiversité : En offrant des refuges à la faune et la flore. Les cœurs d’îlots permettent de maintenir des poches de végétation au sein des zones urbanisées, contribuant à la biodiversité urbaine. Toutefois ce rôle ne peut exister que si des continuités écologiques, telles que corridors écologiques, réserves de biodiversités ou trames écologiques sont mises en place.
  • Rôle social : En plus de leurs bénéfices écologiques, les cœurs d’îlots, lorsqu’ils sont situés sur une parcelle publique ou collective, peuvent servir de lieux de rencontre et d’interaction sociale, favorisant la cohésion entre habitants. Leur tranquillité et végétalisation peuvent également améliorer la santé mentale des résidents en offrant des espaces de détente en milieu urbain.
  • Valeur patrimoniale : Tout comme le déclassement d’un bâtiment ou d’une parcelle crée un risque quant aux éventuelles spéculations. Certaines parcelles, notamment dans des quartiers historiques, peuvent avoir une valeur patrimoniale importante, leur classement en cœur d’ilot contribuant alors à la préservation du paysage urbain. Leur classement dans les PLU permet de protéger ces espaces verts contre la spéculation immobilière.

3. Limites et Inconvénients

  • Disparités : Leur création peut accentuer les inégalités, certains quartiers bénéficiant de plus d’aménagements que d’autres. Les quartiers fortement minéralisés peuvent manquer d’espaces de pleine terre pouvant tenir lieu de cœurs d’îlots.
  • Inconstructibilité : Ces parcelles doivent rester non bâties et perméables pour remplir leur rôle environnemental. Bien que cette mesure contribue à préserver ces espaces, elle transfère entièrement la responsabilité écologique de la ville aux propriétaires concernés, sans leur offrir aucune contrepartie.
  • Conflits d’usage : Les restrictions d’aménagement dues au classement de parcelles privées en cœurs d’îlots, les coûts d’entretien et les contraintes de gestion des parcelles pesant sur les seuls propriétaires posent un véritable problème d’acceptabilité de la mesure.
  • Manque de transparence : L’absence de concertation ou de critères clairs pour le choix des parcelles classées en cœurs d’îlots peut entraîner une rupture d’égalité entre les citoyens.
  • Report sur le privé d’une problématique publique : La création de cœurs d’îlots dans des jardins privatifs peut être perçue comme une manière pour la métropole et la municipalité de transférer certaines responsabilités environnementales vers les propriétaires privés. Par ailleurs, en confiant la gestion de ces espaces aux propriétaires, la municipalité peut être perçue comme se déchargeant d’une partie de ses responsabilités en matière de préservation des espaces verts.
  • Si l’autorité publique n’est pas elle-même exemplaire en terme environnemental, cela entraîne un problème d’acceptabilité des classements en cœurs d’îlots.
  • Impact sur la valeur immobilière : La présence de cœurs d’îlots dans un quartier améliore la qualité de vie des résidents et offre une meilleure vue et un environnement plus paisible. Ces éléments contribuent à augmenter la valeur immobilière des logements avoisinants. En revanche, le terrain abritant le cœur d’îlot devenant partiellement inconstructible, celui perd de la valeur.
  • On se retrouve alors dans la situation paradoxale d’une mesure environnementale offrant un bonus aux propriétaires de terrains non éco-responsables et sanctionnant le patrimoine des propriétaires ayant protégé l’environnement sur leur terrain.

4. Efficience et conditions d’acceptabilité

  • Limites d’une absence de connexion : Concevoir des cœurs d’îlots sans lien avec d’autres espaces verts peut donner l’apparence de mesures écologiques, mais leur contribution réelle à la résilience écologique de la ville reste limitée. Ces espaces risquent de devenir isolés, contribuant peu à la biodiversité globale et perdant leur efficacité contre la fragmentation urbaine.
  • Impact de la fragmentation des habitats : Les infrastructures urbaines (routes, bâtiments) fragmentent les habitats, empêchant la faune de se déplacer et entraînant un appauvrissement génétique et écologique. Sans corridors écologiques, les cœurs d’îlots ne peuvent soutenir une biodiversité durable.
  • Théorie des continuités en « pas japonais » : Si l’absence de corridors est parfois justifiée par cette théorie, elle reste limitée dans un milieu urbain fortement fragmenté, où seules certaines espèces peuvent se déplacer d’une zone à l’autre. Par ailleurs, des cœurs d’îlots sans continuité écologique favorisent les espèces invasives, qui profitent de ces espaces isolés pour proliférer au détriment des espèces locales.

En l’absence de continuités, les cœurs d’îlots peuvent néanmoins jouer un rôle dans la lutte contre les îlots de chaleur, mais cet effet ne peut être que limité sans une continuité écologique permettant d’étendre ces microclimats rafraîchis.

  • Incorporer des micro-corridors (haies, alignements d’arbres, etc.) dans l’espace public.
  • Faire appel au volontariat pour rallier les propriétaires désireux de sanctuariser leur terrain.
  • Mise en place d’incitations municipales (aides financières, subventions pour la végétalisation, crédits d’impôts…) peut compenser les restrictions imposées aux propriétaires privés.
  • Concertation préalable à la sélection des terrains concernés par le classement en cœur d’ilot.
  • Transparence et égalité de traitement : Une totale transparence sur les critères de sélection des parcelles et une garantie d’égalité de traitement est indispensable à l’acceptabilité de la mesure et à la validité juridique des classements.

II. Exemple de Livry-Gargan

Le Grand Paris Grand Est, en collaboration avec les mairies du territoire dont la mairie de Livry-Gargan, a établi des critères de sélection des parcelles classées en cœurs d’îlots dans le cadre du PLUi :

« Une analyse cartographique (à partir de cartes de 2015) a aussi été menée pour compléter le maillage sur l’ensemble du territoire.

Plusieurs critères cumulatifs ont été mobilisés. L’espace repéré en cœur d’ilot doit :

Être végétalisé (repérage des espaces végétalisés de l’APUR 2015 complétés par photo-interprétation)
Situé à plus de 5 mètres des bâtiments durs existants de la parcelle
Atteindre un seuil minimal de 100m² (en deçà, la fonctionnalité écologique est relativement marginale).
Couvrir au moins trois parcelles pour garantir l’égalité des propriétaires
Ne pas couvrir plus de 50% d’une parcelle (sauf pour les espaces enclavés).

Ces travaux ont été complétés par photo-interprétation et par vérification des services du territoire et services communaux. Les principaux ajustements réalisés ont visé à corriger des périmètres au regard de projets de construction en cours ou bien à supprimer certaines emprises dont la forme et l’épaisseur notamment, ne permettaient pas une fonctionnalité écologique suffisante (emprise très linéaire par exemple), mais aussi à augmenter certains périmètres pour leur redonner de l’épaisseur (justifiés par le caractère arboré notable).

Ces corrections ont également concerné les données reprises des PLU communaux.
Compte-tenu de l’avis de la ville de Livry-Gargan, il est prévu, d’ici à l’approbation du PLUi, de mener un travail d’ajustement du repérage des cœurs d’îlots à l’échelle de Livry-Gargan. »

Cependant, malgré les critères énoncés, les classements en cœurs d’ilots entrainent de nombreux questionnement :

Manque d’information aux propriétaires :

Malgré l’impact direct sur la valeur de leur bien, les parcelles devenant partiellement inconstructibles, les propriétaires concernés n’ont reçu aucune information spécifique sur le classement de leur terrain en « cœur d’îlot ». Rappelons que, les plans du PLUi étaient disponibles dans le cadre de l’enquête publique. Cependant, le préfet de la Seine-Saint-Denis soulignait dans son avis du 21 mars 2024 « la difficulté d’accès et de lisibilité [du] document » et ajoutait que « le choix même de sa conception, qui multiplie les cartographies et introduit certaines notions d’abord complexes […], maintient le document dans une difficulté d’approche préjudiciable ». Dans ce contexte, il n’est pas raisonnable de penser qu’un citoyen non habitué à de tels document puisse identifier facilement les informations concernant le classement de sa parcelle.

La commission d’enquête relève sur ce point que « Concernant les cœurs d’îlots, L’EPT rappelle que la définition des cœurs d’îlots répond à des critères précis, exposés dans le dossier. Cependant, du fait de la complexité du dossier, une grande part du public n’en avait pas pris connaissance ». La commission d’enquête relève également que « Les remarques formulées par les propriétaires au cours de l’enquête portent moins sur le principe des cœurs d’îlot que sur la faisabilité ou l’équité de leur mise en œuvre ».

Le manque de transparence et d’information auprès des propriétaires concernés perdure après l’enquête publique. En effet, dans la mesure où il y a un ajustement prévu sur les cœurs d’Îlots de Livry, pourquoi les citoyens, directement impactés sur leurs biens propres, ne sont-ils pas associés ?

Utilisation de données obsolètes :

  • L’utilisation de données cartographiques anciennes, comme mentionné dans les éléments techniques justifiant les choix, soulève également des interrogations. Ces données, reposant notamment sur des cartes datant de 2015, ne prennent pas en compte les constructions réalisées au cours de la dernière décennie. Cette obsolescence limite la pertinence des classements et peut engendrer des incohérences dans le choix des parcelles désignées comme « cœurs d’îlots », surtout dans des zones urbaines en évolution rapide.

Incohérences dans le classement des parcelles :

  • L’examen des cartes du PLUi révèle que certaines parcelles répondant pourtant aux critères définis pour être classées en « cœurs d’îlots » sont exclues sans raisons apparentes (cas du 75 boulevard Roger-Salengro). Ces omissions soulèvent des questions sur la transparence et la cohérence des choix opérés, pouvant donner lieu à une rupture d’égalité entre les citoyens face à la réglementation.

  • De plus, l’analyse du réseau des cœurs d’îlots met en évidence des lacunes ou des discontinuités dans la continuité écologique prévue, certaines parcelles étant écartées sans justification claire. Ces insuffisances réduisent l’efficacité globale de l’outil en compromettant le maillage écologique ur-bain, et interrogent sur les critères réellement appliqués pour définir les parcelles retenues.

  • Ces observations renforcent le besoin d’un processus décisionnel plus transparent et d’une concerta-tion élargie pour garantir l’équité et la validité des classements en cœurs d’îlots.

Pour consulter le plan des cœurs d’îlots présenté lors de l’enquête publique de 2024 en haute définition, vous pouvez suivre ce lien : Plan des cœurs d’îlots – Enquête publique 2024 ou cliquer directement sur l’image du plan ci-dessous. Ce document permet d’examiner précisément les parcelles concernées et de mieux comprendre les délimitations retenues dans le cadre du PLUi.

Carte des alignements d'arbres, des espaces boisés classés et des secteurs d'attention écologique à Livry-Gargan.

III. Eléments de la commission d’enquête :

1. Rapport :

Concernant les cœurs d’îlots, L’EPT rappelle que la définition des cœurs d’îlots répond à des critères précis, exposés dans le dossier. Cependant, du fait de la complexité du dossier, une grande part du public n’en avait pas pris connaissance. Par ailleurs, la commission constate peu, voire pas de contestation dans les communes où ce dispositif est déjà inscrit dans les PLU, dans le cadre de l’anticipation environnementale, c’est un outil de préservation de la trame verte urbaine, et de lutte contre les ICU.

Sur le plan du principe, la constitution des cœurs d’îlots est acceptée et plusieurs contributions s’en félicitent. Toutefois, des propriétaires s’y opposent compte tenu de leur impact sur leurs biens.

Concernant les prescriptions environnementales, la commission précise que ses questions sur les cœurs d’îlot ne portaient pas sur l’adéquation des critères présentés dans la partie du dossier relative à la justification des choix retenus mais sur les conditions de leur application pratique. De la même façon, les remarques formulées par les propriétaires au cours de l’enquête portent moins sur le principe des cœurs d’îlot que sur la faisabilité ou l’équité de leur mise en œuvre. Aussi, à l’instar du travail d’ajustement de repérage des cœurs d’îlot que l’EPT a prévu de faire, d’ici à l’approbation du PLUI, sur la commune de Livry-Gargan, la commission d’enquête estimerait souhaitable de généraliser cette vérification au niveau du Territoire. A défaut, il conviendrait, à tout le moins, que le maître d’ouvrage prenne contact avec tous les contributeurs ayant soulevé une difficulté pratique. Enfin, pour ce qui concerne la pleine terre, la commission d’enquête note qu’un taux va être introduit pour les « Equipements d’Intérêt Collectif et Services Publics » d’ici l’approbation du PLUi. Ce taux sera fixé entre 10 et 15 % pour toutes les constructions nouvelles de la catégorie des EICSP. La commission d’enquête suppose que cet ajout n’est pas incompatible avec les accords donnés aux PPA pour des exemptions ou des réductions de protection.

En résumé, la commission d’enquête relève que le maître d’ouvrage s’est attaché à répondre aux observations faites et à apporter des modifications au projet (réduction de la zone Nl, zonages, emplacements réservés). Il s’est aussi engagé à confirmer des données ou à mener des études en concertation. La commission est sensible à l’ensemble de ces réponses. Cela étant, elle estime que des contrôles opérationnels doivent être effectués par le maître d’ouvrage (disposition des cœurs d’îlot, mitoyenneté des zones pavillonnaires) pour s’assurer en pratique de l’effectivité et de l’équité des dispositions énoncées. Elle proposera à cet effet des recommandations.

2. Conclusions :

« Concernant les cœurs d’îlots, qui ont été relativement questionnés pendant l’enquête. Même si leur définition et les critères retenus figurent dans le dossier, ils ont été contestés sauf dans les communes où ils figurent déjà dans le PLU. La commission reconnaît qu’il s’agit bien d’un outil permettant la préservation de la trame verte urbaine, et participant à la lutte contre les ICU. L’EPT prévoyant un travail d’ajustement sur la commune de Livry-Gargan, et en conséquence dans un souci d’équité et d’effectivité, la commission considère que ce travail ne devrait pas se limiter à cette seule commune. Ce point est traité ci-après (2.11. Règlement)

De plus, la commission souhaite attirer l’attention sur les points suivants : La commission reste dubitative face à la mise en œuvre de ce cadrage sur le Parc Georges Clemenceau, d’autant qu’il a généré une forte opposition de la part des habitants de Livry-Gargan, estimant paradoxal, voire injustifié d’imposer des règles sur l’espace privé (cœurs d’îlot) et de ne pas les appliquer sur l’espace public en délivrant un permis de construire post approbation du PLUi qui aurait pu faire l’objet d’un sursis à statuer. »

Recommandation n°9
Que soit généralisé à l’ensemble du territoire le travail d’ajustement prévu sur les cœurs d’îlots de la commune de Livry-Gargan, dans un souci d’équité et d’effectivité.


Conclusion

Les cœurs d’îlots représentent un outil essentiel pour la préservation de la trame verte urbaine et la lutte contre les îlots de chaleur urbains (ICU). Leur potentiel en matière de régulation climatique, de gestion des eaux pluviales, de protection de la biodiversité et d’amélioration du cadre de vie des habitants est indéniable. Cependant, leur mise en œuvre soulève des interrogations légitimes sur l’équité, la transparence et la faisabilité.

Le classement des parcelles privées en cœurs d’îlots, souvent réalisé sans information préalable des propriétaires, suscite de vives contestations. La dépréciation foncière des terrains classés, la perception d’une charge de responsabilité transférée du public vers le privé, et l’absence de concertation préalable alimentent un sentiment d’injustice chez les citoyens concernés. De plus, la complexité du dispositif et le manque de lisibilité des critères de classement posent la question de l’égalité devant la réglementation.
Face à ces constats, il est crucial de renforcer la concertation avec les propriétaires et de garantir la transparence des critères de sélection. La mise en place de mécanismes d’information préalable, l’octroi d’aides ou d’incitations financières, ainsi qu’une application exemplaire des principes environnementaux sur les espaces publics apparaissent nécessaires pour renforcer l’acceptabilité sociale de la mesure. La commission d’enquête a, par ailleurs, souligné l’importance d’étendre à l’ensemble du territoire le travail d’ajustement prévu sur les cœurs d’îlots à Livry-Gargan, afin de garantir une équité de traitement entre les communes.

Enfin, il est essentiel de rappeler que les cœurs d’îlots ne peuvent atteindre pleinement leur potentiel qu’à travers une stratégie de connectivité écologique plus large. La création de corridors écologiques reliant ces cœurs d’îlots à d’autres espaces verts est indispensable pour prévenir la fragmentation des habitats et optimiser les bénéfices en termes de biodiversité, de climat urbain et de résilience des écosystèmes. Cette approche intégrée et collaborative constitue une condition indispensable à la réussite de cet outil d’urbanisme durable.

Une telle classification des cœurs d’îlots perd en cohérence et en efficacité si elle n’est pas accompagnée d’un soutien concret, d’une sensibilisation, et d’un accompagnement par les services d’urbanisme à destination des propriétaires concernés. Ces jardins individuels, qui constituent un patrimoine vert précieux pour la ville, nécessitent des actions coordonnées pour être valorisés, protégés, et intégrés de manière cohérente dans une stratégie globale de préservation écologique. La mise en place d’un service dédié serait donc indispensable. Ce service pourrait offrir des conseils techniques et environnementaux, intervenir en conseil en cas d’atteintes physiques ou écologiques sur ces parcelles privées, et fournir un appui aux propriétaires pour les aider à sanctuariser ces espaces, tout en préservant leur rôle clé dans le maillage écologique urbain.


Références

  • Apur. (2021, juillet). Analyse de la végétalisation des cœurs d’îlots – Le cas des parcelles de grands propriétaires institutionnels (D. Alba & P. Pelloux, Dir.; Y.-F. Vauléon, Réalisation; P. Pelloux, Direction). Apur.
  • Agora. (2008). Et après l’appel à idées 2008 « Habiter les cœurs d’îlot ». Biennale de Bordeaux Métropole.
  • Lorient mag. (2024, janvier-février). De nouveaux outils de protection. Lorient mag, (374).
  • Agence Parisienne du Climat. (2022, 20 juillet). Végétalisation en cœur d’îlot dans une copropriété parisienne. Agence Parisienne du Climat.
  • Blain, J. (2024, février). Le modèle des super-îlots à Barcelone : un exemple de régénération d’une ville. Géoconfluences.

La parcelle du 75 boulevard Salengro, entourée de chênes majestueux et d'une végétation dense, objet de controverses urbanistiques à Livry-Gargan.

Le Tribunal déboute la commune : Évolution du projet communal 75 boulevard Salengro

La parcelle située au 75 boulevard Roger-Salengro à l’angle de l’allée Lucien-Michard fait l’objet depuis de nombreuses années d’un intérêt commun des riverains, de la municipalité et d’acteurs locaux en raison de son intérêt environnemental et de la présence de chênes qualifiés de centenaire par plusieurs acteurs.

La décision de préempter la parcelle par la municipalité de Livry-Gargan, afin de créer une « Maison de quartier » et de préserver la végétation et les arbres notables présents sur ladite parcelle, a entraîné un contentieux administratif, le tribunal administratif de Montreuil ayant annulé cette décision, en soulignant que la municipalité n’avait pas démontré l’existence d’un projet réel et concret à la date de la décision de préemption.

Après la confirmation de cette annulation par la Cour administrative d’appel de Paris, la municipalité a réorienté ses plans en abandonnant le projet de préservation des espaces verts au profit de la création d’une « Structure scolaire et intergénérationnelle », marquant ainsi un tournant significatif dans l’utilisation prévue de cet espace urbain. Dans le même temps, la ville perdait une seconde procédure administrative après un dépôt de permis de construire refusé.

I – Contexte et Première procédure administrative

Décision de la cour administrative d’appel

Le 5 juin 2020, le maire de Livry-Gargan décidait de préempter une parcelle immobilière située au 75 boulevard Roger Salengro. La justification de cette décision reposait, alors, sur deux arguments principaux :

  • la volonté annoncée de préserver la végétation et les arbres notables présents sur la parcelle ;
  • la création d’une « Maison de quartier ».

Cette préemption était rapidement contestée par les propriétaires devant le tribunal administratif de Montreuil

Le 3 février 2022, le tribunal administratif de Montreuil annulait la décision de préemption, concluant que la sauvegarde des arbres présents sur la parcelle et sur le boulevard ne pouvait, en tout état de cause, justifier la mise en œuvre du droit de préemption urbain. Le tribunal soulignait également que la commune n’établissait pas l’existence d’un projet concret de création d’une structure intergénérationnelle à la date de la décision attaquée.

Face à cette annulation, la commune de Livry-Gargan, décidait d’interjeter appel. Le 14 mars 2022, elle déposait une requête devant la Cour administrative d’appel de Paris, demandant l’annulation du jugement et la validation de la décision de préemption. Les propriétaires représentés déposaient leurs mémoires en défense soutenant que les moyens soulevés par la commune n’étaient pas fondés et que la décision de préemption était entachée d’incompétence, de défaut de base légale et de vice de procédure.

Le 1er juin 2023, une audience publique se tenait devant la Cour administrative d’appel de Paris pour entendre les arguments des deux parties. Finalement, le 22 juin 2023, la Cour rejetait la requête de la commune de Livry-Gargan, confirmant ainsi le jugement du tribunal administratif de Montreuil. La Cour concluait que la commune n’avait pas justifié de manière suffisante les motifs de la préemption et n’avait pas établi l’existence d’un projet concret à la date de la décision de préemption. Elle condamnait également la commune à verser une somme de 1 500 euros aux propriétaires pour les frais non compris dans les dépens.

La Préservation des Arbres

Le plan local d’urbanisme (PLU) de 2015 de Livry-Gargan mettait en avant la nécessité de préserver certains éléments paysagers et bâtis, y compris l’alignement d’arbres le long du boulevard Roger Salengro, qualifié de « séquence paysagère remarquable ». La parcelle en question qui abrite également un grand nombre d’arbres notables, constituant un « poumon vert » du secteur selon les propres arguments de la ville, n’a jamais fait l’objet de protections paysagères particulières comme le rappelait la Cour administrative d’appel de Paris en indiquant que les arbres bordant le boulevard Roger Salengro, bien qu’importants, ne faisaient pas partie de la parcelle préemptée. De plus, les orientations générales invoquées par la municipalité, n’étaient pas suffisantes pour établir l’existence d’un projet concret et spécifique de protection des arbres à la date de la décision de préemption. Par conséquent, la justification de la préservation des arbres comme motif de préemption est considérée comme non fondée, aucune réglementation n’en ayant fait mention.

Image d'une parcelle résidentielle au 75 boulevard Salengro, Livry-Gargan, bordée par des arbres imposants et située à proximité de véhicules stationnés. Le ciel est partiellement nuageux avec quelques rayons de soleil illuminant les feuillages d’automne.

Incohérence avec le nouveau PLUi

Nous noterons enfin que le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUi), présenté en enquête publique en 2024, a pris acte de la décision de supprimer toutes les protections en « séquence paysagère » des alignements d’arbres, y compris ceux du boulevard Roger Salengro. Ces alignements bénéficient désormais uniquement des protections standard pour les alignements d’arbres. Selon le règlement graphique de prescription environnementale (règlement graphique 4.2.2.7), seul un des deux côtés de l’alignement est par ailleurs maintenant préservé.

La parcelle située au 75 boulevard Roger Salengro joue pourtant un rôle en tant que corridor écologique aérien pour l’avifaune, reliant le lac de Sévigné et l’étang Verchain, conformément aux recommandations du Schéma Directeur de la Région Île-de-France (SDRIF) pour la continuité écologique non-linéaire dite « en pas japonais » dans le PLUi. Elle répond à tous les critères pour être catégorisée en « cœur d’îlot », tel que défini dans le PLUi. Cette non-classification souligne une incohérence majeure entre l’importance de la parcelle en tant que corridor écologique et ilot de fraicheur, les parcelles retenues en tant que « cœur d’Ilot » et les précédentes allégations de la mairie devant les juridictions administratives.

Vue aérienne de Livry-Gargan, montrant un tracé en pointillés reliant le Lac de Sévigné, le 75 boulevard Roger-Salengro et l'Étang Verchain, représentant un corridor écologique aérien crucial pour la biodiversité locale, selon le SDRIF et le PLUi.
Corridor écologique aérien reliant le Lac de Sévigné, l’Étang Verchain et le 75 boulevard Roger-Salengro tel que préconisé par le SDRIF dites continuité écologique non-linéaire « en pas japonais » dans le PLUi.

Extrait de carte du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUi) de Livry-Gargan, montrant les prescriptions graphiques environnementales en vert. La parcelle du 75 boulevard Roger-Salengro, pourtant concernée par des enjeux de biodiversité, n’y figure pas comme un espace protégé.
Plan des prescriptions graphiques environnementales au PLUi à Livry-Gargan (extrait)

La Création d’une « Structure Intergénérationnelle »

La commune a également mis en avant un projet de création d’une structure intergénérationnelle. Ce projet s’inscrivait dans les axes 2 et 3 du projet d’aménagement et de développement durables du PLU, visant à préserver et valoriser le cadre de vie urbain, architectural, paysager et environnemental, et à assurer un développement urbain qualitatif et respectueux des identités locales.

II – Décision de la Cour Administrative d’Appel

Sur la forme : Régularité du Jugement de Première Instance

La commune a argué que le jugement de première instance ne mentionnait pas dans ses visas les dispositions légales sur lesquelles il se fondait, en violation de l’article L. 741-2 du code de justice administrative. La Cour a rejeté cet argument, soulignant que les articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l’urbanisme étaient bien mentionnés dans les motifs du jugement, assurant ainsi sa régularité.

Sur le fond : Bien-Fondé du Jugement de Première Instance

Sauvegarde des Arbres

La Cour a confirmé que la sauvegarde des arbres situés sur le boulevard Roger Salengro ne pouvait justifier la préemption, car ces arbres ne faisaient pas partie de la parcelle préemptée. De plus, les orientations générales du projet d’aménagement et de développement durables invoquées par la commune ne pouvaient établir l’existence d’un réel projet de protection des arbres à la date de la décision contestée.

Création de la Structure Intergénérationnelle

Concernant la création d’une structure intergénérationnelle, la Cour a jugé que le projet invoqué par la commune ne pouvait être considéré comme antérieur à la décision de préemption. Les documents du PLU mentionnaient des objectifs généraux sans spécifier la création d’une telle structure. La délibération du 2 juillet 2020, postérieure à la décision de préemption, ne faisait que présenter un projet qui n’était pas clairement défini auparavant.

Intérêt Général Suffisant

Pour exercer le droit de préemption, la commune devait démontrer la réalité d’un projet d’aménagement répondant aux objets mentionnés à l’article L. 300-1 du Code de l’urbanisme et justifier d’un intérêt général suffisant. La Cour a conclu que la commune n’avait pas rempli ces conditions, car les motifs avancés étaient trop généraux et ne concernaient pas spécifiquement la parcelle préemptée.

III – Évolution du projet : de « Maison de Quartier » à « Équipement scolaire et intergénérationnel », des projets contradictoires ?

Lors de l’enquête publique de 2024 concernant le projet de Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi), les documents réglementaires prévoyaient la création d’un emplacement réservé dit « Équipement scolaire et intergénérationnel » sur la parcelle située au 75 boulevard Roger Salengro ainsi que les parcelles jouxtant (F3787, F2906 et F2905), toutes catégorisées en zone UC pavillonnaire.

Les parcelles en question, classées en zone UC, sont soumises à des contraintes spécifiques visant à maintenir le caractère pavillonnaire de la zone. Compte tenu des exigences destinées à éviter la construction d’étages dans le cadre d’une création d’un « Équipement scolaire et intergénérationnel », la consommation de pleine terre et de végétal semble inévitable mettant en danger la connectivité écologique que constitue cette parcelle.

Il est légitime de s’interroger sur ce revirement de l’autorité municipale concernant la sauvegarde de la parcelle sous l’angle du patrimoine naturel. Le souci de préservation des arbres notables et de maintenir la continuité écologique du secteur était présenté comme un élément clé du projet de création d’une maison de quartier. Cependant, le projet s’est transformé en un équipement scolaire et intergénérationnel, semble écarter les impératifs de préservation des arbres et de la végétation initialement mis en avant et soulève des questions quant à la cohérence et la sincérité des actions de la municipalité.

Plan extrait du zonage du PLUi de Livry-Gargan montrant les emplacements réservés en rose. La parcelle du 75 boulevard Roger-Salengro et ses environs sont identifiés comme des espaces destinés à des équipements publics, dans le cadre des projets urbanistiques de la commune.
Zonage des emplacements réservés au PLUi à Livry-Gargan (extrait)

Tableau du PLUi de Livry-Gargan répertoriant les emplacements réservés pour des projets publics. Le 75 boulevard Roger Salengro, mis en évidence, est désigné comme un emplacement réservé pour un équipement scolaire et intergénérationnel, avec une surface de 2 794 m².
Zonage des emplacements réservés au PLUi à Livry-Gargan (extrait)

IV – Seconde procédure administrative

Le 18 juillet 2024, la mairie de Livry-Gargan publiait un communiqué de presse concernant un permis de construire refusé par la ville et accordé par le tribunal. Le texte souligne la volonté de la municipalité de préserver le tissu pavillonnaire de la ville. Cependant, cette position semble en contradiction avec les actions récentes de la municipalité concernant la même parcelle, la justification initiale de la préemption pour préserver les arbres et l’environnement n’étant plus prioritaire dans le projet de l’équipement scolaire prévu, qui pourrait nécessiter une minéralisation accrue de la parcelle.

La municipalité, par la voix de son maire, avait initialement refusé un permis de construire, décision qui a été contestée par le promoteur devant le tribunal. Le tribunal a finalement condamné la ville à autoriser le permis de construire. Le communiqué exprime ainsi l’intention de la ville de faire appel de cette décision. La mairie critique également l’indifférence de la SAS HETA, porteuse du projet au 75/77 boulevard Roger Salengro, envers les besoins et intérêts de la collectivité.

Conclusion

La décision de la Cour administrative d’appel de Paris de rejeter la requête de la commune de Livry-Gargan repose sur plusieurs motifs juridiques solides. La préservation des arbres sur le boulevard Roger Salengro ne pouvait justifier la préemption, car ils ne faisaient pas partie de la parcelle concernée. De plus, la commune n’avait pas établi l’existence d’un projet concret de création d’une structure intergénérationnelle. Les motifs avancés par la commune étaient également trop généraux pour justifier un intérêt général suffisant.

Le revirement complet de la mairie de Livry-Gargan, passant d’un projet de préservation naturelle à un projet potentiel de consommation de pleine terre pour un équipement scolaire, met en lumière des contradictions notables en termes de programmation urbaine. De plus, la parcelle fait actuellement office de corridor écologique aérien pour l’avifaune, reliant le lac de Sévigné et l’étang Verchain. La conservation de ce corridor est cruciale pour maintenir la biodiversité locale. Le projet, tel que mentionné dans le PLUi, est donc imprécis et ne peut être correctement apprécié sans des détails et éléments supplémentaires. Les premiers éléments recueillis et les antécédents en matière de constructions d’équipements scolaires sont toutefois de nature à engendrer nombre d’inquiétudes légitimes pour la ville en générale et l’îlot urbain concerné en particulier.

Il est à noter que ce changement de destination a été décidé sans concertation préalable avec les riverains et les différents acteurs locaux, empêchant ainsi toute participation citoyenne effective. Cette absence de concertation est particulièrement préoccupante, car elle empêche les habitants et les parties prenantes locales de s’impliquer dans les décisions qui affectent leur environnement immédiat.

Enfin, l’année 2024 a vu s’affronter deux projets distincts : celui de la mairie et celui du promoteur, tous deux mettant en danger l’objet initial que la municipalité disait entendre préserver.

CAA de PARIS, 1ère chambre, 22/06/2023, 22PA01202, Inédit au recueil Lebon

Carte illustrant la vulnérabilité aux îlots de chaleur en Seine-Saint-Denis et Nord-Est francilien allant de très faible à très forte.

Vulnérabilité canicule à Livry-Gargan

Contexte

Changement climatique et vagues de chaleur en Île-de-France

Le changement climatique intensifie la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur, affectant de manière significative les zones urbaines en Île-de-France. Ces événements extrêmes augmentent les risques pour la santé publique et mettent à l’épreuve les infrastructures urbaines.

Effet d’îlot de chaleur urbain (ICU) à Livry-Gargan

Livry-Gargan, comme de nombreuses villes, est confrontée à l’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU), où les températures locales sont significativement plus élevées que dans les zones rurales environnantes en raison de l’urbanisation soutenue. Cet article se concentre sur la cartographie de la vulnérabilité diurne aux vagues de chaleur dans cette commune en analysant les niveaux de sensibilité thermique par quartier pour orienter les politiques d’adaptation urbaine.

Cette carte, créée par l'Institut Paris Région, montre les niveaux de vulnérabilité de jour aux îlots de chaleur à Livry-Gargan. Les couleurs indiquent différents niveaux de vulnérabilité, allant de très faible (en bleu) à très forte (en rouge), couvrant les quartiers Danton, Centre, Gargan, Jacob, et Poudrerie.

Méthodologie

Source des données : Les données sont issues de l’Institut Paris Région, qui a développé des outils spécialisés pour l’analyse thermique urbaine.

  • « MapICU » : Un applicatif cartographique permettant de visualiser et d’analyser la répartition de la vulnérabilité thermique dans les zones urbaines.

Critères de classification de la vulnérabilité

Les zones sont classifiées en cinq niveaux de vulnérabilité :

  • Très faible
  • Faible
  • Moyenne
  • Forte
  • Très forte

La cartographie combine des données de température de surface, de densité urbaine, et d’espaces verts pour évaluer la vulnérabilité thermique. Les techniques incluent la superposition de couches de données et l’analyse spatiale pour identifier les zones les plus exposées.

Analyse par Quartier

Gargan

  • Vulnérabilité Très Forte : Le secteur République/Bayard est le plus vulnérable de la commune, marqué en rouge foncé sur la carte. L’îlot de chaleur englobe également Chanzy et la Gare de Gargan, avec une sensibilité élevée, particulièrement près du tram-train T4. La forte densité urbaine et l’activité des transports semblent contribuer à l’accentuation de l’effet thermique.

Danton

  • Vulnérabilité Faible à Moyenne : Ce quartier présente une vulnérabilité thermique modérée, avec des niveaux de sensibilité variant du bleu clair (faible) au jaune (moyenne). La présence d’espaces ouverts et une densité urbaine relativement basse, en particulier dans les zones pavillonnaires semble favoriser une meilleure régulation thermique. Le parc Bérégovoy, contribue à maintenir une sensibilité thermique faible. De plus, le tracé ancien du tram-train a un impact limité sur l’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU), n’ayant, seul, que peu d’influence sur l’augmentation du risque thermique dans cette zone. Il est toutefois constaté par les riverains une aggravation apparente de la situation depuis la diminution des zones de pleine terre sur le quartier.

Centre

  • Vulnérabilité Moyenne : Le quartier est majoritairement représenté en jaune, indiquant une vulnérabilité thermique moyenne. Le tissu pavillonnaire au nord du quartier joue un rôle similaire à celui observé dans le quartier Danton en aidant à modérer les températures. Les espaces verts, tels que le parc de la Mairie, contribuent également à atténuer les températures élevées durant la journée. Cependant, il est important de noter que le parc Lefèvre, bien que végétalisé, n’est pas suffisant pour neutraliser la sensibilité thermique de nuit. Les cartes montrent que les zones plus urbanisées du quartier présentent des signes de stress thermique significatifs.

Jacob

  • Vulnérabilité Élevée : Le quartier Jacob présente une répartition hétéroclite en terme de vulnérabilité, bien que majoritairement en rouge et orange foncé, avec une sensibilité accrue, surtout dans le secteur sud près de la Nationale 3, autour de la place de la Libération et de l’église Notre-Dame de Livry. Le parc Georges-Clemenceau et le parc du Château sont des îlots de fraîcheur, mais ils ne suffisent pas à compenser – à eux seuls – l’augmentation des températures dans cette zone densément urbanisée. Toutefois, leur existence et leur emplacement présentent des avantages non négligeables et en font des candidats idéaux pour un réaménagement végétal. À contrario, la disparition de ces arbres et de la surface de pleine terre qu’ils représentent ne peut qu’augmenter la vulnérabilité de ce secteur.

Poudrerie

  • Vulnérabilité Moyenne : Ce quartier est principalement représenté en orange. Bien que les parcelles ne soient pas encore critiques, la tendance indique un risque croissant sans mesures préventives appropriées.

Tendances Observées

Hétérogénéité de la vulnérabilité : La vulnérabilité à la chaleur varie considérablement selon les quartiers de Livry-Gargan.

Concentration des zones vulnérables : Les zones les plus vulnérables se concentrent dans certains quartiers spécifiques, souvent caractérisés par une forte densité de population et une urbanisation accrue.

Concentration des zones à risque : Les deux principaux îlots de chaleur se trouvent principalement dans les quartiers de l’Église et de Chanzy-Briand, identifiés en début d’année comme quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Cette concentration de vulnérabilité dans des zones déjà ciblées sur un critère socio-économique pour des interventions prioritaires renforce l’importance d’intégrer des stratégies de gestion thermique dans les politiques locales.

Corrélation avec l’urbanisation : Une relation significative est observée entre le degré d’urbanisation et la vulnérabilité thermique. Les quartiers moins urbanisés et avec plus d’espaces verts montrent une meilleure résilience.

Conclusion

Le rapport Développement Durable 2022 de la ville de Livry-Gargan indique, outre l’aménagement prévu du square Bayard pour 2023, en corrélation avec les données cartographiques ; que la végétalisation prévue du lac de Sévigné devrait aider à atténuer le phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU), car « la végétalisation du site participera à la réduction du phénomène d’îlot de chaleur urbain ». Toutefois, les cartes actuelles indiquent que la zone présente un risque relativement modéré et ne montre pas d’effet d’îlot de chaleur.

Cette analyse révèle les défis complexes liés aux vagues de chaleur à Livry-Gargan. Chaque quartier, avec ses spécificités propres, nécessite des interventions ciblées pour améliorer sa résilience face aux canicules. Il est crucial d’adopter des stratégies adaptées pour chaque zone afin d’assurer des mesures efficaces et durables face aux défis thermiques futurs.

Études et Sources

  • Étude « Adapter l’Île-de-France à la chaleur urbaine » de l’Institut Paris Région.
  • Applicatifs : « MapICU ».
  • Les données utilisées ont été collectées avant la destruction du parc Clemenceau, ce qui pourrait renforcer le phénomène d’îlot de chaleur dans le secteur Libération (quartier Jacob).
Vue aérienne de Livry-Gargan, prise depuis le nord-ouest en direction du sud-est, montrant la disposition urbaine de la commune avec ses parcs et quartiers résidentiels.

Observations sur le PLUi de Grand Paris – Grand Est

Dans le cadre de l’enquête publique sur le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi), qui s’est déroulée entre mai et juillet 2024, Livry Participatif, présente ses observations et propositions.

Ce document vise à informer les citoyens sur les enjeux du PLUi et à formuler des recommandations pour un urbanisme plus respectueux du patrimoine, de l’environnement et des besoins des habitants.

Partie 1 : Contexte Démocratique et Enjeux

L’élaboration du PLUi a suscité des inquiétudes sur la qualité de la concertation citoyenne.

Insuffisance de la concertation préalable : Les phases de 2022-2023, présentées comme des étapes de « concertation », se sont avérées être de simples séances d’information sur le « dispositif réglementaire ». Cette approche ne correspondant pas à l’esprit de la concertation préalable définie par le Code de l’environnement, visant un débat approfondi sur les objectifs, les caractéristiques et les impacts du projet, ainsi que sur les alternatives possibles 1. L’absence de concertation effective sur le PLUi au niveau des conseillers de quartier de Livry-Gargan a été l’un des motifs de démission de nombre d’entre eux en 2022, témoignant d’un dysfonctionnement du processus participatif 2.

Mésinformation et faible médiatisation : La réduction du nombre de réunions publiques et la faible médiatisation autour du PLUi en 2024 ont entraîné une baisse de la participation citoyenne et une perception de mésinformation. Les deux réunions publiques organisées en 2024 ont souffert d’un manque de visibilité dû à leur concomitance avec des événements nationaux majeurs, limitant ainsi l’attention du public.

Simultanéité avec les élections législatives anticipées : La concomitance de l’enquête publique avec la période électorale engendre une problématique démocratique significative, créant un cadre peu propice à une participation citoyenne effective et optimale.

Risques en termes d’acceptation démocratique :

  • Risque de contestation et d’opposition accru, les décisions étant perçues comme moins légitimes.
  • Fragilisation de la cohésion sociale, l’acceptation démocratique reposant sur un large consensus et une participation active du citoyen.

Partie 2 : Observations et Propositions

I. Patrimoine Bâti Historique

Le PLUi voit le déclassement de plusieurs bâtiments et séquences bâties historiques à Livry-Gargan, suscitant des inquiétudes quant à la préservation de ce patrimoine. Livry Participatif recommande le maintien du classement des bâtiments suivants :

  • Castel Guy Mollet (11 avenue Moutiers) : Centre emblématique de Livry-Gargan accueillant de nombreuses activités associatives.

  • Anciennes écoles Jacob : Témoins de l’architecture scolaire des années 1930.

  • Pavillon Dionnet (63 avenue du Consul-Général-Nordling) : Ancien pavillon familial de Jean-Pierre Dionnet, fondateur du magazine Métal Hurlant, lieu de création d’un mouvement culturel international.

  • Bâtiment des anciennes eaux thermales du Lac de Sévigné (48 boulevard Roger Salengro) : Vestige de l’histoire thermale de la ville au 19ème siècle.

  • Gare de l’Abbaye (place Gabriel-Beillon) : Dernier vestige de la ligne Bondy-Aulnay, sauvée de la démolition grâce à une mobilisation citoyenne en 2006.

  • Vestiges de l’ancienne Plumasserie de Livry (21 Allée des Charmilles et 73 avenue de Rosny) : La Tour de l’horloge et la grille avenue de Rosny, témoignages du passé industriel de la ville.

  • Immeubles du Boulevard de Chanzy : Bâtiments remarquables des 19ème et 20ème siècles, participant à l’identité architecturale du boulevard.

Concernant les séquences bâties, Livry Participatif regrette l’absence de communication préalable concernant leur déclassement et interroge également l’intégration de l’École Vauban dans le règlement graphique du PLUi, qui semble incomplète.

Photographie, « Maison DIONNET » 2024.

II. Patrimoine Naturel

Le PLUi propose également le déclassement de plusieurs espaces verts et la modification du classement de certains parcs, suscitant des inquiétudes quant à la préservation du patrimoine naturel de la commune.

Le parc Georges-Clemenceau, classé en zone Ns (zone de protection des espaces naturels) dans le PLU de 2005, a été déclassé dans le PLU de 2015. Ce parc est pourtant un élément crucial de la trame verte de Livry-Gargan, servant de corridor écologique entre la forêt de Bondy et le parc de la Poudrerie.

Le Lac de Sévigné, classé comme « séquence paysagère remarquable » dans le PLU précédent, est déclassé en simple « secteur d’attention écologique » dans le PLUi. Cette modification, accompagnée de modifications réglementaires, menace la protection des arbres centenaires et la cohérence écologique du site.

Le parc de la Poudrerie, classé en zone N (espace boisé classé) dans les PLU communaux est en partie classé en zone Nl (zone naturelle à vocation de loisirs) sur le territoire de Livry-Gargan dans le PLUi. Cette différence de classement nuit à la cohérence de la protection environnementale du parc.

Proposition d’extension du périmètre de la séquence remarquable sur cette zone avec une intégration de l’ancienne infirmerie et des anciens postes de gardes.

III. Risques Naturels et Anthropiques

Livry-Gargan est exposée à des risques naturels importants, notamment les mouvements de terrain liés à la dissolution du gypse et le phénomène de retrait-gonflement des sols argileux . Le parc Georges-Clemenceau, situé sur une zone à forte vulnérabilité géotechnique, est particulièrement concerné par ces risques. Il est recommandé la prise en compte de ces risques dans le PLUi, notamment en matière d’urbanisation et de constructibilité.

L’effondrement de la chaussée survenu le 4 octobre 2023 sur le chemin des Postes illustre la réalité de ces risques. L’expert mandaté par le Tribunal Administratif a confirmé l’un effondrement lié à la présence de cavités souterraines, corroborant les études du CEREMA sur la dissolution du gypse.

IV. Mobilités et Stationnement

Le PLUi classe les stations du tramway T4 en « gares », ce qui est en contradiction avec la réglementation en vigueur et les réalités fonctionnelles de ces stations. Cette classification a des implications urbanistiques importantes, notamment en termes de normes de stationnement.

Livry Participatif note des difficultés de stationnement dans les zones pavillonnaires proches du T4, aggravées par la construction de nouveaux logements collectifs et propose des modifications règlementaires afin de libérer autant que faire se peut les rares places disponibles en secteur pavillonnaire.

L’analyse des normes de stationnement dans le cadre du PLUi révèle des différences significatives entre les communes en termes de densité de stationnement par zone et révèle que les taux appliqués à Livry-Gargan sont souvent alignés avec les moyennes observées dans d’autres communes. Cette approche uniformisée semble ne pas tenir compte des réalités spécifiques du terrain à Livry-Gargan.

Livry Participatif recommande une transposition des taux de 1.9 appliqués à Vaujours pour les zones UA et UB de Livry-Gargan, compte tenu de la densité d’urbanisation le long de la nationale 3 pour mieux gérer la pression sur les infrastructures locale, ou à défaut, considérer une augmentation. Une augmenter les taux de stationnement pour les zones pavillonnaires est également à envisager.

V. Logements et Constructions

La territorialisation de l’offre de logements, qui désigne la répartition des nouvelles constructions au sein des différentes communes de l’Établissement Public Territorial (EPT) Grand Paris Grand Est, prévoit une obligation de 229 logements annuels pour Livry-Gargan. En examinant la période de 2018 à 2022, il apparaît que la ville a considérablement surpassé cet objectif. En effet, 1 596 droits à construire ont été accordés, traduisant 173% de la cible annuelle.

Le projet « Équipement scolaire et intergénérationnel » au 75 boulevard Roger Salengro, sur une parcelle classée en zone UC, suscite des préoccupations. Décidé sans concertation préalable, il pourrait entraîner la destruction d’arbres centenaires, la minéralisation d’un corridor écologique, et une augmentation de la densité de population dans un quartier résidentiel.

VI. Absence de Continuité Ecologique

Le PLUi ne définit aucune continuité écologique clairement établie à Livry-Gargan, mettant en danger la biodiversité locale. L’association recommande la création de corridors écologiques, notamment une trame verte et bleue, pour relier les zones naturelles et permettre la circulation des espèces.

Une forte fragmentation urbaine caractérise Livry-Gargan, posant des risques significatifs à la fois pour la biodiversité dont la santé humaine. Cette fragmentation entraîne la dégradation des habitats naturels, réduit la connectivité écologique et augmente l’exposition des habitants aux nuisances environnementales.

Conclusion

Un développement urbain harmonieux et durable nécessite une prise en compte équilibrée des enjeux patrimoniaux, environnementaux et sociaux. Il est primordial que le PLUi reflète les aspirations des habitants et garantisse la préservation du cadre de vie à Livry-Gargan.

Télécharger

  • Observations concernant le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) – Grand Paris – Grand Est. 24 juin 2024. Livry-Gargan. Livry Participatif.

  • Addendum – Observations concernant le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) – Grand Paris – Grand Est. 1er juillet 2024. Livry-Gargan. Livry Participatif.

SYNTHESE DES PROPOSITIONS

CONTEXTE DEMOCRATIQUE

  1. Report (ou extension) des délais d’enquête : Pour pallier ce problème, il apparaît souhaitable de prolonger ou de reporter les délais de l’enquête publique au-delà de la période électorale, permettant ainsi une participation citoyenne plus large et plus sereine.
  2. Campagnes d’information : Un renforcement des campagnes d’information spécifiques sur le PLUi, indépendamment des élections, permettrait d’assurer l’information et l’implication des citoyens dans les décisions locales.
  3. Coordination des calendriers locaux et intercommunaux : À l’avenir, une meilleure coordination des calendriers locaux et des enquêtes publiques doit être envisagée pour éviter de telles situations où le citoyen, comme à Livry-Gargan, s’est trouvé dans l’obligation de choisir entre le conseil municipal et une réunion publique, phase primordiale de l’enquête publique.

PATRIMOINE BATI HISTORIQUE

1. Maintenir l’intégrité historique et culturelle de Livry-Gargan :

1.1 Maintenir le classement du Castel Guy Mollet dans le PLUi, en tant que centre emblématique de Livry-Gargan. Construit dans un style de petit château, il accueille de nombreuses activités associatives et événements qui font vivre la ville. Son entretien semble aujourd’hui délaissé, mettant en péril ce lieu classé dans le PLU de 2015. La préservation de ce bâtiment est essentielle pour maintenir son rôle central dans la vie communautaire.

1.2 Maintenir le classement des anciennes écoles Jacob dans le PLUi. Témoins de l’architecture typique des écoles Jules Ferry des années 1930, alliant la brique rouge et la céramique, elles font partie intégrante du patrimoine éducatif de Livry-Gargan. Leur déclassement met en péril cette mémoire historique. Il est impératif de protéger ces bâtiments pour préserver le patrimoine éducatif de la ville.

1.3 Maintenir le classement du pavillon Dionnet dans le PLUi et ajouter l’ancienne grille du portail. Ancien pavillon familial de Jean-Pierre Dionnet, fondateur du magazine Métal Hurlant, ce bâtiment est un témoin de l’histoire culturelle récente de Livry-Gargan et un exemple de maison bourgeoise parisienne. Il possède une importance historique locale et une valeur culturelle précieuse pour la ville et le département, ayant été le lieu de création du magazine Métal Hurlant en 1975. La menace de déclassement met en péril ce patrimoine de renommée internationale.

1.4 Maintenir le classement du bâtiment des anciennes eaux thermales du Lac de Sévigné dans le PLUi. Ce bâtiment rappelle l’ambition de Livry-Gargan de devenir une station thermale au 19ème siècle. Vestige unique de ce pan méconnu de notre histoire, il était classé dans le PLU de 2015. Sa protection est nécessaire pour préserver ce patrimoine unique.

1.5 Maintenir le classement de la gare de l’Abbaye dans le PLUi. Construite en 1875, cette gare est le dernier vestige de la ligne Bondy-Aulnay et a été au cœur de débats publics et de mobilisations citoyennes. Elle était classée dans le PLU de 2015 mais risque d’être déclassée.

1.6 Maintenir le classement des immeubles du boulevard Chanzy dans le PLUi. Ces immeubles, avec leur architecture typique de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, participent à l’identité de Livry-Gargan. Leur déclassement pourrait entraîner une dégradation irréversible de ce patrimoine. Il est essentiel de conserver ces bâtiments pour maintenir l’intégrité architecturale et historique du boulevard.

1.7 Maintenir le classement de la Tour de l’horloge et ajouter la grille sise avenue de Rosny (Vestiges de l’ancienne Plumasserie) dans le PLUi. La tour elle-même se distingue par sa construction en pierre, intégrée harmonieusement dans son environnement. La grille située à l’angle de l’avenue de Rosny et de l’allée des Charmilles provient d’une large allée du parc, reliant directement la propriété au grand chêne.

1.8 Maintenir le classement des immeubles historiques du boulevard de Chanzy dans le PLUi. Afin de prévenir la dégradation ou la disparition de ces immeubles qui contribuent à l’identité visuelle et culturelle de Livry-Gargan.

2. Intégrer pleinement l’École Vauban dans le règlement graphique du PLUi : Il convient d’intégrer pleinement l’École Vauban dans le règlement du PLUi, notamment dans le règlement graphique.

3. Maintenir le classement des immeubles et des autres bâtiments historiques de Livry-Gargan déclassés dans le PLUi, ou à défaut justifier de leur préservation réglementaire :

  • 19 avenue Aristide Briand
  • 87 boulevard Edouard Vaillant
  • 1 boulevard Edouard Vaillant – 2 av. Quesnay
  • 26 allée Bayard
  • 21 allée Bayard
  • 23 allée Bayard
  • 25 allée Bayard
  • 6 avenue Emile Zola

4. Maintenir le classement des séquences bâties de Livry-Gargan déclassées dans le PLUi, ou à défaut justifier de leur préservation réglementaire.

PATRIMOINE NATUREL ET ENVIRONNEMENTAL

  1. Reclassification des parcs et jardins communaux en « séquences paysagères remarquables » ou, à défaut, leur transposition réglementaire en « Espaces Verts Paysagers et Écologiques (EVPE) ». Cette démarche vise à maintenir la cohérence avec le Plan Local d’Urbanisme de 2015 tout en préservant le niveau réglementaire actuel. Les sites concernés par cette mesure incluent : Parc Lefèvre, Parc de la Mairie, Lac de Sévigné, Parc Vincent Auriol, Parc Bellevue, Parc Georges Pompidou, Parc des Friches, La Roseraie, Square Henri Legrand
  2. Reconnaitre le parc du Castel Guy Mollet en « séquences paysagères remarquables » ou, à défaut, sa transposition réglementaire en « Espaces Verts Paysagers et Écologiques (EVPE) ».
  3. Reconnaitre que certains arbres du parc du Castel Guy Mollet mériteraient un classement individuel « Arbre remarquable » au titre de leurs formes, de leur ancienneté et de leur intérêt paysager.
  4. Reclassification du châtaignier 96 allée des charmilles en « Arbre remarquable ».
  5. Reconnaitre « Arbre remarquable » les arbres :
    • Les arbres situés à l’angle de la rue du Dr Roux et de l’avenue de la Poudrerie
    • Le Peuplier noir de la porte ouest du Parc Forestier de la Poudrerie
    • Les sept chênes situés dans l’enceinte du collège Édouard-Herriot
  6. Reclassification de l’alignement d’arbres du Secteur Clemenceau.
  7. Vérifier la transposition des alignements d’arbres : Assurer que les nouvelles désignations en simples alignements dans le PLUi incluent des mesures de protection équivalentes à celles prévues pour les séquences paysagères remarquables. Si nécessaire, adapter et renforcer les réglementations pour éviter toute diminution de la protection.

PARC GEORGES CLEMENCEAU

  1. Requalification des parcelles du parc Georges-Clemenceau et des parcelles du parc du Château en « séquences paysagères remarquables » ou, à défaut, leur transposition réglementaire en « Espaces Verts Paysagers et Écologiques (EVPE) » pour garantir leur préservation en pleine terre et assurer la continuité écologique et paysagère.
  2. Reclassification des parcelles du parc Georges-Clemenceau et des parcelles du parc du Château en zone « N » pour refléter leur potentiel de biodiversité tel qu’exprimé dans le PLUi, et ainsi garantir leur protection écologique.

PRISE EN COMPTE DES RISQUES NATURELS ET ANTHROPIQUES

  1. Prendre en compte les risques d’ilots de chaleur présents sur la ville en termes d’urbanisme et de constructibilité, notamment dans le quartier Gargan et dans la moyenne haute sur le quartier Jacob, secteur du parc Georges-Clemenceau.
  2. Réglementations proactive et prise en compte des risques élevés d’effondrement lié à la présence de cavités souterraines d’origine anthropique (anciennes carrières) en termes d’urbanisme et de constructibilité, notamment dans le quartier Jacob et le secteur du parc Georges-Clemenceau.
  3. Prendre en compte les risques élevés liés à l’aléa de dissolution du gypse en termes d’urbanisme et de constructibilité, notamment sur lesquartiers des coteaux de l’Aulnoye, le quartier Jacob, le secteur du parc Georges-Clemenceau, et la bande limitrophe à Clichy-sous-Bois, tels que révélés par les études du CEREMA.

LE LAC DE SÉVIGNÉ

  1. Reclassification du Lac de Sévigné en « séquences paysagères remarquables » ou, à défaut, transposition réglementaire en « Espaces Verts Paysagers et Écologiques (EVPE) ».
  2. Classer l’ensemble du Lac de Sévigné en zone « N » dans le PLUi afin d’aligner les politiques publiques avec le projet de déminéralisation et d’harmonisation écologique du site pour une approche cohérente et intégrée de la gestion des espaces naturels.
  3. Procéder à une réintégration en zone UC « Pavillonnaire » du secteur UB dans le quart sud-est du lac afin de préserver le caractère résidentiel, de prévenir toute menace sur les écosystèmes, et d’assurer les continuités et corridors écologiques.
  4. Procéder à une protection individuelle des platanes et autres essences d’arbres pluri-centenaires et autres arbres remarquables du lac de Sévigné.

PARC DE LA POUDRERIE

  1. Protection du Zonage « N » du Parc de la Poudrerie : Afin de maintenir la cohérence du PLUi sur l’ensemble du parc de la Poudrerie, il est essentiel de reclasser ce parc en zone « N » sur le territoire de Livry-Gargan. Ce reclassement garantirait une continuité avec le zonage initialement prévu dans le PLU pour les communes de Vaujours et Livry-Gargan, consolidant ainsi la protection environnementale de cet espace naturel.
  2. Élargissement du Périmètre de Protection de la Séquence Bâtie de l’ancienne poudrerie et les habitations de la cité jardin dans un seul périmètre étendu et cohérent pour inclure l’ensemble des structures existantes afin de préserver et valoriser ce patrimoine unique.

PARC DES FRICHES

  1. Reclasser le parc des Friches en zone « N » dans le PLUi. Cette reclassification vise à aligner les politiques publiques et à harmoniser le zonage du PLUi avec la classification ZNIEFF, garantissant une approche cohérente et intégrée de la gestion des espaces naturels.

MOBILITÉS ET STATIONNEMENT

  1. Considérer une transposition des taux de 1.9 appliqués à Vaujours pour les zones UA et UB de Livry-Gargan : Compte tenu de la densité d’urbanisation le long de la nationale 3, cette mesure semble nécessaire pour mieux gérer la pression sur les infrastructures locales. À défaut, considérer une augmentation.
  2. Revoir les normes pour les zones pavillonnaires : Augmenter les taux de stationnement pour les zones pavillonnaires afin de ne pas augmenter la pression sur ces zones.
  3. Prendre en considération les études de stationnement existantes sur la ville.

LOGEMENTS ET CONSTRUCTIONS

  1. Procéder à une réduction des droits à construire à Livry-Gargan dans le règlement du PLUi afin de garantir la préservation du secteur pavillonnaire.
  2. Procéder à une réintégration en zone « Pavillonnaire » des secteurs suivants afin de préserver leur caractère résidentiel :
    • La zone située rue Georges Clémenceau, Rue du Château, et Rue de Vaujours.
    • La zone située au sud du Boulevard Roger Salengro, ainsi que l’îlot compris entre l’Avenue Léon Blum et l’Allée des Chênes.
    • Les îlots situés entre l’Allée de Rosny et l’Allée des Charmilles, ainsi qu’entre l’Allée des Charmilles et l’Allée Diderot.
    • Le quartier délimité par l’Avenue César Collaveri, l’Allée Victoire Lemeaux, la Rue Graffan, et la Rue François Villon.

PROJET DE « SEPTIEME PARC »

  1. Étude d’impact sur la biodiversité par un organisme indépendant et participation d’associations environnementales nationales et locales.
  2. Mesure de sauvegarde des habitats de la faune locale et de l’équilibre écologique local.
  3. Sauvegarde des arbres ayant déjà colonisé la parcelle dont l’existence est visible sur les images aériennes de celle-ci.
  4. Adaptation du nouveau parc à la nature existante, sans destruction de celle-ci pour « modeler » un projet de parc urbain.
  5. Classement en zone N et non NL afin de protéger le site d’une minéralisation inutile.
  6. Communication et publication des études pour une totale transparence du projet et une information relevant d’un exercice minimum de la démocratie participative.

EMPLACEMENTS RÉSERVÉS

  1. Maintien du zonage pavillonnaire UC du 75 boulevard Roger Salengro : Préserver la classification en zone UC pavillonnaire, ce qui permet de maintenir le caractère résidentiel et la faible densité de la zone.
  2. Classement en « Séquence paysagère remarquable » ou en « Espaces Verts Paysagers et Écologiques » (EVPE) du 75 boulevard Roger Salengro : Reclassifier le site pour reconnaître officiellement sa valeur écologique et paysagère, et garantir sa protection. Protéger l’ensemble de la végétation existante sans consommation de pleine terre, incluant la sauvegarde des essences d’arbres notables. Maintenir ces arbres pour leurs avantages écologiques, esthétiques et de santé publique.
  3. Opposition à la minéralisation du 75 boulevard Roger Salengro et à tout projet entraînant une minéralisation de la parcelle, notamment la création d’un « Équipement scolaire et intergénérationnel » tel que défini dans le PLUi. La minéralisation peut avoir des impacts négatifs sur l’environnement, notamment en augmentant les îlots de chaleur urbains et en réduisant la biodiversité.

ABSENCE DE TRAME DE CONTINUITÉ ÉCOLOGIQUE DANS LA VILLE

1. Identification des corridors écologiques : Il est crucial d’identifier et de cartographier les corridors écologiques existants et potentiels à Livry-Gargan.

2. Mise en place de mesures de protection : Protéger les zones identifiées par des règlements d’urbanisme spécifiques et des mesures de gestion environnementale.

3. Créer des passages au sein des zones UA et UB (îlots de fraîcheur, couloirs verts, etc.) pour relier les zones pavillonnaires.

4. Continuité intercommunale : Travailler en synergie avec les communes voisines pour assurer une continuité écologique à l’échelle de l’EPT. Une trame verte avait été annoncée dans le cadre de l’OAP Chanzy lors de la réunion publique de présentation du PLUi menée à Livry-Gargan le 17 avril 2023 (point 4 : inscrire l’aménagement dans la trame verte, création d’îlots de fraîcheur, développement des espaces verts dans les zones tampons, etc.).

5. Mise en place des trames écologiques : Pour Livry-Gargan, il est crucial de prendre en compte les caractéristiques spécifiques de son environnement, de sa biodiversité et des réservoirs écologiques identifiés.

6. Trame Verte :

6.1 Connecter les parcs et les espaces verts : Créer des corridors écologiques dans les projets d’aménagement urbain en utilisant des haies, des alignements d’arbres et des bandes enherbées pour relier les différentes zones vertes, notamment entre :

  • Le parc forestier de la Poudrerie, le parc Georges-Clemenceau et la forêt de Bondy
  • Le parc de la mairie de Clichy, l’étang Verchin, le parc et lac de Sévigné, le parc Lefevre, le parc de la Mairie et le parc forestier de la Poudrerie.

6.2 Protéger et renforcer les espaces verts existants : Assurer que les parcs et jardins publics et privés jouent pleinement leur rôle de réservoirs de biodiversité, en préservant les séquences remarquables identifiées dans le PLU communal de 2015 ou en les transposant en Espaces Verts Paysagers et Écologiques (EVPE).

6.3 Encourager les jardins « verts » : Promouvoir la création et l’entretien de jardins écologiques parmi les habitants, afin de contribuer à la continuité écologique et à la biodiversité locale.

7. Trame Bleue :

7.1 Restaurer et protéger les berges des cours d’eau et des plans d’eau (exemple : le lac de Sévigné).

7.2 Créer des zones tampons : Réduire la pollution des eaux en créant des zones tampons autour des cours d’eau et des plans d’eau.

7.3 Protéger la circulation des eaux souterraines : Prévenir la minéralisation des zones de pleine terre pour protéger les nappes souterraines, en lien avec

7.3 Protéger la circulation des eaux souterraines : Prévenir la minéralisation des zones de pleine terre pour protéger les nappes souterraines, en lien avec la trame brune, notamment dans le quartier Danton.

8. Trame Noire

8.1 Favoriser une trame noire : Notamment entre le parc forestier de la Poudrerie, le parc Georges-Clemenceau et la forêt de Bondy, en concordance avec la trame verte.

8.2 Réduire l’éclairage nocturne : Diminuer l’éclairage nocturne dans les zones sensibles pour la faune nocturne, en utilisant des détecteurs de présence si nécessaire.

8.3 Utiliser des éclairages dirigés et à intensité réduite : Installer des éclairages dirigés et à intensité réduite dans les zones proches des habitats naturels.

8.4 Utiliser des couleurs d’éclairage plus neutres : Adopter des couleurs d’éclairage plus neutres pour la vie nocturne.

9. Trame Brune

9.1 Protéger les sols de la pollution et de la dégradation.

9.2 Promouvoir des pratiques de gestion des sols favorables à la biodiversité : Telles que l’utilisation de compost et de paillis organiques.

9.3 Sensibiliser à l’importance des sols et des habitats souterrains pour la biodiversité.

9.4 Lutter contre la minéralisation des sols : Prévenir la couverture excessive des sols naturels par des surfaces imperméables (Cf. parc Clemenceau).

10. Trame Blanche

10.1 Créer des zones naturellement moins bruyantes par la mise en place des trames vertes.

10.2 Faire respecter les interdictions : Interdire l’utilisation de feux d’artifice, de pétards, etc.

Notes

  1. Articles L. 121-15-1 à L. 121-21 et R. 121-19 à R. 121-24 du Code de l’environnement ↩︎
  2. Article le Parisien du 26 juillet 2023 : Démissions en série dans les conseils de quartiers (Livry-Gargan) ↩︎
Collage d'images montrant différentes étapes de la transformation de l'École Tourville à Livry-Gargan, de l'abattage des arbres à la construction et au rendu final du projet.

Projet d’aménagement de l’école Tourville-Poudrerie

Entre débat démocratique suspendu et impact environnemental

Ambitieux dans ses objectifs, le projet d’aménagement de la future école du quartier de la Poudrerie déclare chercher à moderniser les infrastructures éducatives et s’inscrire dans une démarche de développement durable. Cependant, sa mise en œuvre soulève des questions quant à la pratique de la démocratie participative et au respect des écosystèmes locaux.

Ce projet, qui touche au cœur de la vie quotidienne les habitants, met en lumière les défis de la concertation publique dans l’aménagement urbain. D’un côté, les autorités locales avancent sur la voie de la rénovation urbaine ; de l’autre, des riverains s’interrogent sur l’inclusivité du processus décisionnel et la véritable prise en compte de l’impact environnemental.

À travers l’analyse de la Genèse du projet d’aménagement Tourville, cet article vise à démêler l’écheveau des procédures démocratiques qui semblent suspendues entre les aspirations de la municipalité et les préoccupations du citoyen, certaines implications environnementales de ce projet, notamment sur le patrimoine arboré remarquable de la commune et à susciter une réflexion sur l’importance de réaligner les pratiques d’aménagement avec les principes de la gouvernance participative et de la durabilité écologique.

Présentation du projet d’aménagement Tourville

Objectifs, localisation et projets d’urbanisme

Plan de situation – 2023

Le projet d’aménagement Tourville porte sur la volonté exprimée de la municipalité de Livry-Gargan de moderniser et adapter l’infrastructure éducative pour répondre aux besoins de la population.

Le plan, tel que présenté initialement aux riverains, visait à « transformer l’école Tourville » existante, érigée en 1988, en un établissement apte à accueillir des élèves de maternelle et d’élémentaire. Le projet porte réellement sur la démolition de l’école Tourville et de 2 pavillons adjacents et la construction d’un ensemble scolaire en lieu et place. L’objectif déclaré est de créer un pôle éducatif « durable et qualitatif qui permettra aux jeunes Livryens du secteur d’être accueillis dans les meilleures conditions »

La zone est « considérée comme la principale entrée du territoire métropolitain venant de l’Est francilien », via la RN-3. Cette caractéristique géographique confère au quartier une position stratégique, le plaçant parmi les cinq Opérations d’Intérêt Métropolitain (OIM), initiées par le Bureau Métropolitain de la Métropole du Grand Paris (MGP), ce qui soulève de nombreuses questions encore sans réponse parmi les riverains et les habitants.

Voir aussi : Réunion Publique 2023 : Élaboration du PLUi — Présentation du dispositif réglementaire

Par ailleurs, selon la notice architecturale promue par l’initiative municipale, la localisation périphérique et quasi isolée du site au cœur d’un environnement résidentiel devrait « progressivement se fondre grâce aux importantes transformations anticipées ». En conclusion, il est indiqué que, suite à une concertation citoyenne, le quartier fait l’objet d’Orientations d’Aménagement et de Programmation (OAP « Poudrerie-Hochailles »), visant en particulier à améliorer l’image de l’entrée de ville et à repenser la mobilité. Toutefois, l’effectivité d’une véritable intégration et d’une concertation citoyenne restent non démontrées.

Le site actuel comprend une école de plain-pied d’environ 800 m², ainsi que deux pavillons d’habitation au nord-est et au sud-est. La municipalité indique que « leurs morphologies et leurs caractéristiques constructives ne permettent pas d’imaginer un scénario de conservation réaliste en adéquation avec le programme. Une démolition totale du bâti existant est donc inéluctable. ». Le site, est présenté en outre par des « aménagements extérieurs détériorés et mal entretenu. Il présente également une végétation éparse en cœur d’îlot. Des arbres de développement moyens et grands occupent la partie ouest du site. »

Photographies depuis l’allée Tourville – 2023

Projet d’architecte depuis l’allée Tourville

DCE 2023

Description et morphologie du Projet

Le terrain sélectionné, situé sur la parcelle 1576 (surface 2 384,00 m² – 67 rue du Docteur-Roux), avec l’adjonction de la parcelle voisine 927 (surface 393,00 m² – 11 allée Tourville), vise à augmenter la capacité constructible, englobant une superficie significative qui relie directement la rue du Docteur-Roux à l’allée Tourville, au cœur du quartier historique de la Poudrerie. Les parcelles appartiennent à la commune de Livry-Gargan. Cet emplacement, orienté au nord vers le Parc Forestier de La Poudrerie, poumon vert de l’Est parisien, s’insère avec l’Arc Paysager de Seine-Saint-Denis et se trouve au sud intégré dans un contexte pavillonnaire caractéristique.

Conçu pour héberger 11 classes, l’établissement est prévu pour une capacité totale de 330 élèves, répartis entre 150 élèves en maternelle et 180 en élémentaire, ainsi que 32 membres du personnel, ce qui porte l’effectif global à 362 individus. La structure inclura 5 classes destinées à la maternelle, 6 classes pour l’élémentaire, un espace dédié à la restauration scolaire équipé d’un office de remise en température, une salle polyvalente prévue pour les besoins de l’école, et un centre de loisirs pour les activités périscolaires.

Projet d’architecte depuis la rue du Docteur-Roux

Permis de construire 2023

La démolition de la structure actuelle de l’école Tourville pour ériger un nouveau bâtiment se présentant comme un bâtiment durable et respectueux de l’environnement. Elle intégrerait notamment des améliorations telles que l’isolation acoustique, une gestion énergétique optimisée, et la « création d’espaces verts alignés avec le parc forestier » voisin.

L’architecture proposée s’alignerait sur les directives de la zone UE du Plan Local d’Urbanisme de 2015, avec une topographie du terrain essentiellement plate. Le plan du bâtiment prévoirait un espace dégagé par rapport aux limites du terrain, avec un écart de 5 mètres entre les façades et l’espace public, et un minimum de 3,50 mètres par rapport aux frontières latérales. La conception limiterait la hauteur de l’édifice à 7 mètres au-dessus de l’acrotère, avec une structure délibérément restreinte à deux étages pour répondre à une logique de construction économique.

Le concept architectural rechercherait une utilisation optimale de l’espace disponible. À proximité de la rue du Docteur-Roux, le volume du bâtiment serait conçu pour souligner le caractère « institutionnel » de l’établissement, tandis que du côté de l’allée Tourville, serait envisagé dans le but de minimiser les nuisances sonores pour les résidents. L’équipe de maîtrise d’œuvre viserait à proposer une conception alliant innovation et sobriété énergétique, robustesse, simplicité et durabilité des matériaux utilisant au maximum des matériaux « naturels »

La conception du projet promet un « équilibre entre ambitions environnementales, approche architecturale et programmatique, et économie de projet », combinant le béton et le bois. L’utilisation du béton, justifiée :

« Le choix du béton se justifie réglementairement d’une part. En effet, le PLU impose aux nouvelles constructions de s’insérer dans leur contexte immédiat, notamment par leur matérialité. La minéralité du béton répond donc à celle de l’enduit des pavillons voisins. Avec sa robe de béton l’école s’intègre au plus près de son environnement immédiat. En résonance avec la forêt de la Poudrerie et son programme pédagogique autour de la Biodiversité, la matière béton incarne la minéralité de la pierre et de la roche. […] Il sera teinté dans la masse, de teinte verte, et préfabriqué en atelier pour arborer une finition parfaite, et un chantier faible nuisance. […] C’est ce dialogue entre le minéral et le végétal, entre le rocheux et le fleuri, entre l’inerte et le vivant, que le projet raconte pour révéler son propre éco-système : le socle en béton et la prairie plantée. »

Ville de Livry-Gargan. (2022). Notice architecturale (PC 4) : Projet de démolition et construction de l’école du quartier de la Poudrerie [Permis de construire]. TRACKS Architectes.

Repérage des espaces paysagers thématiques

Permis de construire 2023

C. Historique et Chronologie

  • Février 2021. Avis d’appel d’offres lancé par la mairie pour recherche d’un cabinet d’architectes.
  • Mars/Avril 2021 :  Information interne qui circule sur les travaux futurs de Tourville.
  • Mai 2021. Pétition est lancée par des riverains
  • Juin/Juillet 2021 : Déménagement des classes de l’école Tourville vers l’école Jean de La Fontaine pour la rentrée de septembre 2021.
  • Avril 2022.   Première présentation sommaire du projet lors de la réunion de quartier Poudrerie.
  • Janvier 2023.  Réunion avec les résidents du quartier pour la présentation plus précise du projet.
  • Novembre 2023.  Début du chantier de démolition. Arrachage des cèdres.
  • Décembre 2023.  Réunion réunissant seulement les résidents pour préciser les dates de chantier.
  • Janvier/Février 2024.  Début des fondations.

Photographie de construction de l’école Tourville en avril 1988

Enjeux environnementaux

Contexte environnemental

La nouvelle infrastructure éducative sera érigée à proximité directe du Parc Forestier de la Poudrerie, un espace vert clé au sein de l’Arc paysager de Seine-Saint-Denis. Ce parc se distingue comme l’unique site Natura 2000 implanté au cœur d’une zone urbaine dense en France, occupant une superficie totale de 140 hectares, dont 5 se trouvent à Livry-Gargan. Reconnu en 1994 et désigné comme zone de protection spéciale en 2006, il abrite trois espèces protégées notables : le martin-pêcheur d’Europe, le pic noir, et le pic mar. L’école, portant le nom de cette forêt voisine, ambitionne de tisser un lien étroit avec ce milieu naturel. Elle envisage notamment la création d’un Observatoire situé sur la toiture Nord, offrant aux élèves une immersion unique dans la biodiversité locale, leur permettant d’observer la faune aviaire rare, d’écouter le bruissement des feuilles et de contempler la canopée, enrichissant significativement leur parcours éducatif.

Contexte réglementaire

Le projet d’école respecte scrupuleusement les prescriptions du Plan Local d’Urbanisme (PLU), notamment en allouant une zone libre de 1140 m², légèrement au-dessus des 1104 m² spécifiés par le PLU. Selon les normes établies, 50% de ladite surface, correspondant à 570 m² doivent être consacrés à de la pleine terre (SPT), et une surface équivalente doit être attribuée à de la surface végétalisée pondérée (SVP). Le plan d’aménagement prévoit 804 m² destinés à la pleine terre. L’inclusion de 1188 m² de toiture végétalisée, associée à l’application des coefficients pondérateurs en vigueur, permet d’atteindre une surface végétalisée pondérée de 590 m².

Impact sur le patrimoine arboré : une destruction contestable

L’exécution du projet de l’école Tourville attire une attention soutenue sur ses répercussions environnementales, en particulier en ce qui concerne la gestion des arbres existants. Situé à proximité du Parc Forestier de la Poudrerie, un site riche en biodiversité, le projet porte une grande responsabilité dans la conservation des arbres, essentiels à cet écosystème.

Abattage des cèdres – 2023

Bien que le plan inclue la plantation de 11 nouveaux arbres, il envisage également le remplacement d’arbres considérés comme inadaptés à la conservation, soit pour des raisons phytosanitaires, soit en raison de risques liés à leur croissance ou à leur inclinaison. Cette démarche a suscité des interrogations, en particulier concernant la décision d’abattre deux cèdres remarquables :

  • Un Cedrus deodara (cèdre de l’Himalaya)
  • Un Cedrus libani (cèdre du Liban)

Après de multiples démarches, il a été finalement possible d’obtenir de la municipalité une copie de l’étude phytosanitaire menée en 2017 par l’Office National des Forêts (ONF), Pôle Arbres Conseil. Ce rapport, difficilement accessible, a révélé que le Cedrus deodara, avec une envergure de 14 mètres et une circonférence de 186 cm, et le Cedrus libani, mesurant 15 mètres de hauteur pour une envergure de 10 mètres et une circonférence de 161 cm, étaient tous deux en bon état général. Ces informations contredisent clairement les justifications avancées pour leur suppression. Il est important de noter que, bien que l’étude ait été présentée en mai 2023, les données remontaient à octobre 2017, sans qu’aucun examen phytosanitaire plus récent n’ait été réalisé ou présenté pour étayer la décision d’abattage.

Voir aussi : Grand Angle : Le Parc Georges-Clemenceau

Les autres arbres ciblés pour l’abattage comprenaient des spécimens de Prunus cerasifera ‘Pissardi’, Catalpa bignonioides et deux Carpinus betulus, ces derniers étant atteints de dommages importants ou de maladies, selon le rapport.

La municipalité indiquait en outre :

 « Vous évoquez la situation de deux arbres situés à proximité du projet de construction.

Il s’agit tout d’abord d’un cèdre de l’Himalaya situé en limite de propriété. Un sujet tel que celui-ci peut atteindre les soixante mètres de haut avec une envergure de dix mètres. Alors que son développement n’est pas achevé, ses branches se déportent sur le trottoir, au-dessus de la propriété voisine, et vont également dans les réseaux aériens, ce qui engendre des risques pour la sécurité et nécessite des tailles régulières.

Pour le second, il s’agit d’un cèdre du Liban qui rencontre les mêmes problématiques que l’arbre précédent. De plus, sa proximité avec la propriété riveraine risque de poser des difficultés à terme. Enfin, l’état sanitaire, bien que correct, montre un tassement au pied et des plaies de taille au niveau du houppier. »

Pierre-Yves Martin, Maire de Livry-Gargan, le 22 mai 2023

Étude phytosanitaire des arbres concernés par le projet d’aménagement Tourville

Office National des Forêts (ONF), Pôle Arbres Conseil – 2017

Si on considère ces arguments comme valables pour justifier l’abattage d’arbres sains, cela pourrait ainsi potentiellement mettre en danger l’ensemble du patrimoine arboré de la commune, étant donné que nombre d’entre eux présentent des caractéristiques similaires. La plupart des arbres matures en milieu urbain peuvent en effet présenter des branches qui se déploient au-dessus des espaces publics ou des propriétés privées. Si le risque pour la sécurité et la nécessité de tailles régulières sont pris comme critères universels pour l’abattage, cela pourrait justifier la suppression d’une grande partie du couvert arboré urbain.

En outre, le fait de justifier un abatage par l’existence de « plaies de taille » interroge quant à la responsabilité de la ville qui aurait donc fait pratiquer des tailles mal exécutées qui se seraient fait au détriment de la santé de l’arbre. L’application des arguments avancés concernant l’abattage d’arbres soulève des préoccupations importantes sur l’ensemble des arbres de la ville et la manière dont les décisions relatives à la gestion des arbres urbains sont prises.

Cette situation souligne le besoin d’une plus grande transparence et d’une évaluation approfondie dans la gestion des arbres lors des projets d’urbanisme. L’abattage d’arbres, en particulier ceux historiques ou sains, devrait être envisagé comme une ultime solution, après une analyse détaillée et la considération de toutes les alternatives de préservation. La mise au jour de ce rapport et les données qu’il contient appellent à une réévaluation des méthodes de gestion environnementale et à l’intégration de l’état actuel des arbres dans les décisions, pour assurer une concordance entre les initiatives prises et les objectifs de développement durable et de préservation de la biodiversité.

Alternatives et solutions durables

Le projet suscite une réflexion critique sur les alternatives et solutions durables qui auraient pu être envisagées pour minimiser son empreinte environnementale. Par exemple, l’extension de l’école existante, au lieu de sa démolition et reconstruction complète, aurait présenté une option moins impactante. L’adoption de matériaux écologiques, l’application de techniques de construction vertes, et l’intégration d’espaces verts enrichis sont autant de mesures qui auraient contribué à un projet plus durable. Ces solutions, loin d’être perçues comme des ajustements superficiels, doivent être envisagées comme des éléments fondamentaux de la planification et de la conception du projet. Elles reflètent une approche réfléchie de la durabilité, en harmonie avec les engagements environnementaux affirmés, et mettent en lumière l’écart entre les promesses initiales et les pratiques observées, notamment à travers l’exemple emblématique de l’abattage des cèdres.

Processus démocratique suspendu

Processus de consultation publique et sélectivité des invitations

La consultation publique constitue un fondement crucial de la gouvernance démocratique en matière d’aménagement urbain. Cependant, son application dans le cadre du projet d’expansion de l’école Tourville soulève des interrogations quant à sa complétude. Les réunions organisées n’ont pas semblé couvrir un spectre complet de parties prenantes, révélant une distribution sélective des invitations. Le fait que seuls quelques habitants aient été informés par des invitations directes, sans engagement plus large du conseil de quartier ou de la population générale, indique une démarche sélective qui peut marginaliser une grande partie des parties prenantes concernées.

Cette démarche, en s’appuyant insuffisamment sur les canaux de communication traditionnels tels que le site internet de la mairie ou les publications municipales, a potentiellement omis d’inclure une part significative de la communauté locale dans le processus consultatif.

Non-participation des Conseils de Quartier

L’exclusion des conseils de quartier des étapes préliminaires et discussions clés du projet est particulièrement préoccupante. Ces conseils, conçus pour faciliter la communication entre les citoyens et l’administration municipale, devraient jouer un rôle actif dans la représentation des intérêts locaux. Leur non-participation suggère une lacune dans l’approche participative adoptée, soulevant des questions sur l’intégrité du processus démocratique engagé.

Réponses aux initiatives citoyennes

Face à un processus perçu comme excluant, des initiatives citoyennes, telles que des pétitions, ont été lancées. Bien que signées par une partie notable des riverains pour adresser des préoccupations précises, l’absence de dialogue constructif ou de réponse formelle de la mairie indique une réticence à l’égard de l’engagement communautaire et à la prise en compte des perspectives locales dans les décisions.

Transparence des Informations

La gestion de l’information sur l’état phytosanitaire des arbres présents sur le site a également été une source de friction. Des documents sanitaires, obtenus après de vigoureuses démarches par les résidents, ont contredit les déclarations officielles sur la nécessité d’abattage, mettant en lumière des incohérences préoccupantes sur la transparence et la fiabilité des informations communiquées par les autorités.

L’examen du cadre démocratique entourant le projet d’aménagement de l’école Tourville révèle plusieurs manquements relatifs à la consultation publique, la transparence des informations, et l’inclusion des parties prenantes. Ces éléments appellent à une réévaluation profonde des pratiques de démocratie participative dans le domaine de l’urbanisme, soulignant la nécessité d’adopter des démarches plus inclusives et transparentes pour mieux respecter et intégrer les voix de tous les acteurs concernés dans l’élaboration des projets qui façonnent nos environnements de vie.

Dissonance entre plans et réalité du tissu urbain existant

La dissonance entre les plans et la réalité se manifeste aussi dans la gestion des infrastructures existantes. Le projet envisageait d’intégrer harmonieusement l’école dans le tissu urbain existant, mais les ajustements de dernière minute, comme le projet de parking non annoncé, démontrent un manque de coordination et de prévision.

Des divergences ont également été observées dans l’aménagement des espaces extérieurs et la voirie. Les ralentisseurs et zones d’arrêt-minute, des éléments pour la sécurité des enfants, ne figurent pas dans la réalisation en cours, contrairement aux plans du permis de construire, soulèvant des interrogations sur la rigueur du processus de planification et la qualité des consultations publiques qui auraient dû suivre toute modification substantielle.

Une visite du service urbanisme le 10 mars 2023 après consultation des plans par Livry Participatif a confirmé ces divergences, mettant en évidence le manque de communication entre les planificateurs et le citoyen. Cette déconnexion met en péril non seulement le résultat fonctionnel du projet mais également la confiance des citoyens dans la gestion municipale de leurs espaces de vie.

Conclusion

Le projet d’école Tourville à Livry-Gargan illustre parfaitement la complexité de concilier développement urbain, participation citoyenne et préservation de l’environnement. Les débats soulevés par ce projet mettent en lumière les écarts entre les attentes de démocratie participative et les réalités administratives, ainsi que l’importance cruciale de l’engagement citoyen face à une communication parfois lacunaire de la part des autorités.

Sur le plan environnemental, les contradictions entre les rapports de santé des arbres et les décisions d’abattage interpellent et soulignent l’urgence de préserver un certain héritage naturel dans les initiatives d’aménagement prétendument durables. Les incohérences observées entre les promesses initiales du projet et sa mise en œuvre soulignent également l’exigence d’une supervision et d’une adaptation constante des plans d’aménagement aux réalités environnementales et réglementaires.

Sur le plan démocratique, l’absence de communication ouverte et la sélection restreinte des participants aux discussions vont à l’encontre des principes de la démocratie participative, marquant un manque de transparence. De plus, la non-participation des conseils de quartier, indique une rupture préoccupante avec les processus établis. Cette répétition de méthodes déjà questionnées par Livry Participatif met en doute la volonté politique d’adopter des changements dans les pratiques actuelles. Cette situation risque d’engendrer une lassitude chez les résidents, potentiellement nuisible à la cohésion sociale et à l’engagement civique au sein du quartier, mettant en péril le dynamisme démocratique de la communauté.

Face à ces constats, instaurer des procédures favorisant l’établissement de canaux de communication transparents et accessibles pour l’ensemble des parties prenantes et le suivi continu du projet doivent devenir impérativement des pratiques standard. Parallèlement, la réorientation des projets urbains visant la destruction d’arbres vers des principes de durabilité avérée, notamment à travers la réévaluation de l’impact environnemental et la priorisation de la conservation des espaces verts, devient cruciale a l’image du projet immobilier sur le parc Georges-Clemenceau.

L’élaboration de plan visant à intégrer la problématique de la destruction environnementale et de comités de suivi mixtes, impliquant riverains et représentants municipaux, sont essentiels pour garantir la conformité du projet aux standards démocratiques et écologiques. Ainsi, le projet Tourville se dresse comme un rappel de l’importance d’une démarche holistique dans la planification urbaine, où la participation du citoyen et le respect scrupuleux de l’environnement deviennent des impératifs.

Licence Creative Common (CC BY-NC 4.0)

Citation du document : Branchu, V. (2024, avril). Projet d’aménagement Tourville : Entre débat démocratique suspendu et impact environnemental. Livry Participatif. Commission Poudrerie-Tourville.

Références

Ville de Livry-Gargan. (2022). Récépissé de dépôt d’une demande de permis de construire ou d’aménager [Document].

Ville de Livry-Gargan. (2022). Plan de situation du terrain (PC 1) : Projet de démolition et construction de l’école du quartier de la Poudrerie [Permis de construire]. TRACKS Architectes.

Ville de Livry-Gargan. (2022). Plan de masse des constructions (PC 2.1) : Projet de démolition et construction de l’école du quartier de la Poudrerie [Permis de construire]. TRACKS Architectes.

Ville de Livry-Gargan. (2022). Notice architecturale (PC 4) : Projet de démolition et construction de l’école du quartier de la Poudrerie [Permis de construire]. TRACKS Architectes.

Ville de Livry-Gargan. (2022). Photographie de l’environnement proche (PC 7) : Projet de démolition et construction de l’école du quartier de la Poudrerie [Permis de construire – Annexe photographique].

Ville de Livry-Gargan. (2022). Photographie de l’environnement lointain (PC 8) : Projet de démolition et construction de l’école du quartier de la Poudrerie [Permis de construire – Annexe photographique].

Ville de Livry-Gargan. (2023). Dossier de consultation des entreprises [Dossier de marché public].

Ville de Livry-Gargan. (2023, mars). La future école Tourville dévoilée. LGMAG, (223), 14 [Article de magazine].

Riverains de Livry-Gargan. (2021, 25 mai). Pétition adressée au maire de Livry-Gargan [Courrier].

Branchu, V. (2023, 13 février). Demande de communication de l’étude phytosanitaire adressée au maire de Livry-Gargan [Courrier].

Martin, P.-Y. (2021, 8 juillet). Réponse à la pétition des riverains du 25 mai 2021 [Courrier].

Martin, P.-Y. (2023, 30 janvier). Notification de réunion publique prévue le 6 février [Courrier].

Martin, P.-Y. (2023, 22 mai). Réponse à la demande de communication de l’étude phytosanitaire du 13 février 2023 [Courrier].

Office National des Forêts (ONF), Pôle Arbres Conseil. (2023). Étude phytosanitaire des arbres concernés par le projet d’aménagement Tourville [Tableau].

Martin, P.-Y. (2023, 24 novembre). Notification de réunion publique du 1er décembre adressée aux riverains [Courrier].


Vue d'artiste d'une forêt-jardin comestible, montrant une diversité de plantes, arbres fruitiers et animaux, avec un lac en arrière-plan, inspirée du projet au Lac de Sévigné à Livry-Gargan.

Une Forêt-Jardin Comestible à Livry-Gargan (îlot de fraîcheur)

Projet de « Forêt-jardin » sur les berges du Lac de Sévigné

Le projet de Forêt-Jardin du parc du Lac de Sévigné à Livry-Gargan représente une initiative visant à restaurer et à enrichir la biodiversité urbaine. Début 2023, Livry Participatif publiait un dossier « Grand-Angle » complet, évoquant et récapitulant les différents aspects du projet d’aménagement du Lac de Sévigné, initié en 2015 par le Conseil de quartier Centre. Cette initiative ambitieuse, au cœur de Livry-Gargan, visait à restaurer l’environnement naturel tout en améliorant les équipements de loisirs et de détente pour les visiteurs, et à renforcer la sécurité et le cadre de vie des riverainset dont le projet de Forêt-Jardin n’était que l’un des aspects. Le dossier mettait en lumière l’histoire du lac, son potentiel patrimonial, environnemental, faunistique et hydrologique, suivi des propositions d’aménagement et programmes en cours. Dans un contexte local global, les années 2022-2023 ont également été marquées par plusieurs projets immobiliers urbains tendant vers une destruction d’espaces verts et naturels, et dont le projet sur le parc Georges-Clemenceau est l’archétype.

Après plusieurs années de retards, la mise en œuvre du projet de « forêt-jardin comestible » par l’entreprise Terideal Agrigex Environnement [1], titulaire du marché publics d’un montant de 33 992 € voit enfin le jour fin mars 2024 transformant ainsi définitivement la parcelle. Au-delà de la pierre-angulaire que constitue l’aspect écologique, le projet soulève également des interrogations sur la communication et la participation citoyenne dans sa conception et réalisation.

La Forêt-Jardin comestible : Fondements et Principes

Définition :

La forêt-jardin comestible (aussi appelé jardin-verger, forêt-jardin ou forêt fruitière), connue sous le nom de « food forest » en anglais, est un système de permaculture qui imite les dynamiques et les relations trouvées dans les écosystèmes forestiers naturels pour créer des environnements productifs en nourriture. Ce concept s’appuie sur la diversification des espèces végétales et la création de strates de végétation, allant des grands arbres fruitiers jusqu’aux plantes couvre-sol, en passant par les arbustes et les herbes aromatiques. Le terme « Forêt-jardin » ne se réfère donc pas nécessairement à la grandeur de la parcelle sur laquelle il est appliqué. En effet, cette appellation désigne plutôt une méthode d’aménagement écologique qui imite les dynamiques et les structures d’une forêt naturelle (mimétisme naturel).

Gradient d’intervention humaine en paysage : de la nature sauvage aux cultures agricoles

Représentation du gradient d’intervention humaine, échelle d’écosystèmes, de la nature sauvage à l’agriculture intensive, mettant en lumière les variations en termes d’énergie d’entretien, de résilience, et d’impact sur les émissions de gaz à effet de serre, avec la forêt comestible comme modèle optimal d’équilibre écologique.

Cycles de vie et interactions écologiques :

La sélection des espèces est cruciale dans la conception d’une forêt-jardin comestible. Les espèces doivent être choisies non seulement pour leur capacité à fournir des aliments, mais aussi pour leur contribution à la santé globale de l’écosystème. Cela comprend la sélection d’espèces indigènes adaptées au climat local, capables de résister aux maladies locales et d’attirer une faune bénéfique.

Dans une forêt-jardin, les cycles de vie des plantes et leurs interactions créent un système auto-entretenu. Les légumineuses, par exemple, peuvent fixer l’azote dans le sol, bénéficiant à d’autres plantes. Les arbres fournissent de l’ombre et un microclimat qui aide à conserver l’humidité du sol, tandis que les plantes couvre-sol réduisent l’évaporation de l’eau et limitent la croissance des mauvaises herbes.

Avantages pour l’environnement local :

Les avantages d’une forêt-jardin comestible sont multiples. Elle favorise la biodiversité, en offrant un habitat à diverses espèces d’insectes, d’oiseaux et de petits mammifères, elle joue un rôle dans la séquestration du carbone. La forêt-jardin aide également à la gestion de l’eau, en améliorant l’infiltration et en réduisant le ruissellement, par ailleurs, elle crée un paysage esthétiquement agréable.

En somme, la mise en place d’une forêt-jardin comestible aux abords du lac de Sévigné à Livry-Gargan représente une approche innovante et durable de l’aménagement paysager. Non seulement elle promet de fournir une source de nourriture locale et écologique, mais elle constitue également un investissement dans la santé environnementale et la biodiversité de la région. Toutefois, pour que ce projet atteigne son plein potentiel, il est impératif d’adopter une démarche inclusive et participative, impliquant étroitement les habitants de Livry-Gargan dès les premières étapes de sa conception.

Structure écologique d’une Forêt-Jardin

Illustration de la structure d’une Forêt-Jardin, depuis la canopée jusqu’à la rhizosphère et la couche fongique, soulignant l’importance de chaque strate de végétation et la complexité des interactions souterraines pour la santé globale de l’écosystème.

Intégration Paysagère sur les berges du lac de Sévigné

Cadre naturel et urbain du Lac de Sévigné

Les terrains avoisinant le lac, couvrant une superficie totale de 7 862 m², y compris une portion détenue par le ministère de l’Éducation nationale, sont définis dans le Plan Local d’Urbanisme comme éléments paysagers clés. La parcelle cadastrée n°3824, spécifiquement destinée à la forêt-jardin, s’étend sur 494 m². Les bâtiments qui s’y trouvaient ont été rasés à la mi-2019, et elle se situe à l’intersection de l’allée de Stalingrad et de l’allée Jean-Maridor.

Le lac, alimenté par le canal départemental du Rouailler, maintient son niveau grâce à l’intervention du département qui capte l’eau de l’étang Clichy, en passant par l’étang de Verchin, notamment durant les périodes de sécheresse où il est également soutenu par les nappes phréatiques. Néanmoins, il est exposé aux eaux de pluie qui peuvent transporter des matières organiques et des hydrocarbures. Des stratégies seront à terme nécessaires pour minimiser la contamination du lac par ces substances.

Photographie de la parcelle cadastrée n°3824 à Livry-Gargan en 2020, montrant un bâtiment avant sa démolition et l'aménagement du terrain, avec le Lac de Sévigné visible en arrière-plan.
Vue de la parcelle cadastrée n°3824 à Livry-Gargan en 2020, montrant le bâtiment existant avant la démolition et l’aménagement prévu, avec le Lac de Sévigné en arrière-plan.
Photographie de la parcelle cadastrée n°3824 du Lac de Sévigné à Livry-Gargan en 2024, montrant la première plantation de la forêt-jardin.
Vue de la parcelle cadastrée n°3824 du Lac de Sévigné à Livry-Gargan en 2024, montrant la première plantation de la forêt-jardin, une initiative écologique pour améliorer le cadre de vie.

Mission de maîtrise d’œuvre : Appel d’offres

La publication de l’appel d’offres pour les « Aménagements paysagers du Jardin-Forêt du Parc du Lac de Sévigné » a été réalisée le 13 décembre 2023, avec une clôture le 26 décembre 2023. Cet appel a pour objectif de sélectionner les entreprises chargées des aménagements paysagers pour le futur Jardin-Forêt comestible situé au Parc du Lac de Sévigné à Livry-Gargan, projet élaboré par le cabinet AEI, situé au 8 rue Jean-Baptiste Clément, Le Pré-Saint-Gervais, sur mandat de la mairie. Le projet est attribué à Terideal Agrigex Environnement, 3 Place Gustave-Eiffel, Rungis par avis d’attribution le 13 mars 2024.

Conception Paysagère de la Forêt-Jardin : entre écrin de biodiversité et défi botanique

Le projet de création du jardin commence par des phases initiales incluant le terrassement, le décompactage et la mise en condition des sols. Les aires destinées à accueillir la végétation bénéficient d’une sélection variée d’espèces telles que échinacées, hémerocalles et lamiums, chacune apportant une touche colorée spécifique, le tout encadré par des allées piétonnières. Cette conception concilie ouvertures et massifs de plantes vivaces, offrant un milieu accueillant pour divers organismes. L’adoption de végétaux natifs, bien intégrés à l’environnement régional, témoigne d’une volonté d’accueil de la diversité biologique tout en privilégiant une certaine pérennité écologique en adéquation avec le projet.

Plan d’aménagement de la Forêt-Jardin herbacée au Lac de Sévigné (DCE 2023)

Les Arbres Fruitiers

La première strate comprend des arbres fruitiers sélectionnés pour leur valeur historique et écologique. Les tiges de cerisiers, châtaigniers, figuiers, pommiers, cognassiers, et pruniers sont des choix qui favorisent la biodiversité, offrent de la nourriture pour la faune et proposent des opportunités éducatives.

Le projet met en avant des variétés anciennes d’arbres fruitiers et des variétés régionales, comme le Prunus cerasus « Montmorency », un cerisier à la réputation mondiale pour sa contribution à la production de cerises acidulées. Cet arbre encourage également la pollinisation croisée.

Le Malus domestica « Reine des Reinettes », un pommier classique, est un autre choix qui rappelle les vergers traditionnels. Sa sélection favorise la diversité génétique des pommes, un élément crucial face aux maladies comme la tavelure du pommier qui se concentre souvent sur des variétés plus monoculturelles.

Arbustes et cépées

Cette strate intermédiaire se compose d’arbustes et de plantes grimpantes qui forment un sous-bois et des éléments verticaux. Des espèces telles que le berbéris, le cornouiller mâle, et l’amélanchier ajoutent une structure et une couverture pour de nombreux petits animaux et insectes.

Les arbustes et cépées choisis offrent des habitats diversifiés pour les oiseaux et les insectes. Le Cornus mas, ou cornouiller mâle, par exemple, est apprécié pour ses baies comestibles qui attirent les oiseaux. Le choix de l’Amelanchier canadensis, avec ses grappes de fleurs printanières, est un autre atout écologique significatif, servant de source alimentaire pour les abeilles natives au début de la saison.

Vivaces

La dernière strate du jardin se concentre sur les vivaces, qui jouent un rôle essentiel dans la fourniture d’une floraison continue et dans le soutien à une vaste gamme de pollinisateurs.

La présence de vivaces comme l’Echinacea purpurea permet un jardin dynamique. Ces fleurs ne sont pas seulement décoratives mais jouent un rôle dans la trame écologique en attirant les papillons, tels que le papillon Monarque, agents de pollinisation vitaux pour l’écosystème du jardin.

L’Hemerocallis, ou lis d’un jour, avec son éventail de couleurs permet de créer une longue saison de floraison. Toutefois, certaines variétés d’Hemerocallis peuvent devenir envahissantes, comme l’Hemerocallis fulva, qui se propage agressivement si elle n’est pas contrôlée, illustrant le délicat équilibre dans la gestion écologique.

Défis écologiques et problématiques de durabilité

Besoins en Entretien pour la Pérennité de la Forêt-Jardin

Une forêt-jardin comestible est un écosystème complexe qui peut exiger des interventions régulières et spécialisées, telles que la gestion de la diversité des plantes ou encore le contrôle des espèces envahissantes. De plus, les premières années l’entretien doit suivre un calendrier saisonnier, chaque période de l’année dictant ses propres priorités en termes de plantation, récolte et préparation du sol. Les arbres fruitiers exigent une maintenance régulière et des compétences spécifiques pour gérer les maladies et les ravageurs. De plus, le mélange des variétés de plantes doit être soigneusement géré pour éviter la concurrence excessive ou la domination d’une espèce sur les autres, ce qui pourrait menacer la diversité végétale visée.

Marché public et externalisation des travaux d’aménagement

L’externalisation des travaux d’aménagement paysager à des entreprises privées plutôt que l’appel au service des espaces verts de la ville suscite souvent des interrogations légitimes. Lorsque la municipalité de Livry-Gargan envisage de confier la création d’une forêt-jardin comestible aux abords du lac de Sévigné à des prestataires extérieurs, plusieurs facteurs doivent être évalués pour justifier cette décision.

D’une part, le service des espaces verts de la ville dispose, en principe, de la connaissance accrue du terrain local, d’une expertise adaptée aux conditions climatiques spécifiques une compréhension des besoins et des attentes des acteurs locaux. C’est par ailleurs la présentation qu’en fait la ville. En outre, l’utilisation des ressources internes pourrait représenter une économie significative pour le budget de la ville et potentiellement offrir une meilleure intégration du projet dans les politiques environnementales de la ville à long terme. Si la justification de l’externalisation reposait sur des compétences spécialisées que le service municipal ne possède pas, cela devrait nécessiter une transparence et une communication ouverte afin de s’assurer que la décision d’externaliser n’est pas perçue comme une sous-utilisation des compétences et des capacités existantes au sein des services de la ville.

Ressources nécessaires

La pérennité de la forêt-jardin repose sur une allocation judicieuse des ressources, qui, même modeste, s’avère indispensable sur le long terme. En effet, bien que la permaculture se caractérise par une exigence réduite en ressources et en interventions, l’engagement durable de ressources humaines et financières reste crucial. Cela inclut non seulement l’optimisation des apports naturels mais aussi le soutien continu aux acteurs du projet par le biais de formations adaptées. Ainsi, garantir une gestion évolutive et réactive du site nécessite un investissement à long terme, tant en termes de compétences humaines que de moyens financiers, même limités.

Brumisation et ilot de fraicheur

L’annonce du 23 mars concernant l’installation d’un système de brumisation dans la future placette des Sources, adjacente à la forêt-jardin du lac de Sévigné, soulève des interrogations quant à sa pertinence au sein d’un projet initialement conçu pour favoriser le développement durable et la création d’espaces verts intégratifs, le projet semblait s’orienter vers des solutions naturelles à la gestion climatique urbaine privilégiant ainsi l’évapotranspiration des végétaux comme moyen de régulation thermique naturelle.

Introduire une technologie de brumisation, souvent liée à des environnements urbains et moins naturels, paraît en effet contradictoire. Cette décision interroge sur l’orientation et la cohérence du projet. De plus, la valeur ajoutée d’un tel système juxtaposé à un espace conçu pour offrir un îlot de fraîcheur par ses propres moyens naturels questionne. Les implications de la brumisation sur l’efficacité énergétique, la consommation d’eau, et l’ensemble du projet appellent à une réévaluation.

Il serait intéressant d’examiner si les avantages attendus de la brumisation sont en adéquation avec les objectifs de développement durable du projet. Cette analyse devrait aussi envisager d’autres solutions qui pourraient s’allier ou remplacer la brumisation, en synergie avec les fonctions naturelles de rafraîchissement de la forêt-jardin, afin de renforcer l’engagement du projet envers l’écologie urbaine et la durabilité.

Food-truck

Si la potentialité d’installer un food-truck près de l’entrée principale du lac de Sévigné (comme annoncé le 23 mars également) ouvre une intéressante perspective de dynamisation sociale et économique de cet espace. Les expériences passées ayant montré l’attrait de la population pour de telles initiatives ailleurs en ville, il est à noter que cette proposition n’est pas sans soulever des préoccupations en termes de propreté du site et en terme écologiques, surtout compte tenu de la proximité de zones dédiées à la préservation de la biodiversité et classées comme refuge LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux). Le défi réside dans la capacité à concilier l’activité humaine avec la protection et le respect de ces milieux naturels sensibles. Une installation de ce type, si elle n’est pas strictement réglementée, risque d’être antinomique avec les objectifs de conservation faunistique, principalement en raison des déchets jetables qui pourraient aggraver les problèmes de salubrité déjà observés sur les rives et dans le lac lui-même. Pour éviter un tel scénario, il serait nécessaire d’encadrer rigoureusement l’opération, en imposant l’utilisation de matériaux réutilisables ou biodégradables ou en instaurant des mesures de tri et de recyclage des déchets efficaces.

Déficit d’information et de participation des citoyens

Comme souligné en 2023, le projet d’aménagement du lac de Sévigné, porté à l’origine par les conseillers de quartier Centre et appuyé par des acteurs locaux, des associations, le Conseil Départemental de la Seine-Saint-Denis et la Région Île-de-France, a été adopté par la municipalité. Cette collaboration illustre un modèle de coopération locale et régionale.

Néanmoins, nos observations confirment un changement notable dans la dynamique de ce projet. Depuis 2021, un éloignement progressif entre les conseillers de quartier, les habitants, et les instances municipales semble s’être installé. Une communication restreinte a marqué cette période, caractérisée par une diffusion limitée des informations et documents relatifs au projet. La plantation symbolique du poirier le 23 mars 2024 près du lac de Sévigné aurait dû marquer un moment fort du projet d’aménagement. La communication autour de cet événement a toutefois été gérée de manière décevante, avec des invitations distribuées en porte-à-porte, parfois après la tenue de l’événement. Plus surprenant encore, aucun des canaux habituels de communication (journaux municipaux, site internet) n’a été utilisé, privant ainsi une grande partie des habitants de l’information. Le manque d’information auprès du public est également souligné par l’indisponibilité des documents et études relatifs au projet. Face à cette lacune, Livry Participatif a pris l’initiative de publier ces documents, notamment le Plan d’aménagement et l’inventaire des plantations de la Forêt-Jardin.

Les conseillers de quartier et, par extension, les résidents, n’ont pas été tenus informés des évolutions significatives, telles que les partenariats clés, les résultats de l’inventaire LPO de la biodiversité. La transmission des informations s’est faite à un niveau comparable à celui du grand public, sans avantages notables de temporalité ou de profondeur d’information. Les conseillers de quartier n’ont pas été intégrés dans les étapes critiques du projet :

  • Les études de diagnostic (DIAG) : Essentielles pour comprendre l’état actuel de l’écosystème du lac et les impacts potentiels des aménagements envisagés.
  • Les études d’avant-projet (AVP) et les études de projet (PRO) : Moments clés où les propositions d’aménagement prennent forme, nécessitant une consultation pour assurer l’alignement avec les attentes des habitants.
  • L’assistance à la passation des marchés de travaux (ACT) : Phase où la réalisation concrète se profile, nécessitant une transparence sur le choix des prestataires et la nature des contrats établis.

L’absence d’une communication efficace sur ces aspects fondamentaux a probablement contribué à un sentiment d’exclusion parmi les acteurs locaux initialement impliqués, remettant en question l’engagement de la municipalité envers une démocratie participative authentique. Il est besoin de rétablir un canal de dialogue ouvert par la mise en place de mécanismes de consultation efficaces, la diffusion proactive d’informations détaillées et accessibles.

Conclusion

Livry Participatif accueil très favorablement le projet de la micro-forêt aux abords du lac de Sévigné initié par les conseillers de quartier et s’inscrivant dans une démarche durable. Cependant, pour que ce projet devienne une réalité pérenne, il est impératif de considérer sérieusement les défis soulevés par l’entretien et la gestion de la diversité végétale, ainsi que par la nécessité d’une implication citoyenne active et informée.

L’engagement envers une biodiversité riche et un environnement sain se reflète dans le choix de variétés anciennes et de variétés régionales, offrant un havre pour la faune et une richesse éducative pour la communauté. Cependant, l’entretien spécifique de ces arbres et la gestion de la croissance des arbustes et cépées représentent un défi de taille, nécessitant des compétences spécialisées et une attention régulière pour maintenir l’équilibre délicat de cet écosystème.

Les étapes clés du projet doivent être des moments de dialogue ouvert. Par ailleurs, le déficit d’information et de participation des citoyens et riverains met en lumière un enjeu central de la démocratie participative. L’absence de diffusion des documents relatifs au projet, du Plan d’aménagement et l’inventaire des plantations, conduit Livry Participatif à les publier pour pallier ce déficit.

La problématique de durabilité met en exergue l’importance vitale de ressources allouées à l’entretien du site. Le succès à long terme de la forêt-jardin comestible reposera sur la capacité à instaurer des pratiques de gestion écologique durable, qui respectent les cycles naturels et encouragent une biodiversité riche. L’introduction d’un système de brumisation ou d’un food-truck peut susciter des inquiétude et interrogations quant à la cohérence écologique du projet, alors que la forêt-jardin devrait naturellement offrir un îlot de fraîcheur et contribuer à la lutte contre les îlots de chaleur urbains.

En savoir plus

Glossaire 

  • Variétés anciennes : Variétés d’arbres fruitiers qui ont été cultivées et conservées sur de longues périodes, souvent des siècles, dans une région ou une communauté donnée. Ces variétés se caractérisent par leur résilience, leur adaptation au climat local, et leur importance culturelle et historique.
  • Variétés régionales : Espèces ou cultivars d’arbres fruitiers qui sont particulièrement bien adaptés aux conditions environnementales spécifiques d’une région, comme le climat, le sol, et l’écosystème. Ces variétés supportent mieux les conditions locales et contribuent à la biodiversité régionale.
  • Biodiversité : Variété des formes de vie dans un environnement donné, incluant la diversité des espèces, des écosystèmes et des interactions génétiques.
  • Diversité génétique : Variabilité des gènes au sein d’espèces spécifiques, permettant aux populations de s’adapter aux changements environnementaux, de résister aux maladies et de maintenir l’écosystème en équilibre. La diversité génétique est cruciale pour la durabilité et la robustesse des habitats naturels et agricoles.
  • Évapotranspiration : Processus combiné par lequel l’eau est transférée de la terre à l’atmosphère par évaporation depuis le sol et par transpiration des plantes. Ce phénomène joue un rôle clé dans le cycle de l’eau, notamment dans la régulation du microclimat et le maintien de la fraîcheur dans les zones végétalisées.
  • Forêt-jardin comestible : Système de jardinage basé sur l’imitation des écosystèmes forestiers, composé de plusieurs strates de végétation comestible et utile, favorisant la biodiversité et l’autosuffisance.
  • Monoculture : Pratique agricole consistant à cultiver une seule espèce de plante sur une grande surface et pendant plusieurs années consécutives. Bien que bénéfique à court terme pour la production, la monoculture peut mener à une érosion de la diversité génétique, à une augmentation des maladies et à un appauvrissement des sols.
  • Mycorhizes : Associations symbiotiques entre les racines des plantes et certains champignons du sol. Ces interactions favorisent une meilleure absorption des nutriments et de l’eau par les plantes, tout en aidant les champignons à obtenir des sucres et autres composés carbonés produits par la photosynthèse. Les mycorhizes jouent un rôle crucial dans la santé des plantes, la fertilité des sols et les cycles écologiques.
  • Permaculture : Approche de conception de systèmes, inspirée des écosystèmes naturels, visant à créer des systèmes agricoles et sociaux durables et auto-suffisants.
  • Pollinisation croisée : Processus de fertilisation dans lequel le pollen d’une fleur est transféré à une fleur d’un autre individu de la même espèce. Cela est souvent nécessaire pour certaines variétés d’arbres fruitiers pour produire des fruits. La pollinisation croisée augmente la diversité génétique, ce qui peut conduire à une meilleure résilience et santé des plantes.
  • Séquestration du carbone : Processus par lequel le dioxyde de carbone est capturé et stocké, réduisant ainsi la quantité de CO2 dans l’atmosphère.
  • Tavelure : Maladie fongique affectant principalement les arbres fruitiers comme les pommiers et les poiriers, caractérisée par des taches brunes ou noires sur les feuilles et les fruits. La gestion de la tavelure implique souvent des pratiques culturales spécifiques et peut nécessiter l’usage de fongicides dans les systèmes de production conventionnels.

Études de cas similaires

  • Forêt Comestible de Beacon Food Forest, Seattle, États-Unis : Un des premiers et plus vastes projets de forêt comestible en milieu urbain, conçu et géré par une communauté de bénévoles.
  • Le Jardin Forêt de Martin Crawford, Devon, Royaume-Uni : Exemple réussi d’un jardin forêt en permaculture sur une décennie, démontrant la viabilité du concept dans un climat tempéré.

Littérature scientifique sur les Forêts-Jardins comestibles

« Creating a Forest Garden » par Martin Crawford : Guide pratique et théorique sur la conception et la gestion des jardins forêts, basé sur l’expérience de l’auteur.

« The Permaculture Way » par Graham Bell : Introduction à la permaculture, avec des conseils sur la création de systèmes durables pour la nourriture, l’énergie, et le logement.

« Agroforestry for Sustainable Land-Use Fundamental Research and Modelling with Emphasis on Temperate and Mediterranean Applications » : Recueil de recherches sur l’agroforesterie et son application pour une utilisation durable des terres.

Littérature française :

Crawford, M. (2017). La forêt-jardin : Créer une forêt comestible en permaculture pour retrouver autonomie et abondance (Préface de Rob Hopkins et Charles Hervé-Gruyer ; Traduction de l’anglais par Aurélien Davroux). Paris : Ulmer. (351 p.)

Desjours, F. (2019). Jardins-forêts : Un nouvel art de vivre et de produire (Préface de Geneviève Michon ; Postface de Gérard Ducerf). Escalquens : Terran. (367 p.)

Hervé-Gruyer, C. (2022). Créer une mini forêt-jardin : pour se nourrir ou en faire son métier (Collection Résiliences). Paris : Ulmer. (176 p.).

Talin, A. (2021). Forêt comestible & haie fruitière : Créer un jardin nourricier multi-étagé. Paris : Ulmer.

Whitefield, P. (2012). Créer un jardin-forêt : Une forêt comestible de fruits, légumes, aromatiques et champignons au jardin (2e éd.). Marsac : Imagine un colibri. (192 p.). (Traduction de l’anglais par Véronique Valentin, Anne Derouet, Annie Duflo et al.). (Œuvre originale publiée en 2011)

Source

Ville de Livry-Gargan. (2023-2024). Aménagements paysagers du Jardin-Forêt du Parc du Lac de Sévigné [Marché public].

Livry Participatif (2023). Grand Angle : Le Projet d’aménagement du lac de Sévigné.

Balleraud, L., Brugeat, R. & al. (2018). Propositions pour l’aménagement du Lac de Sévigné (p. 62) [Propositions]. Conseil de quartier Centre de Livry-Gargan.


[1] Terideal Agrigex Environnement, sise 3 place Gustave-Eiffel, 94150 Rungis est une Société par Actions Simplifiée ayant pour activité principale déclarée tous travaux d’aménagement des terres et eaux, crée en 1982 spécialisée dans les services d’aménagement paysager.